Interviews Témoignage

Grand entretien. Sophie Reverdi: « Ce jour-là, je me suis dit que je voulais absolument vivre »

« L’intuition du zéro coupé » de Sophie Reverdi fait partie de ces livres comparables à une fulgurante luminescence qui à chaque frémissement libère des émotions puissantes, faites de larmes et de rires, de peines et de joies, de tout ce que, en fin de compte, l’homme, dans son désir de brièveté sémantique, a décidé d’appeler un récit de vie. Écrit sous la forme d’une longue lettre adressée à ses deux garçons, le livre demande à être lu comme une première partie d’un testament inachevé, transmis de son vivant par une mère qui décide de se raconter et de fixer ainsi à l’aide des mots son portrait et celui des siens. Loin des clichés et des lamentations, cette autobiographie épistolaire refuse tout embellissement pour faire place à la vérité, à l’authenticité, à la fois dans le regard intérieur et dans celui accordé aux autres. Sophie Reverdi réussit à conjuguer la subjectivité, qui est la marque de tout écrit autobiographique, et le besoin de scruter avec un œil attentif le cours des événements pour en filtrer leur substance et y trouver le sens des moments cruciaux qui ont construit sa vie. Ces pages renferment ainsi la douleur de l’exil de ses parents, sa souffrance de fille aimée d’un amour paternel sauvage, « un amour d’ours des Carpates » comme elle le nomme, sa volonté de donner un sens à sa vie, sa passion et le don de soi au service de ses semblables, la promesse de réussir et tant d’autres qui, à eux seuls, suffisent pour remplir la belle et incroyable existence qu’est la sienne.

Ce sont autant de sujets sur lesquels nous avons voulu interroger Sophie Reverdi afin de nous éclairer sur les grandes lignes sur lesquelles repose son bouleversant livre.

Comment décide-t-on d’écrire une longue lettre à ses deux garçons et comment celle-ci devient par la suite un livre ?

Tout bêtement, par amour. Mes fils sont tout, et ce qui compte le plus à mes yeux est leurs vies que je veux pour eux la plus formidable possible, la vie qu’eux, Justin et Valentin, veulent pour eux-mêmes, et c’est à cela que j’aspire depuis leur naissance. Leur naissance était un pur émerveillement, dès que je les ai vus, je suis tombée en pâmoison devant ces deux cadeaux de l’Univers purement radieux et presque miraculeux, et j’ai ressenti une force monter en moi, qui ne m’a plus jamais quittée, et m’a permis pour eux de tenir en n’importe quelle circonstance. Ce livre, ne se voulait pas un testament inachevé de mon vivant, mais une déclaration d’amour intemporelle, qui ne connaîtra jamais aucune limite, si ce n’est le tarissement de la mémoire, un jour venu, de leurs descendances. Il me semblait impérieux de dire encore une fois à mes fils, mais aussi à l’Univers, merci, et à quel point je les aime et comme je suis fière d’eux, de ces hommes merveilleux et talentueux qu’ils sont devenus, de ces belles personnalités que sont les leurs, chacune dans un registre différent, de leurs belles âmes, de leur compassion, de leur droiture, de leur générosité, de leur ouverture d’esprit, de leur gentillesse, de leur dévotion, de leur culture, de leur ouverture d’esprit, de leur créativité, de leur soutien inconditionnel dans tous les choix que j’ai fait pour nous.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour tout écrire ? Selon vos indices, l’écriture de votre livre aurait débuté en 2016.

Effectivement, en réalité, j’ai démarré l’écriture fin 2015, en novembre, et j’ai mis le point final de ce livre il y a un an. J’avais beaucoup de choses à dire, je voulais ne rien oublier et la première version était bien plus épaisse, près de 600 pages, puis j’ai coupé dans le texte, des morceaux de vies qui n’étaient pas indispensables au récit, puis j’ai voulu illustrer le livre de photos, pour les enfants, pour qu’ils puissent mettre des visages sur leurs ancêtres, puis faire une sorte d’album de vie, plutôt que de vacances, j’aime bien cette idée. Plusieurs personnes ont voulu m’en dissuader, mais j’ai persisté dans mon idée, et je suis contente de l’avoir fait. Lorsque je feuillète mon livre, il y a toute notre merveilleuse vie qui défile, et les sublimes visages de ceux que j’aime.

