Écrire/Être écrivain – Adriana Bogatu & Adrian Victor Vank

 

L’écriture comme forme de thérapie intensive de la liberté

Adriana Bogatu

La littérature est pour moi une forme de thérapie intensive. Elle est le seul moyen qui permet d’assurer la survie de ce que le temps écrase impitoyablement chaque jour sous ses pas.

J’écris pour prolonger ma propre mémoire. Aujourd’hui et à jamais.

Être écrivain est un défi permanent entre un quotidien immonde et celui que l’on crée à travers tant d’histoires et de personnages. La relation de l’écrivain avec le réel est un élément essentiel lié à son écriture et à sa manière de résoudre les rugosités du monde. L’écriture est une forme de liberté : l’on peut, à travers elle, voyager dans le temps, dans l’espace et s’approcher des autres. Elle peut recoudre toutes les artères sectionnées par un destin cruel. Toutes.

Être écrivain suppose que l’on vive d’abord soi-même une histoire avant de la communiquer aux autres. Elle ne nous appartient plus ensuite. Il peut même arriver qu’en la lisant par hasard, on ne la reconnait même plus comme étant écrite par soi-même. Je pense qu’elle prend son envol après avoir rompu avec son auteur. Comme un enfant arrivé à l’âge d’affronter le monde. Chaque fois que je me mets à écrire, je me souviens des paroles du grand dramaturge Caragiale qui disait « la chose la plus difficile pour un Roumain qui sait lire est de s’abstenir à écrire ». J’ai peur de paraître ridicule. J’ai peur des lieux communs et des platitudes.

Le lecteur doit vivre en même temps que nous l’histoire racontée. Crayonner le personnage avec ses propres couleurs, celles que l’imagination met à notre disposition. Descendre dans les couloirs souterrains de son âme en se servant des marches dont on lui dit qu’elles sont sures et qu’aucune ne manque pour le mettre en danger.

Être écrivain est une manière de multiplier sa vie et fructifier ses talents. De guérir tout seul lorsque la médecine est impuissante. De voyager à travers des mondes sans couloirs de vol. Vivre de l’écriture est chose impossible. Peu d’auteurs arrivent à le faire dans le monde. C’est peut-être une chose qui compte peu, finalement.

Être écrivain c’est en quelque sorte devenir le complice de la mémoire. Mes deux derniers livres, le premier paru en décembre 2019, le deuxième en cours de parution ont été coécrits avec Adrian Victor Vank. Un co-auteur original selon les éditeurs et une majorité de lecteurs, une proposition de littérature expérimentale à deux voix narratives distinctes. D’une étourdissante originalité, même pour nous-mêmes.

Une complémentarité littéraire inédite qui attire les lecteurs comme le prouvent les milliers de retours élogieux sur nos ouvrages.

Adrian Victor Vank

Pour moi, l’écriture n’est pas une passion dans le sens commun d’un état affectif positif. L’écriture est une mise en narration des conversations intimes, une élucidation des questionnements insolubles que je mène avec moi-même, sans parler de ceux avec le monde.

Mes personnages sont des copies fidèles de personnes que j’ai eu le plaisir/le désagrément de croiser dans ma vie. Peu évolutifs, ils restent tels que je les avais surpris afin de les soumettre à une « dissection littéraire ». Le plus souvent, c’est de moi-même qu’il s’agit lorsque je mets en scène un tel personnage dont je n’hésite pas à faire l’objet d’une autopsie.

Enfin, la littérature, l’écriture sont des formes de liberté que l’on s’octroie dans une société qui se veut politiquement correcte.

Adriana Bogatu est une écrivaine roumaine qui a fait ses débuts littéraires avec des chroniques de théâtre dans la revue Dialog de Iasi. Actuellement, elle enseigne la langue et la littérature roumaine dans la ville de Braila.

Bibliographie:

  • Confesiuni ipotecate sau roman pentru un singur cititor (Confessions hypothéquées ou roman pour un seul lecteur) publié aux Éditions Dexon Office de Bucarest.
  • 2012, Clepsidre fara nisip (Clepsydres sans sable), Éditions Dexon Office de Bucarest
  • 2016, Portretul tău cu ochii mei, Éditions Dexon Office de Bucarest.

Elle tien une page d’auteur @AB.LITERATURE, suivie par 12 000 personnes.

Adrian Victor Vank est un magistrat et écrivain roumain, ayant publié des textes sur différents blogs. Son roman Dresorul de cactuși [Le dompteur de cactus] en version audio et papier a été déclaré par radio Guerrilla “roman ayant la meilleure bande sonore”.

(Traduit du roumain par Dan Burcea)

 

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