Interview. Mihaela Toader : « La Reine Marie de Roumanie – La Grande Dame de la Diplomatie Européenne »

 

Dimanche, 19 avril 2020, l’Association Identité culturelle contemporaine a lancé à Bucarest un site web dédié à la Reine Marie de Roumanie. Ce site est désormais consultable en ligne à l’adresse : https://reginamaria.org/

Nous avons souhaité en savoir plus auprès de l’historienne et la journaliste culturelle Mihaela Toader qui répond à nos questions.

 

Dans une récente interview accordée à la presse roumaine, vous avez parlé d’une initiative lancée par Asociaţia Identitate Culturală Contemporană [Association Identité culturelle contemporaine] à l’occasion du lancement d’un site web dédié à la Reine Marie de Roumanie. De quoi s’agit-il ?

J’ai en effet souhaité mettre en avant ce projet culturel lié au lancement et la mise en ligne de ce site dédié à la biographie de la Reine Marie de Roumanie, car j’avais considéré l’initiative de cette association comme étant une chose remarquable. En ma qualité d’historienne et de coordonnatrice de projets culturels, j’ai souhaité faire connaître ce projet que j’estime intéressant pour beaucoup d’amateurs d’histoire, et surtout pour ceux qui s’intéressent à la vie et à la personnalité de la Reine Marie.

Qui fait partie de l’équipe qui a lancé ce projet ?

L’équipe qui a travaillé au lancement de ce projet est constituée de Florin Pîrlea, Mihai Floroiu, Răzvan Tudor Grigore, Monica Pîrlea, Oana Cerchia, Laura Ostafe, Liviu Ţăranu, Ionuţ Matei et Vlad Harabagiu. Le promoteur de ce projet est Florin Pîrlea, président de l’Association Identité culturelle contemporaine et passionné par l’Histoire de la Roumanie. Mihai Floroiu est, quant à lui, le coordonnateur de ce projet.

Pourriez-vous nous donner plus de détails sur ce site ?

Je souhaite préciser d’abord que l’organisation de ce site de documentation a été soutenue par les Archives nationales de Roumanie. Le projet « Reine Marie de Roumanie » est la continuation et le développement du projet culturel « La Reine Marie – La Grande Dame de la Diplomatie Européenne » mis en place à l’initiative de l’Association Identité culturelle contemporaine. L’idée initiale a été de réaliser une exposition de photographies concernant les visites de la Reine Marie à l’étranger, en Europe et aux États-Unis, dans les années qui ont suivi la Grande Guerre. Le vernissage de cette exposition a eu lieu à Florence, le 1er décembre 2019, à l’occasion de la fête nationale de la Roumanie.

En octobre 2019, les media français ont parlé d’un événement concernant l’attribution du nom de la Reine Marie de Roumanie à une allée au centre de Paris. Pour mieux faire connaître cette reine, pourriez-vous nous dire quelques mots sur sa personnalité ?

Son journal, L’histoire de ma vie, nous aide à faire plus ample connaissance avec cette princesse anglaise devenue la deuxième reine de l’histoire de la Roumanie moderne, épouse du prince héritier de la couronne, devenu ensuite le Roi Ferdinand I de Roumanie. Elle est née le 29 octobre 1875 à Eastwell Park, dans le canton de Kent en Grande Bretagne. Son nom est Maria Alexandra Victoria de Saxe-Cobourg et Gotha. Elle était grande princesse de Grande Bretagne et d’Irlande, fille du tsar Alexandre II de Russie et de la tsarine Maria Alexandrovna, née princesse Marie de Hesse et du Rhin, et petite-fille de la reine Victoria 1ère. Elle est morte le 18 juillet 1938 à Sinaia, en Roumanie.

En effet, le 15 octobre 2019, un hommage a été rendu à la Reine Marie de Roumanie. La décision de l’administration de la capitale française de donner le nom d’une allée à cette reine prouve la reconnaissance de sa contribution lors de la Conférence de paix tenue à Paris entre 1919 et 1920. On commémore donc un siècle depuis ces événements où la Reine Marie a défendu la cause de la Roumanie devant les Grandes Puissances. Elle a eu un rôle essentiel dans la reconnaissance de la Grande Union roumaine de 1918 et de l’accueil de la Roumanie du côté des vainqueurs de la Grande Guerre. La cérémonie du mois d’octobre 2019 a eu lieu en présence de la famille royale de Roumanie.

La visite de la Reine Marie en France et en Grande Bretagne a été décidée par le Roi Ferdinand qui, connaissant les capacités diplomatiques de son épouse, lui a confié une mission non-officielle à Paris et à Londres afin d’obtenir la reconnaissance de la part de ces pays des nouvelles frontières de la Roumanie d’après-guerre. Lors d’une visite devenue légendaire, la reine a joué un rôle important à Paris auprès du premier-ministre Georges Clemenceau qui la reçoit avec la garde d’honneur au Palais de Élysée.    