Pourriez-vous nous parler de vos parents, exilés tous les deux de la Roumanie d’après-guerre. Qui étaient-ils et pourquoi qualifiez-vous cet exil comme « un voyage dont aucun n’est sorti indemne » ?

Mes parents, étaient des émigrés roumains qui s’étaient retrouvés à Paris au début des années ’50, après s’être croisé lors d’un mariage à Bucarest, après la guerre, en 1946 ou ’47…. Ma mère avait beaucoup souffert de la guerre, mon père moins, mais ils avaient été marqués au fer rouge tous les deux par ces années de terreur, de discrimination, d’exil aussi de leurs parents et grands parents, comme je l’explique dans le livre. Mon père qui venait d’un milieu très bourgeois et conservateur de Bucarest, était ingénieur polytechnicien, et était tombé, sept ans plus tôt, fou amoureux de ma mère, le jour du mariage de son frère, qui, ce dernier, épousait une cousine du premier mari de ma mère avec qui elle était venue ce jour-là, qui était un violoniste espagnol. Je sais, c’est compliqué, mais, pour résumer tout ça, ma mère venait d’avoir un bébé, et quand mon père la remarqua dans la salle du mariage,  puisqu’elle était d’une beauté hors normes,  elle portait ma sœur Micky, (Maria-Michelina), qui avait quelques mois, et était au bras de son mari. Peu importe, même si le tableau était pourtant clair, mon père avait décidé à cet instant même, qu’elle serait à lui, et il lui fit la cour, par lettres, pendant sept ans, jusqu’à ce qu’il la retrouve à Paris, en 1952. À ce moment là, elle avait été abandonnée par son violoniste espagnol,  depuis déjà quelques années, et finit par céder à mon père. Ma mère, cette beauté unique et envoutante, venait d’un milieu très pauvre, et d’une autre région de la Roumanie, la Bessarabie. Elle avait cependant lu énormément de livres, son père était marchand ambulant de livres, et était d’une culture remarquable, dotée en plus d’un sens de la répartie foudroyant et d’un grand sens de l’humour. À cette époque, elle qui rêvait de devenir comédienne, s’était résolue à devenir esthéticienne, à cause de son accent roumain, et travaillait dans un institut de beauté des Laboratoires Renaud.  Mon père, quant à lui, avait ouvert avec son père, une ferraillerie, les Docks d’Issy-les Moulineaux, où il travaillait la nuit, pour pouvoir se repayer des études à l’École Polytechnique à Paris, puisque son diplôme roumain n’était pas reconnu.  Mais mon père, qui avait promis à ma mère sur tous les saints de l’aimer jusqu’à sa mort et de la protéger, s’acharna contre elle pour mieux la posséder, comme un prédateur sur sa proie, et finit par la détruire, jusqu’à ce que les démons de la guerre, qui hantaient les souvenirs de ma mère, firent une fulgurante réapparition pour hanter nos vies à tous…

Votre enfance se déroule sous le signe du manque d’amour – le premier traumatisme qui vous a construit. Il est décliné de deux façons différentes, opposées même : celle de l’absence de la mère « détruite par les souvenirs cauchemardesques et confus des années noires » qu’elle a vécu en Roumanie et celle de la présence intempestive du père que vous osez qualifier de « pauvre type ». C’est là que naît le syntagme du « zéro coupé » qui donne la moitié du sens du titre de votre livre. Pourriez-vous nous en dire un peu plus, sans trahir le contenu de votre récit et l’intérêt des futurs lecteurs ?

Je ne dirais pas manque d’amour, d’ailleurs à plusieurs passages dans le livre, je tente d’expliquer ce que nous vivions à la maison, mais plutôt, un amour sauvage, barbare, cru, sans filtre, sans respect, sans morale, sans tact, un amour brute et sauvage, presque animal, mais je ne veux pas utiliser ce mot, car si un papa ours, essaye d’apprendre à son petit, à défier les périls de la nature en lui donnant quelques petites leçons de karaté, il ne l’insulte pas, ne le dénigre pas, ne le punit pas, ne le tabasse pas avec un bottin de téléphone pour ne pas laisser de marques sur sa tête, ne l’enferme pas, ni ne l’humilie… Moi j’ai grandi dans cet amour là, et c’était pour moi ce que j’appelle aujourd’hui, l’amour des montagnes sauvages de Roumanie, le seul que je connaissais quand j’étais petite, mais au fond de moi, je savais bien que l’amour pouvait aussi être tendre, doux, serein, émerveillé, reconnaissant, splendide, ensoleillé, délicat et poétique, et que cet amour là, je le portais en moi.

