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Rentrée littéraire 2019 – Interview Odile d’Oultremont : « Je suis fascinée par les individus ordinaires »

Odile d’Oultremont publie son deuxième roman «Baïkonour» qui marque, selon ses déclarations, une nouvelle étape dans sa carrière. Le voyage entre l’écriture des scénarios et celle des romans est pour elle une réussite, compte tenu du succès de son premier livre, «Les déraisons» et de la promesse tenue par la parution de ce deuxième tome. Sa force réside dans son aptitude constante de saisir le quotidien et tout ce que celui-ci a de commun, voire d’insignifiant et d’en extraire à la fois son essence et son unicité. C’est dans cet univers romanesque que ses personnages s’installent pour nous livrer leurs secrets, leur fragilité et leurs espoirs.

Trois jours à peine après la parution de son roman, Odile d’Oultremont nous fait part de sa joie et de son émotion au moment où son livre s’apprête à rencontrer le public.

Après le succès de votre premier roman, vous récidivez avec un nouveau livre qui semble vous avoir demandé de « planquer vos doutes dans un coin, le plus étroit possible ». En quoi l’écriture de ce second roman a-t-elle été différente de la première ?

Les doutes venaient du fait qu’on vous attend forcément un peu au tournant après un premier roman, qui peut, pour certains, être envisagé comme « un accident de travail ». Mon souci c’était de comprendre si j’étais capable d’en écrire un deuxième, d’en faire une discipline durable. Et puis étrangement, une fois mon histoire « capturée », l’écriture a été incroyablement fluide. J’y ai pris un plaisir fou et en même temps, j’ai à peine vu passer ces 4-5 mois de travail.

Je profite de l’occasion pour vous demander comment écrivez-vous.

Une première période de recherche d’un sujet ou je suis à l’affut de n’importe quoi qui pourrait me mettre sur la piste de la bonne histoire. Ensuite je la triture, puis la structure dans ma tête avec quelques notes en support. Et ensuite je pars en écriture d’un seul trait.

Pourquoi avoir donné comme titre à votre roman « Baïkonour », le nom du cosmodrome situé au Kazakhstan. Y a-t-il un lien au moins métaphorique entre les deux ?

Étrangement, le titre s’est imposé avant même l’histoire. J’ai construit une partie de la trame autour.

Vous nous amenez à Kerlé, une petite ville au bord du golfe de Gascogne où la présence de l’Océan est saisissante. Doit-on, ici encore, chercher un certain lien avec le projet narratif de votre roman ?

Je cherchais un environnement propice à l’horizontalité, par opposition à la verticalité de la grue. La mer s’est évidemment imposée, ensuite la Bretagne, car je connais un peu cette région et que lorsque j’y vais je m’y sens bien.

Nous faisons connaissance avec deux univers familiaux différents : la famille Savidan – Vladimir, Edith, Anka, d’un côté ; la famille Bogat – Marcus et Bernard, de l’autre. Peut-on parler de vies ordinaires devenues soudainement sous le coup du hasard des destins qui s’attirent pour finir par se croiser ?

Je suis fascinée par les individus ordinaires. Je pars souvent de personnages aux « petites histoires » et ensuite se constituent, par accumulation d’observations, par transitions que j’espère les plus subtiles possible, des trajectoires plus épaisses.

Pour reprendre une de vos formules, vous résumez votre livre comme étant « une histoire d’amour, de grue, de potages et de renaissance ». Comment interpréter cette définition ?

C’était une formule que je trouvais amusante à destination des journalistes. Une sorte de teasing. C’est difficile de donner envie à d’autres de lire son propre roman. Surtout à la Rentrée Littéraire, ou près de 500 ouvrages se partagent les rayons de librairies déjà surchargées.

Dans le cadre de l’action du roman, se détachent deux protagonistes, Anka et Marcus. Pourriez-vous nous les décrire, en nous précisant ce que vous avez voulu incarner par chacun d’entre eux ?

Anka, fauchée par le deuil, est ultra lucide courageuse et déterminée. Elle incarne pour moi la jeune génération, contemporaine, de ces femmes qui veulent gagner leur place. Marcus, lui, l’a trouvée. Il savoure ce qu’il a et découvre, en même temps, presqu’ahuri, ce qui lui a toujours manqué : l’amour. Son regard novice porté sur cette région qu’il ne connait pas, à 50 mètres de hauteur, depuis la cabine de sa grue, est une façon de traiter les choses qui nous est commune lorsque nous observons l’inconnu, les inconnus, lorsque nous intégrons et acceptons les différences.

Que diriez-vous de leur improbable histoire d’amour ?

Je n’en sais rien, je ne l’ai pas écrite mais je leur souhaite qu’elle soit heureuse !

Pour revenir à la construction de votre narration, je choisirais deux axes, celui de l’espoir et celui de la mémoire. Quelle place leur donneriez-vous dans l’économie de votre récit ?

L’espoir est envisagé de manière très différente par Anka et par sa mère, l’une le considère comme une petite mort, ne lui réserve aucune place, elle lui préfère la réalité brute qu’elle envisage comme sa seule alliée, l’autre entrevoit l’espoir comme une forme de survie. La mémoire est traitée plus sous la forme de la transition, il me semble. Tout ce que l’on garde et le reste avec lequel on se doit de prendre de la distance.

Espoir et mémoire riment également avec renaissance et avec ce que Marcus appelle une victoire contre « l’altérable ». Peut-on de ce fait nommer « Baïkonour » un récit de résilience ?

Oui je pense. Et la renaissance en est effectivement le thème central. La renaissance d’Anka bien sûr, en s’offrant enfin de suivre sa propre voie, celle de Marcus lorsqu’il reprend contact avec la vie, celle de son père qui prend conscience qu’il a un fils et celle de la mère d’Anka qui entame une nouvelle vie sur la perte d’une autre.

Votre roman s’apprête à rencontrer son public. Que pourrions-nous lui souhaiter en ce début de période promotionnelle ?

Qu’il le rencontre, effectivement (rire)

 

Interview réalisée par Dan Burcea

Odile d’Oultremont, Baïkonour, Éditions de l’Observatoire, 2019, 224 p.