Interview. Vali Irina Ciobanu : « Le destin n’est pas une ligne fixe sur une carte, mais un territoire vivant, en constante redéfinition »

 

 

Le 2 juillet aura lieu à Bucarest, dans la salle Brâncuși du Palais du Parlement, le vernissage de l’exposition de peinture « Cartographies des destins » proposée par Vali Irina Ciobanu. Le titre, mais aussi l’esprit qui anime cette nouvelle exposition, retient l’attention surtout sur l’évolution de cette infatigable et talentueuse artiste. Il s’agit avant tout d’une idée anthropologique originale qui situe le devenir humain dans un espace pictural — une topographie concrète et un atlas symbolique de la condition humaine.

Comment vous sentez-vous à quelques jours seulement du vernissage de votre exposition ?

Émue, très émue. Mais aussi stressée — c’est normal, car il reste encore tant de choses à faire : des affiches à imprimer, des étiquettes à réaliser, des certificats d’authenticité à remplir et à signer. C’est une véritable folie d’organiser une exposition personnelle. Une fois les tableaux terminés, on dirait que le vrai travail ne fait que commencer. Quoi qu’il en soit, tout ce stress organisationnel est largement surpassé par ce nœud à l’estomac quand on se rend compte que ses pensées et ses sentiments seront là, à la vue de tous, accrochés aux cimaises.

 

 

Dans mon introduction, j’ai défini votre nouvelle exposition comme une vision à la fois concrète et symbolique d’une anthropologie picturale d’une grande sensibilité. Que pouvez-vous nous dire de l’esprit qui vous a guidée dans sa réalisation ?

Je voyage beaucoup, j’observe, je m’émerveille, je me laisse émouvoir par les paysages, les ciels, les gens — surtout les gens. L’année dernière, sur la place d’Espagne à Séville, j’ai eu une révélation : nous sommes, d’une certaine manière, là où nous naissons. Mais nous pouvons changer cela. Nous vivons à une époque où il est si facile de voyager, de changer de destin, de faire des choix. Je regardais les gens et les cartes peintes sur céramique retraçant l’histoire de l’Espagne, et j’ai senti l’idée de cette exposition prendre forme : le destin n’est pas une ligne fixe sur une carte, mais un territoire vivant, en constante redéfinition.

 

 

Depuis combien de temps travaillez-vous sur ces tableaux ? Comment les situez-vous dans l’ensemble de votre œuvre artistique, d’autant plus que la carte est un élément déjà présent dans vos œuvres précédentes ?

J’ai commencé à travailler sur cette exposition en novembre dernier. C’est une grande exposition, qui a nécessité du temps pour se concrétiser — près de 65 œuvres, organisées en quatre chapitres : Afrique, Asie, Cartographies intérieures et L’Europe sous le même ciel. Oui, j’aime les cartes anciennes, elles me fascinent. J’ai une série de cartes thématiques dans laquelle je construis des récits autour de celles-ci. Mais cette fois-ci, la carte est davantage un prétexte, une idée qui met en avant l’homme — le voyageur, celui qui choisit, celui qui se réinvente.

Vous me disiez en préparant cette interview que dans ce cycle, « la carte devient un espace intérieur ». Comment cette idée se traduit-elle dans les formes et les couleurs de vos tableaux ? Comment le portrait se marie-t-il avec la représentation topographique en arrière-plan ?

La carte qui sert de fond à mes tableaux n’est pas une géographie extérieure — c’est une géographie de l’âme. Les contours des pays, les méridiens, les lignes côtières deviennent des signes ou des chemins intérieurs pour les personnages que je peins. Les couleurs ne sont jamais neutres : un ciel au-dessus du Japon ne ressemble pas à celui au-dessus de l’Afrique — chacun porte sa propre lumière, sa propre mémoire. Les portraits et les figures humaines semblent émerger de ces cartes, comme si le lieu les avait façonnés. Ou, au contraire, comme s’ils avaient façonné le lieu.

 

 

Que disent vos tableaux de la condition de l’homme contemporain, cet homme éminemment nomade, tel qu’il est aujourd’hui dans un monde ouvert ?