Le second traumatisme – celui de l’obésité – ne tardera pas de montrer son visage d’horreur. Votre séjour, à l’âge de seulement douze ans, au « Camp Colang », aux États-Unis a fait resurgir en vous « la promesse plus importante de la vie ». De quoi s’agit-il et qu’est-ce que cela représentait pour vous à cette époque ?

Oui, après avoir pendant toute ma vie été trimballée de psys en psys, de nutritionnistes en spécialistes,  de centre de cures en hôpitaux pour enfants caractériels,  et dans tout ce que l’industrie de la minceur de l’époque avait à offrir ou pouvait réserver de bonnes surprises à l’enfant gros et malheureux que j’étais, puisque mon père n’arrivait pas à accepter l’échec que j’étais pour lui, et qu’il apparentait mon obésité à une déviance psychologique, à un sort jeté sur lui, ou finalement à la disgrâce d’avoir enfanté une petite fille grosse, paresseuse, sans volonté,  et inutile, qui ne valait même pas la moitié d’un zéro, ce qu’il s’acharnait avec délectation à me répéter, j’atterris à douze ans en Pennsylvanie, dans la première colonie de vacances de Weight Watchers. Et là, stupéfaction et effroi. Stupéfaction car tous les enfants étaient dix fois plus gros que moi, et que du coup, je me demandais comment leurs parents devaient les appeler, les millièmes de zéro ? Mais surtout, je suis en effroi devant la façon intolérable et insensée de la manière dont nous sommes traités, et je ne suis pas la plus à plaindre, vu que je ne suis pas la plus en difficulté. Ces pauvres enfants super obèses, sont sifflés comme du bétail, par les « cancelors », les encadrants , et contraints à des sports éreintants en continu, des journée entières, alors que leurs pauvres petits cœurs, sont déjà soumis à dure épreuve, avec tous le surpoids de leur corps, et toute la tristesse que cette difformité pesante induit dans leurs vies. Alors, du haut de mes douze ans, moi qui par la force des choses apprends en une semaine à parler anglais pour me sauver la peau, je me rebelle, je vais partout dire que cela est inconcevable, que leurs méthodes sont dangereuses, et nous mettent en grand péril, qu’ils n’ont pas le droit, surtout que pour toute alimentation, nous mangeons des bâtons de cèleri trempés dans un ketchup sans sucre innommable et un pauvre petit steak grillé, plat et infecte et sans sel. Alors là, erreur fatale, ma vie là-bas devient encore plus insupportable, ils redoublent de punitions envers moi, j’ai l’impression de revivre les heures noires de ma mère pendant la guerre. Je décide de m’enfuir, et je le fais, soulevant les barbelés du camp Colang, et me retrouve sac à dos et seule sur les routes de Pennsylvanie, mais libre. En marchant, je me fais la promesse de ma vie. Si un jour, je maigris, il faudra que je révolutionne toutes ces ignominies aberrantes et insensées, toute cette incompréhension, de ce que nous, enfants obèses sommes. Si un jour je maigris, j’y arriverai, et je les sauverai tous de cet enfer. Quand je pense qu’aujourd’hui encore, en Chine, où l’obésité est la plus importante du monde avec 500 millions d’obèses, les enfants sont envoyés dans des camps militaires pour maigrir, et qu’en plus ça coute une fortune, j’en suis malade.

Les fugues, la révolte et l’impression de se sentir mal dans sa peau ont eu une conséquence traumatique dans votre adolescence, elle vous poussera dans les cordes ultimes de votre survie. On vous dit que vous allez mourir si vous ne faites rien. Comment avez-vous vécu un tel avertissement ?

