Portrait dans Lettres Capitales : Moni Stănilă

 

Qui êtes-vous, où êtes-vous née et où habitez-vous ?

Je suis originaire du seul endroit montagneux d’une grande beauté que possède le département de Timiș. À présent, je vis sur une colline de Kichinev d’où je peux apercevoir une multitude d’arbres depuis ma fenêtre. 

Vivez-vous du métier d’écrivaine ou, sinon, quel métier exercez-vous ?

J’aimerais beaucoup, mais hélas, je n’en ai pas les moyens. J’exerce plusieurs métiers. Je suis rédactrice en chef aux éditions Prut Internațional, secrétaire de l’Union des écrivains de la République de Moldavie, j’organise le cercle littéraire La République à la Bibliothèque municipale B. P. Hașdeu.

Comment est née votre passion pour l’écriture ?

Je compte parmi les chanceux. Je suis née avec elle. Nous sommes nées presque en même temps. C’est pourquoi je n’ai pas eu la patience d’attendre l’école. J’ai appris à écrire et à lire vers l’âge de quatre ans. Ma première tentative d’écrire mon premier roman a eu lieu vers mes dix ans. Il s’intitulait Les Chevaliers gris et c’était, bien entendu, une copie de Dumas.

Quel est l’auteur/le livre qui vous a marquée le plus dans la vie ?

Il sont nombreux et différents. En fonction de l’âge. À l’adolescence, Dostoïevski. À présent, parmi les classiques, William Faulkner. Parmi les poètes [Tudor] Arghezi și [Ion] Barbu à l’adolescence, Șerban Foarță, Cristian Popescu, Ioan Es Pop — plus tard. Leonid Dimov. Virgil Mazilescu. Il y en a vraiment beaucoup, y compris des camardes de ma génération.

Quel genre littéraire pratiquez-vous (roman, poésie, essai) ? Passez-vous facilement d’un genre littéraire à un autre ?

J’écris de la poésie et des romans. Je passe assez facilement d’un genre à l’autre, car mes romans sont, je crois, poétiques. Plus encore, quand je me mets à écrire de la prose il m’est indispensable de ne pas marquer de pause. Écrire presque comme si c’était de la poésie.

Comment écrivez-vous — d’un trait, avec des reprises, à la première personne, à la troisième ?

De façon mixte. J’écris d’un trait de plume (de clavier), mais ensuite je laisse le manuscrit reposer. Je rédige chaque manuscrit au moins trois à quatre fois. Parfois je ne change rien, d’autres fois je rajoute, j’enlève, je fais des coupes, je modifie. Cela dépend beaucoup du livre. Avec l’usage de la première ou troisième personne s’est à peu près pareil. Je combine beaucoup les voix. Première, deuxième et troisième personnes. Les unes après les autres ou bien mélangées. Je n’opte jamais pour une formule unique. Pour moi, l’écriture est aussi, en grande partie, désir d’expérimenter.

D’où puisez-vous les sujets de vos livres, et combien de temps est nécessaire pour qu’ils prennent vie comme œuvre de fiction ?

C’est dans mon esprit que mes livres passent la plupart de leur temps. C’est là qu’ils changent de forme. C’est là que la décision est prise de savoir s’il s’agira de poésie ou de prose. Je choisis les sujets avec mon cœur. C’est important que le sujet me plaise, ce n’est qu’ainsi que je peux écrire. Mon record de sujet gardé à l’esprit a été de cinq ans. Je parle du recueil de poésie historique Colonia fabricii [La colonie de la fabrique], paru en 2015 aux éditions Cartea românească. Un jour du mois de mai j’ai commencé à écrire. J’ai écrit pendant quelques semaines. Ensuite j’ai rédigé. Un an plus tard, en mai, le livre était sur le marché. C’est pour cette raison que j’affirme que l’étape la plus longue de la gestation de mes livres est celle où ils se trouvent dans mon esprit. Quand je démarre l’écriture proprement dite, je n’ai pas besoin de plus de trois semaines. Le livre existe alors, je n’ai plus qu’à le consigner sur papier.

Choisissez-vous d’abord le titre de l’ouvrage avant le développement narratif ? Quel rôle joue pour vous le titre de votre œuvre ?

Jamais je ne choisis un titre avant le texte. Même pas pour un simple poème. Cela parce que souvent, lors de l’écriture, il peut y avoir des changements de nuance. Les titres viennent longtemps après avoir fini le manuscrit et la plupart du temps son choix me sollicite beaucoup. Un poème de faible qualité ne peut gâcher un bon recueil de poésie, tout comme une phrase moins réussie ne condamne pas le roman tout entier, mais le titre est essentiel. C’est la première impression que laisse un livre sur le lecteur et si le titre n’est pas bon, le livre en pâtit. Cela n’anéantit pas le livre, mais ne remplit pas son rôle non plus.

Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages et comment les inventez-vous ?

Chacun de mes personnages a comme point de départ un élément de la réalité. Parfois, même plusieurs. Un seul personnage peut combiner les traits essentiels de plusieurs personnes. Ensuite on croise des stéréotypes, des personnages qui même lorsqu’ils sont incroyablement originaux, ont un correspondant dans la réalité, ne serait-ce qu’au niveau métaphorique,. Je ne crois guère dans des personnages inventés. Oskar Matzerath, de Günter Grass, exprime peut-être l’essence de toute une génération ou d’un siècle, mais il n’est pas inventé.

Parlez-nous de votre dernier ouvrage et de vos projets.

Un personnage féminin subit une crise existentielle alors qu’il atterrit avec l’avion dans une forêt où il rencontre ses alter ego. C’est écrit selon trois voix différentes. L’humour n’en est que le paravent pour sauver du pathétisme les conversations et les actions très sérieuses. Il contient des éléments de conte de fées.

Je travaille depuis longtemps sur un recueil de poésie dans lequel le foot est le prétexte pour aborder les drames féminins. En apparences, le journal intime d’un féru de foot, en réalité une poésie existentielle, qui a recours au minimalisme et au quotidien, usant des plus importants, aux yeux de l’auteur, matches de foot des dernières années. À compter de 2014.

(Traduit du roumain par Gabrielle Sava)

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