Critique Poésie

La poésie comme élégance du firmament : « Poèmes sous-vide » d’Hélène Révay

En ouvrant le volume de « Poèmes sous-vide » on s’attend à devoir traverser un paysage lunaire qui soumet le langage à ce que nous pourrions appeler une suffocation symbolique, une infirmité due à sa condition imposée de survie anaérobique.

En effet, nous rappelle Hélène Révay, tout bannissement, toute condamnation au silence imposés au langage conduisent fatalement à l’épuisement des mots, au poison d’un ostracisme mortel, à la paralysie de l’être. N’est-ce pas ce qui arrive à sa voix lorsqu’elle prête l’envergure des ailes à l’oiseau désirant le vol ultime ? « Je meurs dans tes saisons/comme l’oiseau suppliant,/de devoir faire encore, et,/avec toi, un dernier voyage » ? – écrit-elle. L’absence du bienaimé, celui par qui pourrait advenir la survie à l’écho qui lui répond, comme « une partie qu’on perd,/mais qu’on reprend toujours/sans savoir y gagner », est d’autant plus ressentie comme un naufrage dans « un paysage d’outre-monde ».

Que reste-t-il donc à la poésie pour déployer à toute envergure ses ailes ?

Convoquer les mots du plus profond territoire de la mémoire est tout aussi urgent et tout aussi vital que de répondre à la grâce des étoiles comme manifestation d’une élégance avec laquelle l’amoureuse invite son partenaire à rejoindre le firmament. « Qui ne vaincra cette grâce/ne se vaincra jamais », décrète-t-elle, les yeux fixés sur ce que les étoiles peuvent offrir comme nourriture à ses rêves. Plus encore, par tout ce que « le feu du soleil » lui promet de vivre dans un « inlassable été ».

D’où vient cette urgence que l’écriture impose à Hélène Révay pour l’aider à abreuver son inlassable désir de rêve ? Ne plus écrire vaut pour elle un renoncement annoncé à tout ce que la beauté du monde lui offrirait dans « l’orgiaque du matin/et la frayeur du soir », et à une gloire qu’elle s’était promise comme un sommet d’où on affronte « le privilège des larmes ».

Selon elle, s’il y a une promesse que la poésie ne peut décevoir, elle consiste justement dans cet éclat stellaire qu’elle peut donner aux mots et aux rêves. Ainsi ne reste au poète que l’urgence « de défier l’indicible », d’affronter « la vastitude, [le] chant d’amour, [la] solitude » et nous conduire « sur le chemin propre/vers l’étonnement ».

Voici donc le magnifique portait qu’Hélène Révay dresse du poète allant au secours des mots et à la conquête des immensités stellaires.

Rien et personne ne pourrait lui reprocher les traits et les couleurs dont elle compose cette image, car, en fin de compte, c’est d’elle-même et de son auto-portait qu’il s’agit…

Dan Burcea

Hélène Révay, « Poèmes sous-vide », Éditions Unicité, 2019, 44 p.