Je l’ai vécu, cette sentence de mort, comme un puissant électrochoc, puis comme une révélation et finalement comme une indispensable information et comme un dénouement pour ma survie et mon futur. J’ignorais à l’âge de 18 ans, après avoir vu plus de 50 médecins pendant toute mon enfance, que l’obésité pouvait être morbide, j’ignorais que j’étais malade, qu’il s’agissait non pas d’un sort jeté, mais d’une maladie mortelle, qui planait au-dessus de ma vie. Personne, avant ce grand Professeur Creff, ne m’en avait jamais avertie. Ce jour là, dans son cabinet, je suis sortie différente, et mes parents ont réalisé, mon père surtout,  que ce n’était pas une petite farce de la vie, mais que j’étais malade, et qu’il me fallait urgemment me soigner pour vivre. Ce jour là, mon père décida de ne plus jamais m’appeler le zéro coupé. Mais ce jour-là, je me suis dit que je voulais absolument vivre, et que quelle que soit la solution qui serait proposée, je me jetterai à corps perdu dedans, et c’est exactement ce que j’ai fait.

Votre premier ange gardien sur votre très longue liste de personnes apparues dans votre vie est le professeur Edward E. Mason. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette rencontre et sur les conséquences qu’elle a eu sur vous ?

Le Professeur Edward E. Mason était un très grand monsieur, et il m’a permis de faire et d’être ce que je suis aujourd’hui. Lorsque le Professeur Creff nous a annoncé cette bien triste et effrayante nouvelle dans son cabinet, je lui avais répondu : oui, mais moi je veux vivre, il faut me dire ce que je peux tenter…il doit bien y avoir quelque chose. Nous étions en 1988, et le Professeur Creff avait entendu parler d’une nouvelle médicale important, une opération, que le Professeur Mason avait inventé, la gastro plastie verticale calibrée, et qui était l’ancêtre de l’anneau. Le Professeur Creff nous décrit l’opération, qui consistait à mettre 3 rangées de douze agrafes en acier inoxydable, et un anneau en marlex qui permettaient de réduire la capacité de l’estomac à la taille d’un œuf, après, bien entendu, avoir ouvert l’abdomen dans toute sa longueur, écarter les côtes, sorti l’estomac et puis remettre joyeusement tout en place avant de recoudre. Ma mère avait failli s’évanouir et mon père préparait déjà son speech de refus catégorique. Mais j’ai résisté, j’ai résisté de tout mon petit cœur enrobé de graisse, et j’ai fait même pire que de la résistance ; j’ai fait un chantage récurrent pendant des mois, en leur disant que de toute façon, puisque j’allais mourir, s’ils refusaient de me laisser partir, je prendrais dix kilos par mois, et j’avais mis en place ce protocole à la perfection, je ne voulais rien entendre, je voulais tenter l’opération. Mes parents avaient demandé à des amis médecins américains ce qu’ils en pensaient, et la réponse avait été : une boucherie pour les cow-boys de l’Iowa, en plein milieu des champs de patates… Alors, j’avais commencé à écrire au Dr Mason des lettres désespérées, je le suppliais de m’aider. Dans l’une de ses réponses, il m’annonça qu’il se rendait à Boston ou 300 chirurgiens du monde entier seraient présents pour découvrir sa nouvelle invention, et que je n’avais qu’à convaincre mes parents de m’y accompagner, que cela pourrait les rassurer. Je réussis à les en convaincre et nous partîmes à Boston. En arrivant, complètement acharnée, je téléphonais en secret de ma chambre au Professeur Mason dans sa chambre, avant la conférence. Il me dit de venir le voir. Il fit des calculs savants et me dit que je n’étais pas assez grosse, je me mis à rire, en lui rétorquant que ce n’était pas un problème. Il n’avait pas très envie de rigoler lui, alors, ce magnifique grand monsieur, très droit, très croyant, très humain, me dit la chose suivante, Sophie, c’est une opération très lourde, très invasive, si je t’opère, si j’accepte de t’opérer, il faut que tu me promettes de faire au moins 4 ans de thérapie, pour apprendre à vivre avec ton nouveau corps, car plus rien ne sera comme avant. Mon père m’obligea à trouver un chirurgien français qui nous accompagnerait quelques mois plus tard à Iowa, c’était une condition sine qua non, car personne en France ne connaissait la procédure opératoire de Mason. Le Dr Creff me mit en relation avec un chirurgien français, le Dr Berrod qui fut donc du voyage, avec mon père et moi, au printemps. Lorsque je rouvris les yeux, Mason tenait ma main gauche et mon père, ma main droite, mais la douleur de mon corps coupé en deux fut tellement insupportable, que je me tournai vers mon père en pleurant pour lui demander pardon, mais c’était trop tard. Pendant 8 semaines de convalescence, on tenta de me nourrir dans des petits dés en plastic de compotes et d’aliments mixés, mais je vomissais tout, même une gorgée d’eau, je n’arrivais pas à la garder, Mason me rassurait en me disant que les vomissements ne dureraient pas plus de six mois, que j’allais m’habituer, qu’il fallait être patiente. Mais les vomissements ne se sont jamais arrêtés, et 35 ans plus tard, je vomis encore plusieurs fois par semaine. Néanmoins à force d’avoir mal et de tout vomir, en 18 mois, j’avais perdu 80 kilos, et je m’étais habituée, mais à quoi ? Pendant plusieurs années, j’ai frôlé l’anorexie, je ne mangeais que des glaces light au chocolat, et engloutissais de l’aspirine, car, sous nourrie, j’avais des migraines constantes. Tu parles d’une libération… Alors, j’étais encore loin de mon Saint Graal, cette méthode douce, respectueuse, et facile que je m’étais promis d’offrir aux autres enfants obèses, j’avais maigri, mais à qui pouvais-je promettre de trouver son bien-être ? À personne. J’avais entretenu des rapports très amicaux avec Edward Mason, et nous nous écrivions beaucoup  pour discuter de l’évolution post opératoire et de ma santé générale aussi bien physique que psychique. J’étais la première patiente française à être opérée et, pour lui, c’était très important que tout se passe pour le mieux. Je retournai aussi pendant quinze ans, une fois par an à Iowa pour me faire contrôler, sur une roue, après avoir bu du baryum, un liquide fluorescent qui pouvait, quand je tournais écartelée, comme une souris dans sa roue, détecter une altération de ma poche…. Et Mason, ce monsieur admirable, tenait le registre des gastroplastiés, depuis le premier opéré, et il était conscient de la machine dangereuse qu’il avait inventée, presque malgré lui, mais il voulait que ses opérés puissent vivre et vivre bien, décemment, il était terrifié à l’idée que ce ne soit pas le cas… Il m’avait dit que je faisais partie des 5 % de « total success », c’était un titre honorable, certainement, mais c’était aussi un bien petit pourcentage. Qu’en étaient-ils alors des autres 95%, étaient-ils des « Total failure », ou des « half failure » ? Parce que moi, toute honorée de ce nouveau titre, je passais ma vie avec un doigt enfoncé dans le fond de ma gorge à vomir mes tripes !

