Nature vivante avec auteur – Jean-François Joubert : La sorcière

 

Sur les rochers de bord de mer, l’érosion, les vents, la pluie, sculptent la vie. Des animaux légendaires dorment, statufiés. Pourtant, ne sont-ils que légende ? Si vous croyez aux contes, vous savez que tout animal peut, sans mal, se transformer.

Depuis que je marche, autour de moi on me montre les formes : des sphinx, des chats sauvages, et même un crapaud… Mais, là-bas, les cormorans secouent leurs ailes sur une sorcière. Mon père me l’a dévoilée, allongée, les bras sur le ventre, un anneau qui la perce.

Parfois, je suis inquiet, la peur qu’elle ne s’éveille, qu’elle brûle d’envie de se lever, dévastée par l’envie de se faire remarquer. Depuis tant d’années déjà, elle ne respire plus, je le sais. Des années de souvenirs damnés, et ce visage caché, sous des airs de tranquillité. La sorcière, personne ne veut la voir. Si, en voulant la sortir de sa transparence, vous leur en parlez, les êtres passent et deviennent aveugles. Je crois que la sorcière abuse de son charme d’invisibilité.

Je reste bête devant cette vie de misère, le cœur gravé dans la pierre. J’ignore si cette vieille dame, auprès de laquelle je nage ou je pêche, aimerait que l’on devine son existence ; j’ignore si elle aimerait cette délivrance.

Je sais qu’elle se promène la nuit. Son esprit vogue vers nos âmes, et partage notre espace inconscient. Ainsi, quand je rêve, je ressens sa présence, et elle m’ouvre les portes de pays inventés. Elle est surprise permanente, femme sans nom, triste sorcière qui me hante.

Parfois, je l’observe sur la grève, immobile, sans soucis. Inutile de crier, de lever une armée, elle court dans vos pensées, c’est évident. La sorcière plonge dans vos secrets, et il est impossible de la fuir : la vieille femme se fait sentir, elle se projette dans vos sens, et oriente vos démences.

 La voyez-vous, là, sur ce rocher ? Elle pense, elle panse mes plaies.

 

Jean-François Joubert, février 2021

Né à Brest en 1969, une année exotique, mon sang est d’un aber, un bras de rivière qui rencontre la mer d’Iroise, un p’tit zef qui aime les îles comme Ouessant, le bateau, les sports nautiques, écrire vient naturellement, comme une évidence, en lisant et y trouvant ce que je cherchais, ouverture d’esprit et fantaisie !

2020 Le loup qui adorait la mer conte jeunesse (whisperies)
2020 Cet été-là, il pleuvait des robots
2020 désirs d’îles
2020 le naufrage de Rose
2017 La maison de l’escargot conte jeunesse français et anglais (whisperies)
2016 le petit marchand de sourires aux éditions secrètes
2016 Le carnaval des Cieux aux éditions du pont de l’Europe
2015 Le mage du Rumorvan aux éditions secrètes

d’autres livres sont sans éditeurs, et non commercialisés

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