Arnaud Stahl, Marylin – La filmographie : J’ai voulu montrer l’évolution de Marilyn de sa première apparition aux grands films qui ont fait sa renommée

Arnaud Stahl est un passionné du cinéma, s’intéressant particulièrement aux coulisses des tournages et aux anecdotes qui nourrissent et pimentent les carrières des artistes. Son livre, Marylin – La filmographie, publié en 2012 aux « 5 sens Éditions », retrace le chemin parcouru par cette mythique actrice à travers les 29 films de la star,   décortique les tournages, révèle quelles étaient ses relations avec les autres, comment elle se comportait », tout en essayant de déchiffrer le feu intérieur qui l’animait et nourrissait sa passion.

Arnaud Stahl, pour fêter le centenaire de la naissance de Marylin Monroe, vous m’avez proposé de reparler de votre livre Marylin – La filmographie. J’aimerais savoir avant tout d’où vient votre passion pour cette actrice au destin unique qui a marqué pour toujours l’histoire du cinéma ?

J’ai découvert Marilyn Monroe lorsque j’avais 14 ans en feuilletant un magazine de cinéma. Son parcours m’a intéressé alors j’ai acheté une biographie, puis deux, j’ai loué quelques films dans les vidéoclubs et petit à petit j’ai découvert la star…

Revenons à votre livre, si vous le permettez. Il retrace l’histoire des 29 films de Marilyn. Vous le qualifiez comme étant le seul et unique ouvrage dédié à la totalité de son œuvre cinématographique. Comment est-il né et qu’est-ce qui le différencie des nombreux autres ouvrages qui lui sont dédiés ?

Assez rapidement, je me suis rendu compte que les biographies, plus ou moins objectives, parlaient de ses maris, de ses amants, de ses caprices, mais très rarement de l’actrice malgré son immense talent et la complexité de certains rôles. J’ai trouvé cela assez injuste. Chaque biographie que j’ai lue avait toujours des divergences, des « scoops » même 30 ans après, des révélations invérifiables ou non. Mais elles avaient toutes un point commun. On ne parlait pas ou si peu de l’actrice. C’est en cela que mon livre est différent, il ne parle que de l’actrice avec très peu d’infos sur sa vie privée.

 

 

Dès les premières pages, vous introduisez le lecteur dans l’ambiance si particulière des plateaux de tournage et de la multitude de personnages qui tournent autour de ce que l’on appelle communément l’industrie du cinéma américaine. Quelles ont été vos sources de documentation si riches en détails et anecdotes ?

À ce moment-là, les sources d’informations étaient les livres, les magazines, la télé et la radio. Quand on parlait d’autres acteurs, actrices, qu’ils soient français ou étrangers, on parlait de leur carrière, la vie privée était anecdotique, sauf pour Marilyn, pour laquelle on ne parlait même pas de sa carrière. J’ai donc commencé par lire une trentaine de biographies de la star, mais pas que : j’ai lu les biographies d’acteurs qui l’ont approchée, puis des livres sur le cinéma de cette époque, des magazines spécialisés, j’ai tout consigné, regroupé, vérifié. Puis Internet est arrivé, ce qui m’a permis d’avoir accès à d’autres articles, d’autres informations. J’ai bien sûr visionné tous ses films plusieurs fois pour en arriver à ce livre. Cela m’a pris environ 15 ans.

Derrière cette première lecture, factuelle, anecdotique dans le bon sens du terme, on devine votre intention de plonger au-delà des faits et de sonder l’âme sensible de Marylin, sa volonté de réussir et de construire une carrière et, en même temps, de s’accomplir intérieurement. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

Vous avez raison, ce livre n’est pas une longue suite d’anecdotes, cela n’aurait pas trop d’intérêt. J’ai voulu montrer l’évolution de Marilyn tout au long de sa carrière. De sa première apparition de quelques secondes aux grands films qui ont fait sa renommée. De la petite pin-up timide à la femme d’affaires qui a créé sa propre agence de production. Montrer qu’on ne lui imposait pas toujours ses rôles, ni ses partenaires de jeu. Elle avait son mot à dire et elle savait dire non. Montrer également que ses caprices, ses retards, ses textes non appris ne sont que des légendes. Je n’occulte pas non plus ses difficultés, Marilyn n’était pas sûre d’elle, elle doutait beaucoup, mais pas autant qu’on a bien voulu le dire.