Des années plus tard, après avoir rencontré le docteur Albert Chocron, mon Dieu vivant, ou tout au moins sa réincarnation terrestre, et déjà terminé d’écrire mon projet, Edward Mason qui avait tout lu sur ma méthode, et avait consulté nos résultats, m’avait écrit, et cela est visible sur mon site : « que ma méthode était d’un intérêt majeur pour lui ainsi que pour des millions de personnes en attente de traitement. Que Smart and Light était l’unique alternative non intrusive et efficace aux chirurgies de ‘obésité… Quel cadeau, que l cadeau il m’avait fait….

La rencontre d’Emmanuel Reverdi, le mariage et la naissance de vos deux garçons sont arrivés comme une récompense à vos souffrances et comme une fin heureuse à vos recherches d’amour et de vie familiale. Quels souvenirs gardez-vous de ce temps et quelle place occupent-ils dans votre récit ?

Notre rencontre avait été foudroyante et j’ai eu tout de suite le sentiment qu’Emmanuel serait le père de mes enfants. Nous avons vécu une histoire d’amour très forte, qui nous a permis de concevoir ces deux bébés que nous aimons Emmanuel et moi éperdument, même si notre histoire n’a pas perduré dans le temps, elle était écrite, car il nous fallait mettre au monde ces deux petits princes que sont nos fils. Je garde de très beaux souvenirs de notre rencontre, de notre mariage, et de nos premières années de parents. De cette période nous avons aussi hérité de deux objets assez uniques que sont les deux albums de poésie parlée que nous avions conçus pendant ma grossesse à New York, et où les paroles et la musique décrivent l’enivrement de cette période mystique et productive.

Après toutes ces années d’attente, naît en vous une volonté nouvelle, celle du projet Smart and Light. Cette fois, vos anges gardiens s’appellent Françoise Courvalin et le DrAlbert Crochon. S’agit-il du moment fondateur de votre projet ?