Sur le site mis en ligne et dédié à la Reine Marie, on peut lire, mais aussi regarder des films d’époque faits à l’occasion de la visite de la Reine Marie aux États-Unis, à New York et à Washington où elle avait été reçue avec des fleurs et des applaudissements, ses photos faisant la une des journaux longtemps après sa visite. Ce voyage de 1926 intervenait dans un contexte en effet historique pour la Roumanie.

Le site met également à la disposition du grand public des documents d’archive et des photos liés à d’autre visites de la reine en Transilvanie, en Bucovine et en Bessarabie.

Entre le 13 avril et le 28 juillet 2019 la ville de Reims a accueilli au Palais du Tau une exposition portant le nom de Marie de Roumanie reine et artiste. J’ai eu la chance de visiter cette exposition et de constater l’intérêt du public pour cette reine amoureuse des arts. Que pouvez-vous nous dire sur ses qualités d’artiste ?

C’est une information intéressante que vous me donnez, et je suis heureuse d’apprendre l’organisation en 2019 de cette exposition. Les qualités artistiques de la Reine Marie ont été reconnues lors de son tournoi diplomatique de 1919. Le président français Raymond Poincaré lui a décerné la Légion d’Honneur. Elle a été reçue avec une grande admiration et enthousiasme par les Français qui ont fait d’elle la première femme ayant reçu le titre de membre honorifique de l’Académie des Beaux-Arts. On connaît la passion de la Reine Marie pour l’art et les fleurs, et on sait aussi qu’elle possédait un atelier de peinture installé dans le château de Pelisor. Elle avait une vraie passion pour le jardinage qui la rendait heureuse. Elle a été d’ailleurs surnommée la reine jardinière grâce aux merveilleux jardins qu’elle avait aménagé autour des résidences royales de Balcic, Bran, Cotroceni, Scroviste et Copaceni. On peut trouver des informations relatives à ce sujet sur le même site Internet. Le journal de la Reine L’histoire de ma vie contient également des informations sur sa passion pour la musique classique et la littérature. Ce journal est à lui seul un témoignage de la personnalité tout à fait exceptionnelle de cette femme.  

Une des grandes qualités de la Reine Marie a été sans doute son sens de la diplomatie. Comment définiriez-vous ces qualités ?

La Reine Marie a su utiliser son charme naturel et son intelligence au service des négociations en faveur de la Roumanie. Dans toutes ses rencontres à Paris ou à Londres elle a fait preuve de persévérance dans les dialogues qu’elle a engagés au service de son pays. Sa principale qualité était le respect de ses interlocuteurs, tout en étant persuadée que son sourire « était plus convainquant que tout débat politique ». On connait la célèbre réponse donnée par la Reine aux journalistes qui lui demandaient quel était l’objectif de sa visite à travers l’Europe : « Pour rendre un visage à la Roumanie – elle avait besoin d’un visage et je suis venue lui prêter le mien ». Le Premier-ministre roumain Ionel Bratianu reconnaissait, à la fin du tournoi de la reine en Europe, que « Marie a réussi en quelques jours ce que les politiciens n’avaient pas réussi à accomplir en un mois ».

Quelle est la situation actuelle en Roumanie concernant le travail de réhabilitation du passé et principalement de la mémoire liée à la monarchie ?

Je pense que la mise en ligne du site web dédié à la Reine Marie est un argument important qui nous fait dire que le passé et les grandes valeurs de la Roumanie, comme elles ont été illustrées par la Reine Marie, ne sont pas complétement tombées dans l’oubli. Les historiens, les personnalités culturelles et les passionnés d’histoire ont écrit ces derniers temps des livres, ont organisé des événements culturels et des expositions de documentation. Récemment, sont sortis deux productions cinématographiques dédiées à la personnalité de la Reine Marie : « Marie – le cœur de la Roumanie » (documentaire) et « Marie, Reine de Roumanie » (long-métrage artistique). En 2019 a eu lieu à Bucarest à la Gallérie Galateea une exposition portant le nom « Romania’S English Queen » dirigée par le photographe et le curateur d’art Dan Draghicescu. L’exposition réunissait environ 11 photographies en noir et blanc et 11 autres en couleur faites à Paris au début du XIXe siècle. Ces photographies sont des illustrations mémorielles du rôle politique de la Reine, mais aussi de sa vie privée très riche. Personnellement, j’ai organisé trois sessions de cours à l’École d’été de Sinaia sous le patronage de l’Institut d’investigation des crimes du communisme et La mémoire de l’exil roumain pour présenter à des étudiants roumains et étrangers les personnalités du Roi Michel et de la Reine Marie. En ce qui concerne le possible retour à la monarchie, je ne me prononcerais pas. Je citerais à ce propos de manière tout à fait spontanée le vers du célèbre poète roumain Mihai Eminescu Le futur et le passé ne sont que deux faces de la même page ».

Interview réalisée et traduction du roumain, Dan Burcea

 

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