Depuis le début de sa carrière qui débute « par un tout petit rôle de figurante » et jusqu’à la consécration, s’il fallait citer seulement The Misfits (1961) « le plus cher de toute l’histoire du cinéma », Marylin a dû se battre jusqu’à déclarer dans une interview accordée au journaliste Richard Meryman, pour le magazine Life : « J’ai dû faire preuve d’intelligence, autrement ils m’auraient coulée, et je ne veux pas me laisser démolir. » Comment nommer le parcours de Marylin, et quels ont été les moments déterminants dans sa vie d’actrice ?

On félicite toujours, et encore maintenant, des acteurs ou actrices sachant aussi bien jouer des rôles comiques que des rôles plus dramatiques, voire très sombres. Marilyn était de ceux-là. Elle ne faisait pas que des comédies musicales, même si elle excellait et que cela représente également un cinéma de cette époque. Vous citez « The Misfits », vous avez raison, c’est son dernier film achevé. Je peux également citer dans le genre dramatique Don’t Bother to Knock (Troublez-moi ce soir), River of No Return (La rivière sans retour) ou Bus Stop (Arrêt d’autobus). Dans les films plus légers, comiques, il y a l’incontournable Some Like It Hot (Certains l’aiment chaud) ou The Seven Year Itch (Sept ans de réflexion).

 

 

Un lieu devenu commun, comme nous l’évoquions plus haut, tellement exploité par les biographes de Marylin, est celui du sex-symbol, une fille « qui a du chien », selon la formule de Joseph Cotten. Vous citez Allan Snyder, son maquilleur de l’époque, qui écrit : « L’idée que le public ne voyait en elle qu’un sexe symbol la terrifiait. Bon Dieu, si les gens savaient combien c’était dur pour elle ! » Comment a-t-elle vécu cette image que le public avait fabriquée d’elle ?

Assez mal en fait. Elle a énormément travaillé pour prouver au monde du cinéma et au monde en général qu’une jolie femme pouvait avoir un cerveau et n’était pas qu’une poupée. Aujourd’hui cela paraît et cela est inenvisageable, mais il faut se resituer dans l’époque hollywoodienne des années 1950. Ce monde du cinéma était dirigé par des hommes et faire sa place en tant que femme était très dur. Marilyn a passé sa vie à travailler pour changer cela. Elle voulait que l’on voie son talent et pas que son corps. Le terme n’existait pas encore mais elle était une des premières féministes dans ce monde du cinéma.

En même temps, il faut reconnaître que sa force de séduction était tellement puissante qu’elle « rend la chanson d’amour typique des années cinquante crédible et attrayante », surtout lorsqu’elle chante, dans Niagara : « Embrasse-moi… Enivre-moi… Serre-moi dans tes bras… Maintenant… ».

Oui, elle était très forte dans ce genre d’exercice. Elle ne reniait pas sa sensualité, c’était en elle. Elle reniait la sexualité qu’on lui imposait. Aujourd’hui on fait très bien la différence, mais à cette époque, c’était un combat de tous les moments. Et vous le dites très bien : « Chanson typique des années 50 ». Pour changer le monde ou la vision du monde, il ne faut pas « renverser la table », comme on dit maintenant, c’est un long et fastidieux combat de chaque jour, un combat à mener en douceur.

Toujours pour citer Joseph Cotten, il faut reconnaître à Marylin son talent qui fait d’elle un être unique doué d’« un réel et émouvant talent ». Il remarque en même temps sa fragilité, « une petite fille perdue ». Comment parler de cette fragilité et rendre plus juste l’image de Marylin ?

