Gaëlle Josse : « La littérature nous emporte loin de nous-mêmes et nous y ramène ».

Que peut pour nous la littérature, lorsque les temps nous angoissent, en nous faisant craindre pour nos proches et pour nous-mêmes ?

Lorsqu’une menace, à la fois précise et invisible, déroute, suspend nos vies et celles de l’humanité entière ?

Peut-être rien de plus, et rien de moins, finalement, qu’en des temps moins troublés.

Elle nous apporte ce qu’elle nous donne d’ordinaire, joie, exaltation, curiosité, enthousiasme ou déception, agacement ou admiration, réflexion et émotion.

Elle nous emporte loin de nous-mêmes et nous y ramène. Les vies de papier sont parfois aussi proches, aussi vibrantes que des vies de chair et de sang.

Notre appétit de lecture, de découverte, va-t-il se trouver décuplé par le temps devenu disponible à l’envi, par le désœuvrement forcé ?

Je ne sais.

Il faut une vigilance, une tension, un désir pour lire, pour s’immerger dans un texte.

Quel est notre désir aujourd’hui ?

Que l’on puisse vivre à nouveau, sans crainte pour ceux que nous aimons.

Que l’on se retrouve et s’embrasse.

Que l’on marche, que l’on coure.

 Que l’on rit et que l’on trinque.

Qu’on se touche.

Qu’on en sorte vivants.

Nous aimerions bien sûr, nous écrivains, être des chamans et de guérisseurs.

 Je n’ai pas de certitude.

Mais au fil des rencontres, un mot, un message, une lettre, une carte, une main serrée, une embrassade, me font comprendre qu’écrire n’a pas été vain. Alors, aujourd’hui plus qu’hier ?

Lorsque les situations vécues sont particulièrement aiguës, angoissantes, les mots, les livres nous aident à mieux nommer les choses, ce qui est déjà beaucoup.

Ils nous offrent des fenêtres et des miroirs, des steppes et des océans.

Des bateaux et des tapis volants.

 Des champs de blé et des forêts profondes.

Ils sont vivants. Il nous attend comme des amis, avec tout ce qu’ils ont à offrir. Ils attendent qu’on les touche et qu’on les aime.

Comme nous, finalement.

 

Gaëlle Josse est une écrivaine française qui travaille actuellement comme rédactrice pour un site Internet à Paris et organise aussi des ateliers d’écoute musicale et d’écriture, pour adultes et adolescents.

Poésie

  • L’Empreinte et le Cercle, Encres Vives, 2005
  • Signes de passage, Hélices/Poésie Terrestre, 2007,
  • Tambours frappés à mains nues, 2008. – Lauréat du Prix d’édition poétique Ville de Dijon 2009, à l’occasion du Printemps des Poètes
  • Castillanes.doc : Madrid & Castille, Encres Vives, coll. « Lieu », 2009
  • Carnets du Leonardo Express, Encres Vives, coll. « Lieu », 2009

Essais

  • De vive voix, Le Temps qu’il fait, 2016

Romans

  • Les Heures silencieuses, Autrement, 2011, né d’une rencontre avec un tableau hollandais d’Emanuel de Witte ; disponible en édition de poche J’ai lu (livre présenté au programme du bac de français en lecture cursive par de nombreux lycées). Traduit en plusieurs langues. Prix Lavinal, prix Peindre en Provence, prix du Marais, finaliste du prix Orange 2011.
  • Nos vies désaccordées, Autrement, 2012 ; disponible en édition de poche J’ai lu. Prix Alain-Fournier 2013, prix national de l’Audiolecture 2013.
  • Noces de neige, Autrement, 20131
  • Le Dernier Gardien d’Ellis Island, éditions Noir sur Blanc, coll. « Notabilia », 2014, réédition J’ai lu, 2016. Plusieurs traductions en cours. Prix de littérature de l’Union européenne, prix des Rotary clubs francophones, prix de l’Académie de Bretagne, nombreux prix de médiathèques, sélection du prix FNAC, finaliste du Prix des libraires 20152.
  • L’Ombre de nos nuits, Noir sur Blanc, coll. « Notabilia », 2016
  • Un été à quatre mains, Ateliers Henry Dougier, 2017
  • Vermeer entre deux songes, Invenit, 2017
  • Une longue impatience, Noir sur Blanc, coll. « Notabilia », 2018

Biographie

  • Une femme en contre-jour3, éditions Noir sur Blanc coll. « Notabilia », 2019, 156 p. Portrait de Vivian Maier, gouvernante américaine et photographe de rue amateur, morte en 2009 dans l’anonymat.