Écrire/Être écrivain : Adriana Ungureanu

 

Je ne suis pas née écrivaine, je le suis devenue petit à petit avec le temps. Au tout début, j’avais signé un contrat avec un éditeur, après avoir gagné un concours et je me suis engagée à écrire en deux mois un roman, selon le synopsis que j’avais présenté. J’ai dû tenir parole, occasion inattendue de me prouver, à moi-même avant tout, que je suis capable d’écrire, sans prendre vraiment conscience de ce qui m’arrivait. Le cheminement de l’écriture a débuté comme l’irruption d’un mécontentement accumulé pendant des années, pour finir ensuite, sans demander mon avis, dans une grande passion, ce qui m’a encouragé à continuer même après la publication de ce premier roman. Cette motivation a été nourrie par plusieurs sources : d’abord le succès de mon premier livre, ensuite, le sentiment de posséder une réserve riche d’expériences de vie que je souhaitais partager et, enfin, la patience impressionnante de passer des heures et des heures en train de dialoguer avec mes personnages, rituel auquel j’avais consenti avec grand plaisir. Étant quelqu’un de très ordonnée, j’ai pu m’imposer dès les premiers jours une discipline qui m’a aidé à finaliser mon travail dans les délais prévus.

Ce n’est qu’après mon troisième roman que j’ai pu véritablement gagner la confiance de ceux qui ont fini par m’inviter à tenir des rubriques, publier des articles, des essais, des nouvelles, autrement dit d’être présente dans la presse de premier plan en Roumanie. Je n’ai pas l’habitude de dire non, au contraire, je me sens flattée tout en restant sur mes gardes, car je sais que certains cherchent à profiter des autres mais n’hésitent pas à les rejeter lorsqu’ils n’ont plus besoin de leurs services. C’est une des raisons pour laquelle j’ai voulu choisir mes personnages parmi des personnalités oubliées de l’Histoire ou défigurées par la désinformation, avec une sorte de mission de rappeler à mes contemporains que ces gens ont vraiment existé et qu’ils méritent d’avoir leur place dans la mémoire collective.

J’avoue que parfois aborder ces sujets complexes et variés demande de ma part beaucoup d’énergie, un long travail de documentation et surtout lorsque je dois garder le cap dans la ligne qui me définit le plus : celle de l’originalité. Car, même si j’écris sur la vie des gens connus, je tiens à apporter à chaque fois quelque chose de nouveau.

C’est ainsi que l’expérience acquise m’a montré quelle était la différence entre « écrire » – ce que je faisais jadis – et l’état vers lequel je tends aujourd’hui, celui « d’être écrivain » dans le sens le plus authentique du terme. L’écriture a été au début une simple activité, une nécessité, une sorte d’obligation assumée, sans conséquences, sans exigences ou retombées ; en revanche comme écrivain j’ai compris que j’avais une mission plus haute, plus éthique d’anoblir le message transmis par mes textes, de me sentir responsable de la manière de toucher les cœurs des lecteurs, de leur enrichir la vie et l’intelligence. Autrement dit, je me sers de l’écriture pour élever spirituellement l’être humain, et éveiller à la fois ma propre conscience et celle du lecteur.

J’ai appris le long travail de documentation, l’exigence à l’égard de moi-même, la nécessité d’une permanente évolution et le refus de l’autosuffisance. Jamais un écrivain ne travaillera pour son plaisir personnel, il aura toujours une idée à formuler, il sera conscient que son art est redevable à ses nobles prédécesseurs, il ne gaspillera jamais ses mots, n’aura jamais besoin d’artifices de style, car son but est de faire adhérer le lecteur à l’histoire qu’il raconte dans les pages de son livre.

J’écris dans un état qui fait irruption à un moment précis, suivant un plan bien déterminé. J’ai besoin ensuite de beaucoup de temps pour façonner mes idées, en les coupant et les récrivant des dizaines de fois, sans compter le temps et oubliant, voire sacrifiant ceux qui m’entourent. Ce dont je suis certaine c’est que dans chaque ligne il y a une petite partie de moi-même. Ma passion et l’inspiration qui l’alimente sont pour moi de merveilleux guides de haute montagne. Et même si la récompense financière est minime, l’amour que je donne aux autres et le bonheur intérieur que je ressens suffisent pour donner sens à mon existence.  

Adriana Ungureanu, 11 septembre 2020

Adriana Ungureanu est docteur en économie et affaires internationales roumaine. Elle est co-auteure de deux livres d’économie et de quatre romans :  Femeia la 40 de ani. Pe Facebook (2014),  M-am născut să te întâlnesc (2015), Artista (2016) tous les 3 publiés aux éditions eLiteratura. Son dernier roman Urma pașilor ei-Iulia Hasdeu între viață și nemurire (2019) a été publié aux éditions EIKON. Elle collabore à de revues comme Cross-Cultural Management, Cronograf, Literatura de azi, Revista Nouă, Rotonda Valahă, Independența Română, Apollon et Mesaj Literar.

(traduit du roumain par Dan Burcea)

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