Que la liberté de se déplacer est aussi une liberté de se transformer. L’homme contemporain n’est plus prisonnier de la géographie dans laquelle il est né — et c’est une immense bénédiction, même si elle n’est pas toujours consciente. Mais cette liberté s’accompagne d’une question profonde : qui sommes-nous, au-delà de nos coordonnées d’origine ? Mes tableaux ne répondent pas à cette question — ils l’ouvrent, la laissent respirer sur la toile, invitant le spectateur à se la poser à son tour.

La coexistence entre l’idée et l’image, entre le contour et la couleur, invite justement ce spectateur à une méditation complexe, au-delà du message visuel. Quelle charge introspective recèle chacun des tableaux de cette collection ?

J’espère qu’elles transmettent toute la charge émotionnelle que j’ai tenté d’y insuffler. Chaque tableau a été un voyage en soi — non seulement géographique, mais aussi émotionnel. Certaines œuvres sont nées d’un souvenir précis : un ciel observé à Genève, une lumière matinale en Grèce, le silence d’un coucher de soleil à Nice. D’autres se sont construites plus lentement, à partir d’un sentiment diffus d’appartenance et d’étrangeté à la fois. J’espère que les visiteurs de l’exposition méditeront sur l’idée de destin — qu’ils s’y reconnaîtront ou s’interrogeront, chacun à sa manière.

 

 

En regardant certains de ces tableaux, on ne peut s’empêcher de ressentir une joie, une exultation liée à votre travail de peintre, à cette façon de regarder le monde sous deux angles complémentaires : la représentation et la méditation. Si vous deviez prodiguer un conseil à vos futurs visiteurs, quel serait-il ?

Qu’ils vivent leur vie, qu’ils en profitent, qu’ils essaient de découvrir la beauté du monde et son spectacle. Qu’ils comprennent leur destin et qu’ils le changent s’il ne leur plaît pas. Et surtout, qu’ils fassent tout leur possible pour être heureux — car c’est bien de cela qu’il s’agit, en réalité. Et si mes tableaux parviennent à allumer chez quelqu’un ne serait-ce qu’une étincelle de cette conviction, alors tout ce travail en aura pleinement valu la peine.

Propos recueillis et traduits du roumain par Dan Burcea

Versiunea în limba română :

Pe data de 2 iulie va avea loc la București, la Sala Brâncuși de la Palatul Parlamentului, vernisajul expoziției „Cartografii ale Destinelor” a pictoriței Vali Irina Ciobanu. Titlul, dar și spiritul care construiește această nouă propunere a acestei neobositei și talentate artiste atrage atenția din mai multe puncte de vedere celor care îi urmăresc realizările și evoluția artistică. Este vorba, în primul rând, de o idee antropologică originală care situează devenirea umană într-un spațiu pictural — o topografie concretă și un atlas simbolic al condiției umane.

Bună ziua, Vali. Cum te simți acum, la doar câteva zile de vernisaj ?

Emoționată, foarte emoționată. Dar și stresată — normal, pentru că mai sunt atâtea lucruri de făcut: afișe de printat, etichete de realizat, certificate de autenticitate de completat și de semnat. E o adevărată nebunie să organizezi o expoziție personală. Lucrările le-ai pictat și parcă abia acum începe munca adevărată. Oricum, toate aceste stresuri organizatorice sunt cu mult depășite de acel gol din stomac când realizezi că gândurile și sentimentele tale vor fi acolo, în văzul lumii, pe simeze.

În introducerea mea, am definit noua ta expoziție ca pe o viziune concret-simbolică a unei antropologii picturale de o mare sensibilitate. Ce ne poți spune despre spiritul care te-a ghidat în realizarea ei ?