C’est là où on comprend qu’une actrice, c’est aussi une femme et que l’on ne peut pas occulter son côté biographique, même si j’en parle très peu dans le livre. Marilyn, lorsqu’elle s’appelait encore Norman Jean, a été abandonnée par sa mère et n’a jamais connu son père. Elle a vécu en famille d’accueil toute son enfance, s’est mariée à 16 ans pour sortir de cette situation. Elle a beaucoup souffert et cela n’aide pas à travailler son assurance dans la vie.

Et le trac, sachant qu’elle est perfectionniste dans son métier ? Vous écrivez : « Durant le tournage, Marilyn est très nerveuse, elle vomit presque avant chaque scène, ses mains et son visage se couvrent de plaques rouges. Si elle parvient tout de même à tourner, c’est à force de détermination et d’ambition car elle est perfectionniste. »

Pour répondre à cela, j’ai envie de citer Sarah Bernhardt : « Si tu n’as pas le trac, c’est que tu n’as pas de talent. Elle avait énormément le trac avant de tourner et ses symptômes que vous décrivez n’étaient pas systématiques, tout dépendait de la pression qu’elle ressentait. Some Like It Hot a été la pire expérience de tournage de sa vie à cause des relations qu’elle entretenait avec Tony Curtis. C’est d’ailleurs ce tournage qui lui a valu la réputation qu’elle a encore. On a occulté les 28 autres tournages. Dans le film River of no return, elle devait tourner une scène au milieu d’une foule immense. C’était une fête de cow-boys, tournée lors d’une fête réelle. Elle n’avait le droit qu’à une seule prise, à une heure précise, pas le droit d’échouer et elle a été parfaite.

 

 

Marylin et le succès. Il s’agit d’un autre sujet sur lequel je vous propose de nous arrêter. Inéluctablement, succès rime avec haine. Prenons-la à témoin, lorsqu’elle déclare lors de la première de How to Marry a Millionaire au Fox Wilshire Theater : « C’est la plus belle soirée de ma vie. C’est comme lorsque j’étais petite et que je rêvais qu’il m’arrivait des choses merveilleuses. À présent, elles sont arrivées ». Ce à quoi elle rajoute : « Mais c’est drôle comme le succès peut attirer sur vous la haine des gens. Je souhaite que cela ne se produise pas. Ce serait formidable de profiter du succès sans lire la jalousie dans les yeux de ceux qui vous entourent ».

C’est bien la preuve que les réseaux sociaux n’ont pas inventé la haine, ils n’ont fait que la propager plus vite. Mais je ne connais pas d’artistes ou tout simplement d’êtres humains qui ne sont pas sensibles à cela. Pas besoin de s’appeler Marilyn Monroe pour souffrir d’un mauvais commentaire, d’une jalousie. Maintenant, on prépare les personnes publiques à vivre avec le succès dans ses bons et ses pires aspects, mais à l’époque, personne n’était préparé à cela. Beaucoup savaient relativiser, mais d’autres, un peu plus fragiles comme Marilyn, prenaient cela avec moins de recul et la souffrance était réelle.

Enfin, pour terminer, cette question sur l’immortalité de son image, bien au-delà de son être passé dans l’éternité. Vous terminez votre livre avec cette question que je me permets de vous reposer : « Mais lorsque je regarde ces vingt-neuf films, je me pose encore la question. Marilyn Monroe n’est-elle pas immortelle ? »

J’en suis persuadé. Comme d’autres sont immortels. James Dean, Freddy Mercury, Michael Jackson ou, plus proche de nous, Jean-Paul Belmondo, Jean Gabin, Brigitte Bardot et tant d’autres. Tant que l’inconscient collectif pensera à eux, tant qu’on regardera leurs films, écoutera leurs chansons, tant qu’on parlera d’eux, ils seront immortels. La vraie mort commence quand on vous oublie…

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Lien de l’éditeur :  https://catalogue.5senseditions.ch/de/recit-de-vie-5/9-marilyn-la-filmographie.html

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Propos recueillis par Dan Burcea

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