Ce n’était pas une volonté nouvelle, ce projet était l’aboutissement de toutes mes expériences, mais aussi de quinze ans de recherches, après avoir maigri, pour trouver mon Saint Graal, celui qu’enfant je m’étais promise de trouver pour sauver d’autres enfants. Smart and Light comme il existe aujourd’hui, existait déjà en moi depuis la Pennsylvanie, cela n’était évidemment pas formulé exactement de cette manière, mais ce que je voulais c’était exactement cela : un programme bienveillant, respectueux, rassurant, stimulant, inondé de bonnes ondes, d’amour, de guidance, d’empathie, mais aussi sain, naturel, basé sur le plaisir des sens, sur le plaisir et la liberté de manger, de la cuisine très gourmande, sans restriction, sans grammage, sans pesage, sans contraintes, une cuisine avec du gout, des saveurs, des couleurs, du sens, une cuisine digne des plus grands restaurants mais facile à refaire chez soi, je voulais que les gens soient heureux, et que sans toutes les contraintes habituelles, ils n’aient aucune excuse à ne pas réussir, voilà ce que je voulais, et Smart and Light, c’est tout ça à la fois, la fusion entre un accompagnement plein d’amour et bienveillant, avec l’atout d’une cuisine alléchante, permissive, qui fasse maigrir, ce n’était pas un pari facile, il m’a fallu du temps, quinze ans, mais après ma rencontre avec Albert Chocron, qui m’avait fait découvrir les principes ingénieux de sa liste d’aliments, le programme avait enfin pris sa première respiration, j’avais enfin réuni tous les ingrédients dont mon programme avait besoin pour devenir réalité. Il est le parrain incontesté, pour ne pas dire le père de Smart and Light. Quant à Francoise Courvalin, cette femme exceptionnelle, cette immense grande dame, elle m’a littéralement portée à bout de bras pour sauver le projet des flots, et à vie, je lui dois ma reconnaissance.

Pourriez-vous nous présenter les grandes lignes de votre projet Smart and Light.

Smart and light est la fusion de deux concepts d’« accompagnement au changement  » et d « ’éducation culinaire et thérapeutique », différents, qui sont indissociables et indispensables à la garantie d’un succès définitif,  pour non seulement maigrir, mais pour ne plus jamais reprendre du poids et pouvoir retrouver une qualité de vie mille fois supérieure à celle d’avant le changement. Non seulement nous accompagnons dans leur voyage de transformation, nos coachés avec une bienveillance toute particulière, avec des liens très forts qui se tissent, et beaucoup d’amour, de stimulation, chaque jour, pendant les deux mois du programme, et ce, par le biais de Messenger, du téléphone, de textos ou de mails, (nous sommes ultra réactifs et répondons à nos clients immédiatement et ils ne se sentent jamais seuls ou perdus) mais nous les rendons aussi très vite autonomes à plusieurs niveaux, ( aussi grâce à nos outils : le Carnet de Route, qui est le livre Bible de la méthode, construit comme un carnet de voyage, très ludique et très efficace, mais aussi à travers les 220 tutoriels vidéos, qui se trouvent sur notre site smartandlight.com, et qui vont les accompagner dans leur quotidien en dehors des séances hebdomadaires de coaching en présentiel avec moi ou l’un de mes coaches certifiés)  et cela fait une grande différence pour les aider :  et le but est surtout de leur permettre de devenir leur propre coach minceur à l’issue de ces deux mois. Mais de plus, nous leur offrons un autre cadeau inestimable, à travers la découverte d’une cuisine gastronomique mais diététique et la plus bio possible, cuisine qu’ils peuvent manger en quantité illimitée, et partager avec leur entourage sans la moindre gêne, puisqu’il s’agit de recettes de très grands Chefs de cuisine adaptée de mon cahier des charges et très faciles à refaire à la maison.

Votre projet, les premiers résultats très encourageants vous amènent en Tunisie. La période tunisienne occupe une place tellement importante dans votre vie. Pouvez-vous nous décrire brièvement l’aspect scientifique et les contacts officiels nécessaires à votre projet ?

