Portrait en Lettres Capitales : Clélia Renucci

 

Qui êtes-vous, où êtes-vous née, où habitez-vous ?

Je m’appelle Clélia Renucci, je suis née à Paris où j’habite à présent, après avoir passé quatre ans à New York.

Vivez-vous du métier d’écrivaine ou, sinon, quel métier exercez-vous ?

J’ai exercé plusieurs métiers. Après des études de lettres (hypokhâgne, khâgne, maîtrise), j’ai obtenu un Master du Celsa en Communication qui m’a menée à travailler trois ans dans la publicité, j’ai donc d’abord été conceptrice-rédactrice, destinée à trouver les signatures et les slogans des publicités, en binôme avec une directrice artistique.

J’ai ensuite repris mes études littéraires et j’ai enseigné pendant plusieurs années la littérature dans des collèges, des lycées et à l’université.

Aujourd’hui, je suis en disponibilité de l’Éducation Nationale et j’écris mes livres : un essai, Libres d’aimer, paru en 2015 aux éditions Albin Michel, qui traite de la question de la différence d’âge dans les histoires d’amour romanesques et de la présence de cougars dans les grands romans du XVIIIe et du XXIe siècle.

Puis un premier roman, Concours pour le Paradis, qui explore la vie des artistes à la fin de la Renaissance à Venise alors que le Palais des Doges vient de brûler et qu’un concours pour représenter le Paradis dans la salle du Grand Conseil vient d’être lancé. Véronèse, Tintoret, Bassano, Palma le Jeune y participeront…

Et à la rentrée littéraire de 2021, sort mon deuxième roman, La Fabrique des souvenirs, qui évoque la musique, le voyage, l’amitié dans une fresque se déroulant des années 30 à aujourd’hui.

Comment est née votre passion pour la littérature et surtout pour l’écriture ?

Elle est née en lisant les grands auteurs.

Depuis l’enfance, je voulais être écrivain, je gardais mes copies, mes rédactions. Je sentais que j’avais envie d’écrire, et que cette envie se transformerait sûrement en métier.

Quel est l’auteur/le livre qui vous ont marqué le plus dans la vie ?

Plusieurs auteurs m’ont marqué profondément, et c’est souvent lié à des lieux de lecture.

Je me souviens d’Anna Karénine, lu pendant une colonie de vacances aux États-Unis sur un lit superposé, à la lampe torche, en essayant de combattre des araignées translucides et fluorescentes.

Je me souviens aussi de romans comme L’enfant de Jules Valles, ou Le Petit Chose d’Alphonse Daudet, lu l’été aussi, dans une chambre du bassin d’Arcachon en compagnie de ma meilleure amie, qui les lisait elle aussi et avec qui nous partagions nos impressions de lecture.

Je me souviens enfin de La Recherche du temps perdu de Proust, lu lors de fréquents échanges linguistiques en Allemagne. Après les cours obligatoires, j’allais à la terrasse d’un café avec un coca light et je lisais toute la journée, ce qui n’a en rien amélioré mon niveau d’allemand, mais qui a laissé une trace éternelle dans la construction de ma personnalité.

Quel genre littéraire pratiquez-vous (roman, poésie, essai) ? Passez-vous facilement d’un genre littéraire à un autre ?

J’ai écrit un essai et deux romans, j’aime les deux formes d’écriture, même si je pressens que le roman prendra plus de place dans ma vie.

C’est le genre littéraire que je lis le plus. J’aime découvrir et raconter de belles histoires.

Comment écrivez-vous – d’un trait, avec des reprises, à la première personne, à la troisième ?

Je prépare beaucoup avant d’écrire, je passe plusieurs mois à faire mes recherches et mes fiches, puis j’organise mon plan pour transformer l’Histoire en histoires et ensuite seulement, je me mets à écrire.

Pour le moment, je n’ai écrit qu’à la troisième personne, mais cela dépendra des sujets traités.

D’où puisez-vous les sujets de vos livres, et combien de temps est nécessaire pour qu’il prenne vie comme œuvre de fiction ?

Les sujets me viennent comme des flashs, c’est très étrange comme sensation, celle de savoir que telle anecdote, telle vision fera l’objet d’un roman.

