Mona Fajal : Vivre est notre combat de tous les jours

 

Le virus est un ennemi mortel. Il est virulent, cruel et sans pitié ! Depuis le début de l’épidémie, il a emporté des hommes, des femmes, des enfants, des convictions, un mode de vie, un équilibre, un idéal, une façon de penser, un quotidien, un exemple sociétal, des rêves, un travail, … Cette microscopique entité biologique a balayé nos connaissances et a décidé de ne nous faire aucun cadeau…si, peut être un seul. Celui de nous enseigner l’essentiel ou alors de nous le rappeler. Il faut lui reconnaître une méthode pédagogique douteuse, mais assez efficace. Ce virus a su nous apprendre en cursus accéléré la VIE en communauté. Comment ?
Au moment où il faut parler peu pour postillonner moins, c’est une vraie hémorragie verbale qui s’opère partout dans les médias, les réseaux sociaux…
– Tout le monde, en une durée record de trois semaines, a réussi son examen de médecine et est devenu expert en virologie : félicitations pour cet exploit ! A défaut de pouvoir aider les savants dans la recherche d’un vaccin, désormais nous avons tous compris la nécessité d’avoir une hygiène des mains irréprochable.
– Tout le monde s’énerve et s’insurge, face à la cruauté du monde : bravo, nous venons de naître et de s’intéresser à ce qui se déroule autour de nous. Oui, l’injustice existe comme existent et ont toujours existé ces petites gens, ayant eu une vie accidentée, jonchée de malchance et qui sont confinées dehors à vie, vivant en ce moment une loterie russe. Est-ce le virus qui aura raison d’eux avant la famine ? Pourtant, ces personnes de la rue ne se plaignent pas. Ils ne demandent pas d’aide. Ils vivent de contentement et font avec. Ils ont appris à longer les murs, à courber le dos, …à devenir invisibles !
– Tout le monde crie au scandale, au complot, aux cachotteries à enjeux politiques, aux manquements à enjeux humains : C’est génial, nous venons de comprendre que toute information n’est pas forcément vraie et qu’elle sert celui qui la diffuse et dessert celui qui la reçoit. Aussi, que toute vérité n’est pas bonne à dire et que nous préférons une réalité maquillée car elle présente mieux, et est moins angoissante à entendre.
– Tout le monde s’émeut et découvre le travail remarquable des blouses blanches, des enseignants, des caissières, des chauffeurs routiers… : Super, nous avons appris la gratitude, la politesse et comment dire « merci ! ». Rappelons-nous en, pour après le confinement, quand nous nous rendrons dans les urgences, les écoles, les magasins…
– Tout le monde s’inquiète pour les personnes âgées, qu’elles soient de sa famille ou parmi les voisins : Fabuleux, nous venons de comprendre que nous avions une grand-mère et pas qu’à Noël et qu’elle attend toute l’année de recevoir de nos nouvelles. Nous venons de réaliser que la voisine d’en bas, n’est pas si aigrie que ça et qu’avec un simple « bonjour, comment ça va ? » lancé de loin, elle arrive à sourire et nous le rend bien.
– Tout le monde crée, s’amuse, partage, et se filme avec ses enfants, et sa compagne : Magique ! Nous venons de passer du temps avec notre famille, partager des activités, échanger autour d’un repas sans se presser et ça fait du bien de faire connaissance avec ceux qu’on croisait dans le couloir de la maison.
Je ne remercie pas le virus pour ces leçons données, mais plutôt les gens qui ont compris et su saisir cette opportunité du temps, pour revoir leurs copies, leur mode de vie et leur carnet de route. Oui, VIVRE est un combat de tous les jours partout dans le monde. Il s’agit d’un combat noble pour exister et faire exister les autres. Oui, nous vivons un moment grave qui nous sort de notre routine confortable. Oui, nous risquons notre peau, nos boulots…notre vie ! Oui, nous sommes confinés, privés de liberté. Mère nature nous l’apprend si bien : Les espèces qui survivent sont celles qui arrivent à s’adapter au plus vite à leur environnement devenu hostile. Elles hibernent en attendant des jours meilleurs … ou s’obstinent et meurent.
Malheureusement, il y a des drames humains qui se jouent dans les maisons fermées, dans les établissements d’hébergement des personnes âgées, dans les hôpitaux, …
Heureusement, il y a des miracles divins qui se produisent dans le cœur des couples rabibochés, dans les chambres de réanimation, dans les maternités, dans la conscience de quelques puissants…
Oui, nous sommes des humains et c’est là que subsiste notre force, ainsi que notre faiblesse. Gardons le meilleur de ce confinement car nous ne perdons jamais, soit l’on gagne soit l’on apprend !
Prenez soin de vous !

Mona Fajal est chef de cuisine franco-marocaine du Restaurant « Dar Mona » à Le Soler en France, elle est aussi auteure, chroniqueuse, réalisatrice et essayiste. Auteure du livre Shérazade était toquée aux éditions les itinéraires gourmands, qui a reçu le « Gourmand Awards 2016 » du meilleur livre mondial de voyage culinaire à Yantai (Chine) en 2016. Présenté par Michel Drucker sur le canapé rouge à la télé, ce livre a aussi représenté le Maroc à L’UNESCO en 2019. Réalisatrice et animatrice du magazine Web « L’escabelle de Mona », diffusée sur les portails vidéo de Facebook et de JAIMETV, Une émission qui met en lumière des personnalités exceptionnelles du Pays Catalan. Chroniqueuse et essayiste : Elle écrit des essais qu’elle publie sur son blog littéraire : http://leschroniquesdemona.over-blog.com/

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