Aurelia Marin : La quarantaine assumée de l’écrivain

 

Nous vivons une période absurde, incompréhensible. Pris par surprise, les gens tellement vulnérables et laissés au bon vouloir de la chance et de l’illusion des libertés et des plaisirs sans limites, se sont retrouvés rapidement et brutalement dans une totale ignorance et de profondes ténèbres. Contrairement à Alice, transportée à l’improviste dans un pays souterrain nommé Wunderland – la contrée du bonheur – notre obscurité est remplie de dangers et d’animaux multiformes qui nous effraient. Nous effraient et nous tuent.

Hélas, dans notre cas, il ne s’agit pas d’un conte pour enfants, comme il ne s’agit pas non plus d’un roman que je pourrais écrire en faisant appel à la magie des mots et de ce qu’on appelle « la main de Méphistophélès », capable de tout faire et défaire. La main de l’écrivain.

Pendant cette période parsemée d’interdictions et de règles, du bruit assourdissant jusqu’au tripes des sirènes, l’écrivain continue sa « quarantaine » qu’il assume tout aussi naturellement que lorsqu’il avait auparavant tracé les frontières de son univers livresque en en faisant sa philosophie existentielle, son modus vivendi. Cela suppose du travail bien ordonné et soutenu, une bonne relation avec le temps et autres, un emploi du temps austère. Évidement, lorsque l’écriture littéraire lui réussit, celle-ci devient sa profession et conjointement une forme de vie intérieure, un vice. Écrire suppose véritablement rendre consciente chaque petite particule du texte, la soumettre à un examen continu, ce qui exige un effort stressant et une fantaisie sans bornes.

Personnellement, j’écris pendant ce confinement de la même manière que je le faisais pendant les périodes abondantes et calmes. J’observe, je suis mes intuitions, je guette, je juge, je fais silence. L’écriture devient pour moi permanence, refuge et infatigable joie de vivre. Tant que la créativité reste une manière inédite de penser tous les aspects de la vie, l’espoir est encore envisageable.

« Qu’est-ce que l’amour ? Le besoin de sortir de soi », disait Baudelaire.

Qu’est-ce que l’écriture ? La même chose.

 

Aurelia Marin est une écrivaine roumaine diplômée de la Faculté d’histoire de Bucarest. Elle a vécu longtemps à Berlin, à Bonn, à Berne, Rabat et Tunis.

Entre 2001 et 2008 a publié des recueils de poésie : Arsenalele singurătății, Călătoria, Cutia de scrisori ,Pasărea cu noaptea în cap și Albul miresei care se vedea în oglindă.

En 2014 elle publie l’anthologie de poésies Gibraltar blues (Éditions TracusArte) et en 2016 le volume de prose Însoțitori de noapte chez le même éditeur.

En 2018, elle publie le roman Carbon toujours aux Éditions TracusArte de Bucarest.

Elle est membre de l’Union des Écrivains de Roumanie.

(Traduit du roumain par Dan Burcea)

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