Lancement du roman Le Saint n°6 de Tatiana Niculescu aux Éditions L’Harmattan

Les Éditions l’Harmattan vont lancer ce vendredi 7 février, à 18 h 30, rue des Écoles à Paris, le livre « Le Saint n° 6 – L’évêque prisonnier » de la romancière roumaine Tatiana Niculescu, dans l’excellente traduction de Sylvain Audet-Găinar, lui-même écrivain et grand connaisseur de la langue et de la culture roumaines.

Connue en Roumanie pour son travail de journaliste, de dramaturge et de femme écrivain, Tatiana Niculescu est l’auteure de nombreux romans où l’histoire du milieu du siècle dernier de son pays occupe une place de prédilection. Le scénario du film de Cristian Mungiu, Au-delà des collines, prix du meilleur scénario au Festival de Cannes en 2012, a été construit à partir de deux de ses romans Spovedanie la Tanacu [Confession à Tanacu] et Cartea judecătorilor [Le Livre des juges]. Elle est aussi l’auteure de Singur – Viața lui Mihail Sebastian [Seul – La vie de Mihail Sebastian]. Sa riche bibliographie romanesque mériterait amplement d’être traduite et connue en France(1).

Tatiana Niculescu nous a accordé en exclusivité cette courte interview pour exprimer son émotion et sa joie de rencontrer le public français.

Avec quel sentiment préparez-vous cet événement ?

Je me prépare pour le lancement de mon livre à Paris avec beaucoup d’émotion, d’autant plus que ce sera ma première rencontre avec le public français. La parution de mon roman historique aux éditions L’Harmattan m’a quelque peu surprise, car elle est arrivée très rapidement, moins d’un an après la publication du livre en Roumanie, aux éditions Humanitas. Je suis très reconnaissante à mon traducteur, Sylvain Audet-Găinar, qui a cru en ce livre et s’y est consacré avec beaucoup d’enthousiasme.

Votre livre est paru dans la collection « Romans historiques ». Qu’est-ce qui vous a poussé à aborder un tel sujet ?  Quelle est pour vous l’importance d’aborder l’histoire roumaine des 75 dernières années ?

Depuis plus de dix ans, j’essaie, à travers des biographies et des romans historiques, de contribuer, autant qu’un écrivain peut le faire, à entretenir la mémoire historique dans mon pays. L’histoire des Grecs-catholiques et du cardinal Iuliu Hossu ne représente qu’une page de cette histoire et est liée à la politique systématique menée par Staline contre l’Europe occidentale. J’ai le sentiment qu’à partir du moment où nous perdrons notre mémoire historique, toutes les atrocités deviendront possibles et nous, les Européens de l’Est, voyons déjà, à nos frontières, les conséquences et les dangers de cette amnésie et de cette réécriture de l’histoire. Pour moi, l’histoire d’une vie qui ne se laisse pas abattre par les événements et les décisions politiques arbitraires est une source de réflexion sur les gens, la société et le pouvoir politique. Je dois vous avouer qu’en écrivant ce roman, j’avais également un pari en tête : je voulais voir si, dans le contexte actuel de manipulation politique de la religion, la foi profonde d’un homme intègre avait encore sa place. Les lecteurs jugeront si ce pari est gagné ou perdu.   

Faisons brièvement connaissance avec le personnage de votre livre. Le sous-titre de l’édition française est « L’évêque prisonnier ». Qui était cet évêque ? Quelle est son histoire ?

Mon personnage s’appelle « numéro 6 ». Dans la réalité historique, c’était le numéro du lit occupé par l’évêque (qui est ensuite devenu cardinal en secret) en prison, et le chiffre qui a remplacé son nom. Le personnage peut toutefois être n’importe quel prisonnier politique qui a survécu aux prisons communistes et aux persécutions, au début des années 1950, dans les pays du bloc soviétique, et qui a conservé sa liberté intérieure, sa force de caractère et sa dignité. L’expérience de l’évêque gréco-catholique Iuliu Hossu m’a semblé exemplaire à cet égard. Son histoire mêle la vie politique de la Roumanie de l’entre-deux-guerres, une dictature de droite, la guerre, l’occupation soviétique et une dictature de gauche, celle des communistes. Il s’agit d’une période et d’un pan d’histoire à travers lesquels j’essaie, dans mon roman, de raconter une vie et, en même temps, un pays. Il est la victime invaincue d’une idéologie totalitaire et, c’est pourquoi, son destin me semble parler au monde d’aujourd’hui, désorienté par des discours politiques agressifs et contradictoires et par des tentations dictatoriales.

Dans une interview accordée à Radio România Cultural, vous avez déclaré : « Le Saint n°6 est un personnage fictif, inspiré toutefois de la vie et des mémoires du premier cardinal roumain ». Comment avez-vous réussi à mêler ces deux aspects, historique et fictif, mais aussi profondément humain, dans le traitement du sujet de votre roman ?

Au départ, j’avais pensé écrire une biographie, mais en lisant les mémoires de Iuliu Hossu, je me suis rendu compte que la fiction historique me donnerait plus de liberté pour rendre compte de sa vision de la foi et de la vie en général. Tout en conservant le cadre général des événements historiques réels, j’ai rendu compte de sa pensée et de sa sensibilité à l’aide de nombreuses scènes et dialogues fictifs. Son expérience de vie m’a semblé beaucoup trop intéressante pour ne pas être transmise à un public aussi diversifié que possible. C’est pourquoi j’ai voulu le libérer de son petit univers ecclésiastique et de la boîte de la piété confessionnelle et le confier à tout lecteur, croyant ou non, qui cherche le sens et la joie de la vie dans des conditions difficiles.

Enfin, quel conseil pourriez-vous donner aux lecteurs francophones pour une lecture historique aussi fidèle que possible de votre livre ? 

Je souhaiterais que les lecteurs francophones lisent simplement le livre et le lisent avec plaisir, qu’ils s’intéressent ou non à l’Histoire de la Roumanie. J’espère qu’ils découvriront à travers cet ouvrage que la lumière des petites choses peut être, comme dans le cas du personnage « n° 6 », la clé d’un état de paix et de confiance, et que, quelle que soit la situation, aussi terrible soit-elle, il existe en nous une lueur d’espoir qui nous dépasse.

Propos recueillis et traduits du roumain par Dan Burcea

Tatiana Niculescu, Le Saint n° 6 – L’évêque prisonnier, Éditions L’Harmattan, déc. 2025, 212 pages. Roman traduit du roumain par Sylvain Audet-Găinar.  

(1) https://humanitas.ro/cauta/Tatiana%20Niculescu

Print Friendly, PDF & Email
Partagez cet article