Loreta Popa : Quatre poèmes inédits

 

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Tu ne m’as pas cherchée pour rester.

Tu m’as simplement rappelé

que quelque part,

sous ce « c’est mieux ainsi »,

je suis encore vivante.

Tu ne t’es pas demandé

si le moment était opportun.

Tu es arrivé d’un coup

par une porte

que je croyais murée.

Et j’ai su

que je pouvais brûler,

que je pouvais trembler,

que je pouvais être

à nouveau

un commencement.

Tu m’as rappelé

 que je suis une terre fertile

et qu’en moi

la vie peut germer.

Encore ?…

Parfois, l’amour ne vient pas pour être une histoire.

Il vient pour être un miroir.

J’ai été spectateur de ma propre ascension.

J’ai vu comment brille

la femme qui est en moi.

Sous le masque de chaque jour,

je l’avais oubliée –

celle qui s’épanouit

au simple contact de ta main.

Sous le masque des jours sages,

sous la discipline des silences assumés,

je m’étais oubliée.

Mais

en moi,

toi, vieille graine, tu errais,

attendant le moment propice

pour que se déverse le Delta du fleuve bleu.

Nous nous sommes retrouvés en silence,

là où les herbes brûlent

et où les papillons nous protègent.

C’est là que nous sommes

plus vrais.

Nous.

Là-bas, il n’y a ni temps,

ni choix,

ni mauvais chemins.

Nous, graines stellaires

jetées dans des mondes différents,

germant

à la vitesse de la lumière

à chaque fois

que nous nous touchons,

dépouillés du monde.

Il existe des amours

qui ne sont pas faites pour durer sous une forme,

mais pour rayonner dans leur essence.

Dans cette vie,

nous nous sommes reconnus.

Nous avons brûlé.

Nous avons su.

Nous aimons.

 

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Un feu brûle,

qu’aucun ne peut éteindre,

en lui se consume l’injustice

rassemblée par les mains de ceux qui sont destinés à la porter.

Le feu purifie.

L’eau guérit.

L’air remue jusqu’au sang.

Le métal purifie.

Le bois réveille les racines.

Et personne ne peut les arrêter.

Les pierres ont une âme –

c’est pourquoi tu as érigé des autels en leur honneur, ô humain,

à la recherche de quelque chose que tu n’as jamais pleinement trouvé :

la liberté.

Tu la cherches sans t’en rendre compte.

Tu la nommes, mais tu ne la connais pas.

Ce n’est qu’une ombre

de ce qui pourrait être.

Si tu voyais son visage,

serais-tu capable de l’aimer ?

Serais-tu capable de le rendre libre ?

Elle est lourde –

trop lourde pour tes épaules.

Tu te souviens ?

Tu avais autrefois des ailes.

Tu ne savais pas quoi en faire.

Tu as appris tardivement à voler,

tu as fait des erreurs,

tu es tombé

et tu les as perdues.

Et tu as oublié

que voler t’était donné depuis le début.

Relève-toi, mon ami.

Donne des ailes à la Liberté

si tu as oublié comment voler.

Donne ton amour,

pour qu’elle ait confiance en toi.

Ton choix –

véritablement libre –

peut élever la terre

à la vibration qu’elle mérite,

mais qu’elle a oubliée

lorsqu’elle t’a accueilli dans ses bras.

Tu es né de la terre.

Quand tu marches, les graines comprennent qu’elles doivent pousser.

Quand tu pleures, tu arroses le monde

et tu le rends plus fertile.

Quand tu ris, tu deviens soleil

sur des champs assoiffés de guérison.

Et quand l’injustice se manifeste,

alors tu sais –

tu sais vraiment –

ce qui te manque :

La liberté.

Quand le cercle se referme,

il n’y a plus de retour.

Seulement en avant.

Là où l’autel

n’est plus de pierre,

mais de toi.

Chez toi.

 

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À travers tes yeux,

je me vois telle que je sais que je suis.

Ni plus petite.

Ni plus grande.

Ni plus blessée que je ne l’ai été.

Et que je ne le suis.

La lumière

est pour moi

purifiée

par toi

et les ombres t’obéissent.

Quand le doute me fait courber les épaules,

un seul mot de ta part

rappelle à ma colonne vertébrale

que sa mission est de se tenir droite.

Quel beau miroir

qu’est un homme

qui te voit

et ne te rabaisse pas !

Quel soutien silencieux

qu’est une présence

qui ne demande pas de place,

mais qui retient le ciel

pour qu’il ne tombe pas !

Tu n’es pas près de moi

et pourtant

tu es là.

Tu ne me touches pas

et pourtant,

tu me soulèves.

Peut-être que le véritable amour

ne signifie pas la proximité,

mais la vérité.

Et moi, à travers ses yeux,

j’apprends

à me regarder sans crainte.

 

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Moi, tout entière

Je ne suis plus la moitié d’une histoire.

Je ne suis plus un chapitre inachevé.

Je suis le livre.

Avec toutes ses pages brûlées,

avec toutes ses annotations dans les marges,

avec toutes ses larmes séchées entre les lignes.

Je me suis regardée dans le miroir

et je n’ai plus vu de nostalgie.

J’ai vu une force sereine.

J’ai vu une femme

capable d’aimer sans se perdre.

Et cela

est le commencement de tous les commencements.

 

(Traduit du roumain par Dan Burcea)

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