Portrait en Lettres Capitales : Catherine Rolland

 

 

Qui êtes-vous, où êtes-vous née, où habitez-vous ?

Je suis née à Lyon. J’y ai vécu – au cœur de la ville et en périphérie – pendant plus de trente ans.

Ce n’est qu’en la quittant (pour la Suisse, où j’habite à présent) que j’ai pleinement réalisé à quel point j’aimais cette ville.

Bellecour et nos rendez-vous adolescents « sous la queue du cheval », le mariage des deux fleuves, la colline qui prie et la colline qui travaille, les Illuminations du 8 décembre, du temps où elles n’étaient qu’aux Lyonnais et ne s’appelaient pas « Fête des Lumières » pour séduire les touristes…

Les lieux de notre enfance nous appartiennent à tout jamais.

Vivez-vous du métier d’écrivaine ou, sinon, quel métier exercez-vous ?

Je ne vis pas encore de ma plume, à l’instar de la grande majorité des écrivains, mais la littérature prend de plus en plus de place. J’écris des romans, mais aussi des chroniques, je tiens un blog, j’anime des ateliers d’écriture et j’ai pour projet, très bientôt, de lancer un podcast.

Et, dans les moments de liberté qui me restent, je suis médecin.

Comment est née votre passion pour la littérature et surtout pour l’écriture ?

La plupart des musiciens se risquent à composer à un moment ou à un autre ; de même, les gros lecteurs finissent souvent par céder à la tentation de l’écriture. Déception ou révélation, c’est selon. Pour moi, la passion a été immédiate, vers 16 ans ; je n’ai plus jamais cessé d’écrire ensuite.

Quel est l’auteur/le livre qui vous ont marqué le plus dans la vie ?

C’est une question très difficile. Peut-il n’y avoir qu’un seul livre, éclipsant tous les autres ? Je crois que non, et c’est heureux, car toute lecture ultérieure ne serait que tristesse.

Mon dernier éblouissement en date remonte à quelques jours. Lu bien après sa sortie, « Être ici est une splendeur » de Marie Darrieussecq m’a enchantée par sa poésie, sa justesse, sa beauté.

Quel genre littéraire pratiquez-vous (roman, poésie, essai) ? Passez-vous facilement d’un genre littéraire à un autre ?

J’écris des romans, et occasionnellement des nouvelles.

Si je me cantonne à la littérature de fiction, j’écris effectivement dans plusieurs genres différents au gré de mes envies, saga familiale, roman noir ou bien fantastique.

C’est important de se renouveler et de se lancer de nouveaux défis, de « sortir de sa zone de confort », pour employer une expression à la mode !

Comment écrivez-vous – d’un trait, avec des reprises, à la première personne, à la troisième ?

J’ai la chance d’écrire vite. De ce fait, j’écris en général mes romans d’une seule traite, en quelques mois. Comme je suis assez méticuleuse, je peaufine et corrige au fur et à mesure, si bien que mes premiers jets sont le plus souvent assez « propres »… ce qui n’empêche pas un affolant nombre de relectures et de modifications, bien entendu !

Quant au « je » ou « il/elle », c’est variable. Cela dépend de l’effet que je souhaite donner, quel degré d’immersion je veux obtenir et quel angle de narration je choisis. Il m’arrive également de mixer les deux, certains chapitres à la première personne, et d’autres rapportés par un narrateur extérieur. Tout dépend du roman.

D’où puisez-vous les sujets de vos livres, et combien de temps est nécessaire pour qu’il prenne vie comme œuvre de fiction ?

Aucune idée de roman ne jaillit, toute faite et « prête à l’emploi » d’une source mystérieuse dont seul l’écrivain connaîtrait l’accès secret ; ce qui est fort dommage, au demeurant.

Ce fut parfois le lieu : le plateau des Glières, Pompéi… ; l’envie de parler d’un sujet qui m’intéressait et se prêtait, me semblait-il, à des développements romanesques, comme la gémellité ou la transhumance des chevaux pyrénéens ; ou encore, une œuvre du Caravage, une sonate de Beethoven ou un Impromptu de Schubert.

Parfois, la magie opère, la graine germe et le roman vivra.

D’autres fois, les idées demeurent à l’état de possible ; des intentions un peu floues, mortes aussitôt nées.

Choisissez-vous d’abord le titre de l’ouvrage avant le développement narratif ? Quel rôle joue pour vous le titre de votre œuvre ?

Le titre est si fondamental ! Comme la couverture, il est le premier contact du lecteur avec le livre, déclenchant, ou non, sa curiosité.

Moi qui suis très sensible à la poésie et à la musicalité de la langue, j’aimerais avoir su trouver, pour mes propres romans, des titres aussi merveilleux que, par exemple « Être ici est une splendeur », dont nous parlions plus haut.

Quel titre sublime ! Quel concentré de promesses et de séduction en si peu de mots, quelle élégance, aussi… Il faut dire que le ver n’est pas de Marie Darrieussecq, mais de Rainer Maria Rilke, dans Elegies du Duino. Mais qu’importe, ce titre est parfait.

Et, pour répondre à votre question, mon talent pour trouver des titres est affreusement limité… Mais je suis heureusement bien entourée, et la séance rituelle de choix du titre, en fin de rédaction de roman, est souvent le prétexte à de joyeux et amicaux « brainstorming » qui atténuent la difficulté de la tâche.

Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages et comment les inventez-vous ?

Je sais qu’il est d’usage pour l’écrivain de répondre que ses personnages l’obsèdent et occupent son esprit à temps complet pendant la rédaction de son roman. Tout bien considéré, ce n’est pas mon cas. Je ne les prends pas pour de vraies personnes, je ne leur parle pas, nous n’avons aucun conflit et je ne me demande jamais, confrontée à telle ou telle situation, comment mon héros ou mon héroïne du moment s’en serait tiré(e).

L’intrigue m’habite davantage. Je réfléchis sans cesse aux rebondissements, aux différentes scènes à venir, j’écris les dialogues dans ma tête avant de les coucher sur le papier… les personnages suivent et se construisent au fur et à mesure.

La fonction crée l’organe, dit-on.

L’histoire, chez moi, crée le héros.

Parlez-nous de votre dernier ouvrage et de vos projets.

Comme beaucoup de mes collègues écrivains, j’ai vu mon calendrier de publications bousculé par la crise sanitaire.

 « La Dormeuse » est paru en juillet dernier. Il s’agit d’un roman flirtant avec le fantastique, se déroulant pour partie en Touraine à l’époque contemporaine, et pour partie à Pompéi, quelques jours avant l’éruption du Vésuve.

En octobre prochain, devrait paraître le premier tome de ma nouvelle saga fantastique, « Emma Paddington ». L’histoire d’une jeune femme ordinaire qui hérite d’un singulier manoir, au fin fond de la Californie, où cohabitent toutes sortes de créatures surnaturelles improbables. Un roman enlevé, assez loufoque et drôle, car nous en avons bien besoin en ce moment !

En mars 2022, paraîtra dans un tout autre style un roman noir, « Les inexistants », huis-clos entre trois personnages marginaux, une serveuse de restoroute élevant seule son fils handicapé, un clandestin venu d’Irak et un jeune homme un peu dérangé.

Enfin, je suis en train de développer de nombreux projets qui me tenaient à cœur depuis des années : l’animation d’ateliers d’écriture, la collaboration avec un blog littéraire pour lequel j’écris deux à trois chroniques par mois, mon propre blog, www.catherine-rolland.com, et enfin, le lancement prochain d’un podcast autour de l’écriture et du métier d’écrivain.

De quoi bien occuper les prochains mois !

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