Oui, la Tunisie a vraiment été une chance immense et unique pour le projet, car les autorités de santé, et ensuite les académiciens tunisiens, ont eu cette grande humilité et l’incroyable idée, un peu semblable à celle d’Edward Mason dans sa lettre, de m’imposer sur le devant de la scène scientifique tunisienne, comme un expert de l’obésité, moi qui ne suis absolument pas une scientifique, ni même une diététicienne, et de reconnaître haut et fort, que je comprenais peut-être mieux qu’eux, les tenants et les aboutissants de cette maladie tortueuse, qui finalement, selon eux, ne devait pas comme pour d’autres maladies, être interprétée seulement sous un angle scientifique, pour la combattre et l’éradiquer… Que mon parcours, mes expériences, mon vécu, et mes recherches m’avaient menée à comprendre mieux que quiconque la personnalité des obèses, leurs besoins, leurs problématiques et leurs langages, leurs émotions, leurs envies, leurs besoins essentiels, mais aussi à réparer leurs blessures que je pouvais partager avec eux, à dissoudre leurs souvenirs terrifiants parfois, de longues années d’agonie mentale à souffrir de leur état. Les médecins étaient aussi convaincus qu’a travers la jouissance et la liberté du programme alimentaire que j’avais conçu, personne ne pouvait vraiment me résister, et que j’avais peut-être trouvé l’antidote de l’obésité qui faisait de tels ravages dans leur pays et sur le globe. De plus, comme vous avez peut-être remarqué, eux, les médecins, l’avaient en tous cas définitivement remarqué, je ne lâche pas facilement l’affaire… jusqu’à ce qu’elle soit dans le sac. Et cela était et est surement aussi un des atouts du programme, chez nous, on ne baisse pas les bras, on se bat jusqu’à trouver la porte de sortie, avec notre méthode, avec notre amour, avec notre énergie, avec tous nos atouts, pour nos coachés, et en général, on y arrive.

Le second aspect est humain. Vous attachez une telle importance à la valeur humaine des Tunisiens qui ont travaillé avec vous, qui ont été vos amis de cœur, mais aussi à tout un peuple si noble et si beau dans sa manière de vivre. Quels mots choisiriez-vous pour les décrire aujourd’hui ?

Ma famille, la Tunisie et les Tunisiens ont été notre famille, notre nid, notre nid douillet et sincère, et nous les aimons de tout notre cœur. Mon programme est empreint de beaucoup de recettes tunisiennes, très méditerranées, et ensoleillées, et que dire de plus, que nous les aimons, et nous sentons chez nous là-bas. Dans un autre registre, un peu moins gai peut-être, Sidi Bou Saïd, ce lieu magique, mystique et enchanteur m’a réparée de beaucoup d’années d’inconfort et de souffrances physiques et morales, m’a apporté la paix, et j’ai dit à mes fils, que je serais heureuse, qu’un jour, ils portent mes cendres sur le haut de cette colline enchanteresse et poétique, où je me suis sentie chez moi.

Comment avez-vous vécu la Révolution tunisienne de 2011 dont vous faites une description de l’intérieur ?

En Tunisie, on parle toujours du Miracle tunisien, et sur le moment, cette révolution, je l’ai ressentie comme une sorte de miracle, comme quelque chose d’absolument inattendu, bouleversant, puissant, absolument mémorable, hautement symbolique, même si les premiers jours et mois étaient totalement déstabilisants, les gens autour de nous en avaient tellement rêvé, même sans le dire, et ils vivaient littéralement un rêve éveillé, où enfin ils retrouvaient leur liberté et le rêve de démocratie qui était le leur. Je ne comprenais pas tous les enjeux, d’ailleurs je n’étais pas la seule, pendant des mois, personne ne comprenait vraiment ce qu’il se passait avec ce printemps arabe, et nous l’avons vécu, mes fils et moi, comme beaucoup de Tunisiens, avec exaltation et espérance.

De retour en France, vous recommencez à zéro, si j’ose dire. D’où vous vient cette énergie débordante ?  