Călătoresc mult, observ, mă minunez, mă las emoționată de peisaje, de ceruri, de oameni — mai ales de oameni. Anul trecut, în Piața Spaniei la Sevilla, am avut o revelație: suntem, într-un fel, acolo unde ne naștem. Dar putem schimba asta. Trăim într-un moment al umanității în care e atât de ușor să călătorești, să-ți schimbi destinul, să alegi. Priveam oamenii și hărțile pictate pe ceramică cu istoria Spaniei și am simțit cum se concretizează ideea acestei expoziții — că destinul nu este o linie fixă pe o hartă, ci un teritoriu viu, în continuă redesenare.

De cât timp ai lucrat la aceste tablouri ? Cum o situezi în ansamblul operei tale artistice, mai ales că harta este un element deja prezent în lucrările tale anterioare ?

Am început în noiembrie anul trecut să lucrez pentru această expoziție. Este o expoziție mare, care a avut nevoie de timp să se concretizeze — aproape 65 de lucrări, organizate în patru capitole: Africa, Asia, Cartografii Interioare și Europa sub Același Cer. Da, îmi plac hărțile vechi, sunt fascinată de ele. Am seria de hărți tematice în care construiesc povești în jurul unei hărți vechi. Dar de data aceasta harta este mai mult un pretext, o idee care să pună în evidență omul — călătorul, cel care alege, cel care se reinventează.

Îmi spuneai într-o conversație anterioară că în acest ciclu „harta devine un spațiu interior”. Cum este transpusă această idee în formele și culorile tablourilor? Cum se conjugă portretul cu reprezentarea topografică din fundal ?

Harta din fundalul tablourilor mele nu este o geografie exterioară — este o geografie a sufletului. Contururile țărilor, meridianele, liniile de coastă devin niște semne sau niște drumuri interioare ale personajelor pe care le pictez. Culorile nu sunt niciodată neutre: un cer deasupra Japoniei nu seamănă cu unul deasupra Africii — fiecare poartă o lumină proprie, o memorie proprie. Portretele și figurile umane emergă parcă din aceste hărți, ca și cum locul i-ar fi modelat. Sau, dimpotrivă, ca și cum ei ar fi modelat locul.

Ce spun tablourile tale despre condiția omului contemporan, omului eminamente nomad, așa cum este el azi într-o lume deschisă ?

Că libertatea de a te mișca este și o libertate de a te transforma. Omul contemporan nu mai este prizonierul geografiei în care s-a născut — iar asta e o binecuvântare imensă, chiar dacă nu întotdeauna conștientizată. Dar această libertate vine cu o întrebare profundă: cine ești tu, dincolo de coordonatele tale de origine? Tablourile mele nu răspund la această întrebare — o deschid, o lasă să respire pe pânză, invitând privitorul să și-o pună la rândul lui.

Coabitarea dintre idee și imagine, între contur și culoare, invită privitorul la o meditație complexă, dincolo de mesajul vizual. Ce încărcătură introspectivă conține fiecare din tablourile acestei colecții ?

Sper să aibă încărcătura pe care eu am încercat să o pun în ele. Fiecare tablou a fost o călătorie în sine — nu doar geografică, ci și emoțională. Unele lucrări s-au născut dintr-o amintire precisă: un cer văzut la Geneva, o lumină de dimineață în Grecia, tăcerea unui apus in Nisa. Altele s-au construit mai lent, dintr-un sentiment difuz de apartenență și de străinătate în același timp. Sper ca vizitatorii expoziției să contemple ideea de destin — să se recunoască sau să se întrebe, fiecare în felul lui.

Privind unele dintre aceste tablouri, nu poți să nu remarci sentimentul unei bucurii, al unei exultări a muncii tale de pictor, în a privi lumea din două perspective complementare — reprezentare și meditație. Dacă ar fi să oferi o recomandare viitorilor tăi vizitatori, care ar fi aceea ?

Să-și trăiască viața, să se bucure de ea, să încerce să descopere frumusețea lumii și spectacolul ei. Să-și înțeleagă destinul și să-l schimbe, dacă nu le place. Și, mai ales, să facă tot posibilul să fie fericiți — pentru că despre asta este viața, de fapt. Iar dacă tablourile mele reușesc să aprindă în cineva măcar o scânteie din această convingere, atunci toată munca a meritat din plin.

 

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