Portrait en Lettres Capitales : Lisa Neverre

 

Qui êtes-vous, où êtes-vous née, où habitez-vous ?

Qui suis-je ? Vaste question !

Une femme, une rêveuse, une passionnée, une curieuse… les pieds sur terre et la tête dans les étoiles.

Je suis née un premier mai à Lyon, après avoir longuement bataillé pour demeurer dans la grotte chaude du ventre maternel. J’ai fini par sortir, et voir le jour… au milieu de la nuit.

Je ne vous raconterai pas ma petite enfance, j’en garde peu ou pas de souvenirs. Mais dès mes neuf / dix ans, je disais vouloir être artiste ou poète. J’avoue avoir quelque peu dévié ma route… sans toutefois m’en être totalement éloignée, j’aurais pu être comptable (si j’avais eu quelques affinités avec les chiffres 😉

Vivez-vous du métier d’écrivaine ou, sinon, quel métier exercez-vous ?

Des études supérieures sur Paris, aux Arts Déco (ENSAD) puis retour sur Lyon, où j’exerce aujourd’hui le métier de directrice artistique en free-lance, après avoir longtemps travaillé en agences de publicité.

Mon second livre vient d’être publié, ma plume ne m’a (pas encore) rendue riche et célèbre, ce qui en réalité n’est pas le plus important pour moi. Mon plaisir prend sa source dans l’écriture et dans les témoignages encourageants de mes lecteurs : savoir que mes livres ont eu le pouvoir de déclencher des sentiments ou des émotions m’emplit de joie.

Je m’intéresse aussi à la photographie, avec une première exposition dans une galerie d’art lyonnaise en 2020.

Comment est née votre passion pour la littérature et surtout pour l’écriture ?

Me voici donc, ni artiste ni poète, mais avec ce désir de « création » qui ne m’a jamais vraiment quitté.

Jeune, j’écrivais des poèmes, exutoires aux sentiments multiples et parfois opposés qui chahutaient mon esprit d’adolescente.

J’avais également l’habitude d’écrire de longues lettres, à mon amoureux, à une cousine de Paris (je parle d’un temps que les jeunes de vingt ans…). Écrire était un moyen d’expression assez naturel pour moi.

Puis j’ai grandi, travaillé… me suis insérée dans ce monde d’adultes, passionnée par mon travail, occupée par mes amis, les sorties… l’écriture n’avait plus trop d’espace dans cette vie active.

L’envie ne m’avait jamais quittée mais je me jugeais trop sévèrement pour aller au-delà de courtes poésies.

Jusqu’au jour (assez récent) où j’ai de nouveau osé, osé écrire.

Quel est l’auteur/le livre qui vous ont marqué le plus dans la vie ?

La littérature a toujours été présente dans ma vie. Toute gosse, je dévorais tout ce que je pouvais trouver à lire, romans de gare, magazines, classiques…

Une vieille amie (à la réflexion, elle devait alors être plus jeune alors que moi aujourd’hui, donc veuillez ne pas tenir compte du « vieille ») nous offrait régulièrement, à mon frère et moi, des romans qu’elle choisissait avec beaucoup de finesse. Je pense qu’elle a largement participé à mon addiction à la lecture.

Mon premier achat (avec mes sous à moi, ceux que j’avais miraculeusement réussi à ne pas dépenser en bonbons) fut Alice au pays des merveilles.

« Mais alors, dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? »

J’ai redécouvert cette phrase de Lewis Carroll en relisant des extraits du livre il n’y a pas si longtemps, et je crois que c’est précisément ce qui m’a séduite dans la littérature : cette vertu souveraine de pouvoir s’inventer des mondes, de vivre d’autres vies, d’être autre à la fenêtre d’un récit…

Ensuite j’ai découvert Marguerite Duras, Albert Cohen, John Irving, James Ellroy, Pierre Assouline, Jaume Cabré… et tant d’autres.

Écrire est pour moi une prolongation de cette volupté à multiplier les possibles, à rêver, à voir, à réfléchir…

Quel genre littéraire pratiquez-vous (roman, poésie, essai) ? Passez-vous facilement d’un genre littéraire à un autre ?

Mes deux premiers livres sont des recueils de nouvelles, un genre qui convient à ma façon d’écrire, sans contrainte ni réelle discipline et à mon emploi du temps variable.

Quelques poésies s’invitent aussi parfois à mon esprit ; j’ai également commencé la rédaction d’un roman, une centaine de pages qui attendent la suite sur ma tablette…

Nouvelles ou roman, je reste dans la fiction, mais une fiction ancrée dans le réel.

Un troisième livre verra le jour (si j’ai de nouveau le bonheur de séduire une maison d’éditions), mais je ne sais pas encore quelle en sera la forme.

Comment écrivez-vous – d’un trait, avec des reprises, à la première personne, à la troisième ?

En général, (si à partir de deux livres publiés on peut déjà parler de généralité), j’écris d’un trait, rapidement, le plus souvent à la première personne, mais pas systématiquement.

Il m’a souvent été dit que mon écriture était fluide, le fait de peu revenir sur mes textes participe sans doute à ce ressenti. Je corrige peu, non par flemmardise ou excès de confiance en moi, mais mon écriture s’alourdit si je la force à aller où elle ne veut pas.

