Adriana Langer : De l’élargissement du confinement

Naître quelque part, c’est d’abord appartenir : à une terre, un pays, une ville, à un peuple, une classe sociale, une famille. Un cadre précis, des racines qui voudraient nous retenir, nous figer et nous marquer à tout jamais.

Des racines qui deviennent rapidement bras, des bras qui nous enserrent et entravent l’éclosion de la fleur que nous portons secrètement, sans bien le savoir nous-mêmes. On la devine, on rêve les contours de ses pétales, sa texture veloutée, et ce parfum que les abeilles d’instinct sauraient reconnaître et aimer.

Il y a d’autres naissances, tout au long de notre vie : des rencontres sans rendez-vous, sans préméditation.

La beauté des arbres aux branches nues, si expressives l’hiver ; ou inondées de feuilles et fleurs au printemps, explosion colorée et parfumée, beauté insolente qui humilie tout ce qui la côtoie : larges boulevards, immeubles élégants, passants.

Le profond plaisir de découvrir une métaphore inventive, un poème poignant, la pensée d’un écrivain, le regard d’un peintre.

Une mélodie qui traverse les siècles pour planter en nous son délicieux dard.

Pourquoi l’appeler naissance ? Car un récit, une sonate, un poème, une toile sont venus féconder en moi quelque cellule intime et qu’une joie intense et subtile est ainsi née, courant souterrain lui-même parfois source de rivières, de mers, d’océans ; naissances qui peuvent avoir lieu même confiné, même alité, même immobile.

Mes racines sont celles que j’ai créées, elles s’étirent ambitieusement le long des continents et des siècles, et ce cœur qui est en moi et palpite s’élargit enfin au-delà de ce qui lui était prescrit.   

                                                                                                       

Adriana Langer écrit des nouvelles, et a publié deux recueils, Ne respirez pas (éditions La Providence, 2013) et Oui et non (éditions Valensin, 2017). Elle travaille comme radiologue à l’Institut Curie.

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