Lou Valérie Vernet : « Pour apprendre à danser sous la pluie, encore faut-il avoir le droit de danser »

 

Lettres Capitales:

Partons de ces deux citations sur le double thème que je vous propose :

D’abord celle de René Char :

  • « Juxtapose à la fatalité la résistance à la fatalité. Tu connaîtras d’étranges hauteurs »

Ensuite, celle sous forme de définition tout aussi imagée de Boris Cyrulnik :

  • « La résilience c’est l’art de naviguer dans les torrents »

Est-ce que les livres, la littérature, le spectacle, l’art nous aident à escalader

pour franchir ces hauteurs, à naviguer dans ces torrents ?

 

Je parachèverai les citations de René Char et Boris Cyrulnik avec celle de Franz Kafka en son temps : « Il me semble d’ailleurs qu’on ne devrait lire que les livres qui vous mordent et vous piquent. Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un bon coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire (…) Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous. Voilà ce que je crois ».

Tout l’art de l’escalade, du dépassement et de la navigation torrentielle est là. Dans l’exploitation outrancière mais ô combien légitime de l’imagination.

Et d’ailleurs, la même thérapie s’applique à tous les arts.

Créer pour faire vivre, encore et encore, de toutes les manières possibles ce qui existe déjà mais qui, dans l’instant, nous fait défaut, nous impressionne, nous insurge, nous oblige à prendre de la hauteur.

A quoi bon spolier la création si le cœur n’y est pas. S’il ne bondit pas en dehors pour respirer un air neuf. Si nos cinq sens restent en berne au lieu de déployer leur haut potentiel. Si notre vue n’en est pas transcendée, notre odorat exalté, notre goût émerveillé, notre ouïe subjuguée et notre toucher littéralement caressé.

Si à l’issue de tout cela, notre 6e sens ne s’éveille pas pour interpeller le 7e. L’intuition au service du surmoi, passerelle entre notre petite conscience et l’univers tout entier. Être percuté jusqu’à toucher enfin des hauteurs insoupçonnées.

Je pourrai sans rougir citer des dizaines d’exemples de livres, films, musiques, peintures, spectacles qui ont tous, à un moment de ma vie, changé ma vision du monde, mes paradigmes intérieurs et redéfini mon avenir.

Mieux que des doudous adultes de substitution, ces objets de création ont su à des instants T calmer mes angoisses, apaiser mes craintes, éveiller ma curiosité, orienter ma guérison, dépasser mes apriori.

En ces temps brouillés, où nos repères explosent, où nos habitudes de vie sont chamboulées, où nos corps sont malmenés, voire défiés, il est utile de rappeler que notre besoin de consolation est exponentiel. Pour apprendre à danser sous la pluie, encore faut-il avoir le droit de danser.

Alors moi je le proclame haut et fort, aujourd’hui, bien plus qu’hier et moins que demain : dansez, chantez, dessinez, écrivez, lisez, marchez, peignez, méditez, jouez, bêchez, bricolez, rêvez. Parlez aux arbres, aux fleurs, au ciel, aux animaux, à qui vous voulez, mais donnez-vous du beau, encore plus et mieux qu’à l’accoutumée.

N’attendez pas d’être sauvé. Grimpez vous-même sur l’échelle de votre destinée. Soyez l’artisan de votre régénération.

Nous, les artistes, ne sommes que d’infimes et modestes suppléants. Si nous montrons un chemin, une issue, si nous ouvrons une porte, si nous ajourons un mur, c’est bien vous qui faites le reste du chemin. Aussi, je compte sur vous pour prendre soin de vous.

C’est un ordre J…  Sinon qui continuera à me lire ???

Lou Valérie Vernet, 14 novembre 2020

Auteure, voyageuse, photographe, Lou Vernet est une autodidacte. Passionnée, libre, têtue et un peu barrée. Sa devise “Ne prenez pas la vie au sérieux, de toute façon vous n’en sortirez pas vivant !” Quand on lui demande ce qui est essentiel pour elle, elle répond, sas coup férir : son âme : Aimer, Marcher, Écrire. Née à Paris, elle en fait souvent le personnage principal de ses romans. et vit actuellement dans le 95.

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