Oui, presque à zéro, quel chiffre ! Effectivement, nous avons quitté la Tunisie en 48 heures, et sommes rentrés en situation d’urgence avec une lettre du Ministère de l’Intérieur, deux ans après la Révolution, car je me sentais en danger avec mes enfants en tant que Française, (deux jours après l’incendie de l’école américaine à Tunis, et une semaine après l’assassinat de l’ambassadeur américain en Lybie) et j’ai absolument tout laissé et mis les enfants dans un avion avec nos trois allers simples et leurs cartables. J’étais terrifiée et tétanisée. À Paris, rien ne nous attendait, nous n’avions ni toit, ni argent, (que je n’avais pas pu rapatrier) ni beaucoup de soutien familial, ma mère étant décédée en 2004, et mon père avait un Alzheimer… Le retour a été absolument horrible à tous points de vue, je n’arrivais même pas à croire que j’ai pu trouver la force en moi de partir. Je ne sais même pas non plus comment nous avons fait, pour tenir le coup tous les trois, ce sont des souvenirs insupportables dont je n’ai plus envie de parler, le livre le fera pour moi.

Mais, pour résumer, j’ai tenu le coup, et j’ai sauvé le projet, j’ai reconstruit petit à petit tout, notre vie, notre maison, et Smart and Light qui est ma prophétie, et dont la trajectoire, le symbole, le sens et le devenir me portent, et parfois me dépassent, je ne pourrai jamais laisser périr ce projet qui a sauvé tant de vies.

Où en est Smart and Light aujourd’hui ?

Smart and Light se porte comme un charme, je suis tellement heureuse de le voir à nouveau reprendre des couleurs, et continuer à m’offrir les plus beaux témoignages de gratitude de mes clients, qui valent pour moi, tout l’or du monde. Nous avons ouvert deux centres à Paris, aujourd’hui nous sommes situés à la Muette, mais mon ex associée, Jana Vitezova (qui était ma toute première cliente et réussite, puisqu’elle a perdu 63 kilos en 13 mois, et a cofondé le premier centre à Tunis avec moi) est, elle, au Luxembourg et continue à coacher là-bas, une autre de mes clientes, qui a perdu 50 kilos, Hela Jedidi, s’apprête à rouvrir un centre à Sidi Bou Saïd. Nous avons un projet de partenariat en cours avec un des géants de la restauration, car mon rêve, enfin l’un d’eux, serait de faire des fast-food Smart and Light, afin que tout le monde puisse avoir accès à des prix très démocratiques, à de la très bonne cuisine saine et gourmande, qui fasse maigrir plutôt que grossir. Je rêve aussi de pouvoir rencontrer le gouvernement chinois pour leur expliquer ma vision des colonies de vacances pour enfants, et je commence à investiguer dans ce sens, même si on me traite d’utopiste, c’est trop important. J’ai l’immense honneur aujourd’hui, de pouvoir échanger et d’être conseillée à titre amical par l’un des plus éminents spécialistes américains de l’obésité, qui est aussi un spécialiste du mouvement, car je souhaite absolument développer cet aspect plus concrètement dans mon programme dans les années à venir. Je suis aussi en train de mettre au point une certification pour mes clients qui ont maigri et qui veulent à leur tour devenir coach et enseigner ma méthode, ils sont nombreux à me le réclamer depuis des années.  Tous mes outils sont bilingues, français anglais, aussi bien mes livres méthodes que mon site et mon programme en ligne, car nous avons aussi des clients aux USA, au Royaume Uni et d’ailleurs une antenne aux États-Unis, mais je serais très heureuse de pouvoir aussi ouvrir un centre à Londres que j’adore et où il y a aussi un énorme problème d’obésité. Mon livre, « L’intuition du zéro coupé », est actuellement en train d’être traduit en anglais par une de mes clientes et amies, une autre de mes clientes et amies au Mexique est en train de le traduire en espagnol, donc ça bouge et j’en suis ravie. Ah oui, mon fils Valentin a lancé une chaine sur YouTube pour aussi présenter le travail de sa maman (rire).

Interview réalisée par Dan Burcea

Sophie Reverdi, « L’intuition du zéro coupé », CreateSpace Independent Publishing Platform, 2019, 218 p.

Pour d’autres informations sur l’autrice et le livre, veuillez consulter ces liens:

Le clip vidéo sur le livre de Sophie Reverdi, « L’intuition du zéro coupé »
https://www.youtube.com/watch?v=73dPAchzU7Q

Sur le Professeur Mason:
https://www.youtube.com/watch?v=ZKstBXB6ddw

Les lettres de Pr. Mason sur le site de Sophie Reverdi
https://www.smartandlight.com/pf/edward-e-mason/