Les corrections que j’apporte sont de grammaire ou de style, mais je modifie très rarement le cours du récit.

D’où puisez-vous les sujets de vos livres, et combien de temps est nécessaire pour qu’il prenne vie comme œuvre de fiction ?

Mes sujets sont nés d’une remarque, de l’observation de ce qui m’entoure.

Ensuite je pars d’une image, d’un mot ou d’un visage entrevu, et me laisse porter par mon personnage, sans trop savoir où il va me mener ; c’est l’un des délices de l’écriture : la sensation de découvrir un individu, un univers… un peu comme quand on regarde un film sans en connaître la fin.

Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages et comment les inventez-vous ?

Je me sens un peu comme un touriste à la terrasse d’un café (un plaisir enfin retrouvé dans la vraie vie), où, assis devant son Coca zéro, on regarde les gens passer en imaginant leur journée, leurs pensées. On leur échafaude une vie, pendant que le temps passe et que notre Coca tiédit.

C’est un peu comme faire un croquis sur le vif, avec ce véritable « plus » que permet l’écriture :  pouvoir y ajouter une réflexion, une analyse, une profondeur.

Les failles, les caractères et imperfections de l’être humain me captivent, j’aime observer mes contemporains et les réinventer dans mes récits, d’un regard tantôt critique tantôt compatissant, et le plus généralement avec humour et ironie.

Choisissez-vous d’abord le titre de l’ouvrage avant le développement narratif ? Quel rôle joue pour vous le titre de votre œuvre ?

« Dieu du ciel ! » Le titre de mon premier livre est venu dès que j’ai rédigé la première nouvelle, l’expression exclamative résumait parfaitement la thématique : les prières, le plus souvent futiles, qu’une série de personnages adressent à Dieu du ciel, et la réaction de ce dernier : petite comédie humaine brossée dans un style désinvolte mais parfois acerbe.

Pour « Mendiants de l’amour – Je like , tu likes, il like », le titre est venu plus tard, à mi-parcours.

Le clin d’œil à la célèbre chanson d’Enrico Macias s’est imposé naturellement : les mots étaient sombres (Le mendiant de l’amour), mais la mélodie légère et pétillante, un contraste qui correspondait aux portraits de mes nouvelles.

Le sous-titre Je like, tu likes… ouvre sur le virtuel.

Selon moi, cela résumait assez bien la quête amoureuse à travers les sites de rencontres, le fil conducteur de mes nouvelles.

J’ai aussi le plaisir de pouvoir réaliser les illustrations de couverture ; sur le dernier livre j’ai repris les fameux émoticônes, devenus aujourd’hui un second langage.

Parlez-nous de votre dernier ouvrage et de vos projets.

Le sujet n’est pas tout nouveau, mais la crise sanitaire a été vecteur d’une forte croissance des inscriptions sur les différentes plateformes, et l’amour en ligne est revenu en force au cœur de l’actualité.

Aujourd’hui, chercher l’amour sur le net est devenu un comportement ordinaire (bien que pas totalement déculpabilisé), et nos vies sentimentales se sont transformées en un zapping consumériste. Ce virtuel « amoureux » laisse supposer toutes sortes de situations, des plus facétieuses aux plus mièvres, et il a, dans tous les cas, bouleversé nos modèles amoureux et sexuels.

Je trouvais cela très inspirant…

Je dirais que “Mendiants de l’amour“ nous renvoie, avec humanité et humour, à nos propres désirs et contradictions.

« La solitude nous déchiquette et nous laisse exsangues sur le bord de la chaussée.

Alors, comme les autres, nous partons en quête…

Une quête amoureuse. Mus par l’espoir d’un idéal à portée de clic. Notre petite photo sous le bras — on a choisi celle avec la raie bien droite, avec le sourire bien propre, faut faire soigné — nous nous aventurons sur les sites de rencontres et déambulons parmi ces portraits proposés à l’étalage comme si nous étions au rayon plats à emporter du supermarché. C’est tout pareil. Vous pouvez découvrir les offres du jour en tête de gondole, une sélection rien que pour vous.

Quand certains entassent dans leur caddie les packagings les plus attractifs, d’autres prennent le temps de déchiffrer la liste des ingrédients.

Il y a ceux qui font la fine bouche, qui sélectionnent avec parcimonie, et ceux qui désirent simplement casser une petite croûte, vite fait bien fait. » (extrait de la 1ère nouvelle)

Bienvenue dans l’amour 2.0 !

J’ai essayé d’offrir un regard critique sur nos semblables, de brosser des personnages attachants, parfois complexes, de créer des vies palpitantes, des situations imprévisibles (drôles ou tragiques), et si j’ai réussi, alors je suis heureuse.

Les premiers retours de lecteurs que j’ai déjà pu recevoir sont très stimulants.

Quant à mes projets, ils sont nombreux :

poursuivre l’écriture ; faire de nouvelles découvertes (professionnelles, amicales, culturelles…) ; voyager (voyages immobiles ou lointains) ; ressentir, oser, rire, aimer… et plus encore !

😊

Merci !

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