Ensuite, le processus est long : pour Libres d’aimer, j’ai eu l’idée en lisant dans la collection du Monde les romans de Balzac réédités en 2007, et je n’ai écrit mon essai qu’en 2015.

Pour le Paradis, c’est en visitant Venise en 2010 que j’ai eu l’intuition d’écrire sur ce concours de peinture. J’ai écrit le livre en 2018 seulement.

Et pour La Fabrique des souvenirs, le processus est le même, j’ai eu l’idée au cours d’une conversation, elle a maturée pendant sept ans et je n’ai écrit le livre qu’en 2021.

Il faut donc plusieurs années pour faire progresser l’idée initiale et la transformer en œuvre de fiction. Je prends des notes, commence des recherches, puis je me lance vraiment et le processus s’enclenche.

Choisissez-vous d’abord le titre de l’ouvrage avant le développement narratif ? Quel rôle joue pour vous le titre de votre œuvre ?

J’ai toujours un titre en tête au moment où j’écris. En général, il vient en même temps que l’idée. Et pour les trois livres que j’ai publiés, ça a été le titre retenu par la maison d’éditions.

Le titre est extrêmement important pour moi, c’est une invitation à la lecture.

Et aussi un bon souvenir de mes études littéraires, car j’ai été bercée par les analyses de Genette sur le sujet… entre titre thématique ou rhématique, qui donne une information sur le contenu ou sur la forme…

Je n’ai pour le moment réussi qu’à produire des titres thématiques.

Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages et comment les inventez-vous ?

J’entretiens de bons rapports avec eux ! Ils évoluent au fur et à mesure de mes recherches. Plus je m’attache à eux, plus je leur trouve des qualités qui en feront de vrais héros. Quand j’écrivais Concours pour le Paradis, je ne pensais pas, situant le roman à la fin du XVIe siècle, retrouver tant de liens entre mon entourage et ces peintres, et finalement, je crois que les personnalités, les caractères ne sont pas liés à une époque précise, quoique celle-ci influe sur eux ; que l’on peut s’identifier aussi bien à un peintre de la Renaissance ou à une violoncelliste des années 30 (l’une des héroïnes de mon prochain livre) qu’à une personnalité plus moderne. L’amour, la trahison, la rivalité, la jalousie, la passion n’ont pas de limites dans le temps.

Parlez-nous de votre dernier ouvrage et de vos projets.

La Fabrique des souvenirs va sortir le 18 août 2021 chez Albin Michel.

Dans ce roman, j’ai eu l’idée d’interroger la distorsion entre la vie virtuelle et la vie réelle. C’est un livre que j’ai envie d’écrire depuis l’essor de Facebook, YouTube, puis ensuite d’Instagram, de TikTok et autres, depuis cette pratique que nous avons tous de mettre des vidéos sur les plateformes pour partager nos moments de vie, les souvenirs que nous avons appréciés…

J’ai alors eu l’idée de créer un monde où l’on pourrait vendre et acheter ses souvenirs aux enchères. Nos souvenirs pourraient ainsi se transmettre grâce à une application, Mnemoflix, qui permettrait de les numériser.

J’ai mis en scène un trentenaire, dilettante et romantique, un certain Gabriel, qui va tomber amoureux d’une violoncelliste qui vivait dans les années 30, « rencontrée » dans un souvenir. Il va mener l’enquête pour identifier cette femme et vivre, de souvenirs en souvenir, une passion impossible.

Va-t-il rester amoureux d’une illusion ? … comme une addiction dont il ne pourrait se libérer ou s’affranchir ?

Qui l’aidera à prendre le risque du réel, celui de l’amour vrai, d’une femme présente et incarnée ? Son frère, ses amis, sa famille ?

En écrivant La Fabrique des souvenirs, j’ai cherché à revisiter – à l’aune de notre monde – des grands thèmes de la littérature : l’amour impossible, bien sûr, mais aussi la création ou encore l’amitié, le rapport à la mémoire, la filiation, le voyage aussi, et l’apprentissage.

La possibilité de partager ses souvenirs est une idée qui est devenue un fil conducteur pour créer des vies, des frères, des amis, des métiers, des hasards, des rencontres…

Crédits photo de l’auteure : Samuel Kirszenbaum

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