Les invités de Lettres Capitales : Cristiana Eso

 

Écriture dans la flamme

Jours atones

d’un froid soleil de chandelle.

La clepsydre a basculé,

projetant ses couleurs usées.

 

Près du fort, au bord du rivage.

surprenons les promesses devenues oiseaux.

 

Révélations. J’écoute.

Poussent des lierres robustes,

tels les bras du chandelier vers leurs lumières.

 

Géorgiques

« Mon œil se délecte des bestiaires

qui glissent des calendriers.

L’été décroît

et son ventre plantureux s’étire sur les champs.

Je sens comme il goûte mon être.

Sur mon chemin, une mélopée sublime,

l’étoile du Nord se gémine.

 

Dans la forêt effeuillée de ses poèmes,

serrées, les respirations des blés émergent,

puis s’affaissent alourdies de chaleur.

Je sue en soudant le passé au présent,

je vis en monnayant la perle de chaque matin.

 

Les grillons ont cessé de troubler la toile du crépuscule.

Après avoir poursuivi les griffons,

mon œil se languit des herbes tendres,

guettant la floraison des rocailles

sous les chatoiements lunaires.

Les oiseaux cascadent au dessus des remous

rafraîchissant l’air argenté,

les langages des arbres se mélangeant dans la torpeur.

J’écume de ses lucioles l’air effervescent,

en le passant par le tamis des rêves.

Ce qui sort de la sphère du bonheur

se voit figé dans des gemmes.»

 

Inspiration hivernale

Au cœur d’un gel séraphique,

le soleil se coagule en porphyre,

puis tombe au-delà du monde.

Orgues de cristal.

 

Concerto à contempler.

Le jeu des flocons traversé par des aigles.

 

Le châle vaporeux protège du froid de la solitude.

 

Poesia di Tiziano

Il descend des grands nuages un calme souverain, grisant les cimes,

tandis que la pluie devient sacre.

Le lac reflète une autre vérité.

 

Le cygne réveille

les tourbillons de la douce saison,

mais dans ses remous le lac demeure

indéchiffrable.

 

Imperceptiblement,

entre l’arc de l’aile et la courbe du sein,

un rythme intérieur.

Expérience féconde

à chaque changement de clarté.

 

À une fenêtre, la jeune femme.

Le lac et la beauté opaline des hauteurs.

Une aile blanche émergeant de l’inertie.

L’immobilité de la femme, l’origine d’un autre envol.

 

Dialogue entre l’arbre et le jeune poète

Le jeune : –  Noble Seigneur,

vous qui vivez paisible ici comme ailleurs,

et toujours en mouvement,

du marin-poète, il ne restera que l’ancre.

 

L’arbre : – Je me suis rallié à tout ce qui se tait.

Je rassemble les paroles égrainées dans le monde

par celui qui a été aimé tel un arbre,

dans le feu de chaque être.

 

Le jeune : – Le poète

est entré dans ce que poésie signifie.

 

L’arbre : – Solaire nourriture.

Son dire tournoie dans l’inconnaissable.

Pierre, Chair et Chaire.

 

Le jeune : – Mais le poète est de ces ciseaux qui tranchent le désespoir.

Jamais d’arrêt, toujours cadence et respiration.

Non pas des accords,

seul le battement d’un tambour.

Le poète est parti.

Une unique fois je pourrai le suivre.

 

L’arbre : – Je me retire méditer dans la menue graine,

et je reviens,

en même temps que les grandes aigrettes,
frémir les rimes que nous, les arbres, recevrons des poètes,

depuis cinq étoiles attachées par une chaînette,

aux jeunes amoureux,

Soleil.

J’ai fait pousser des tresses fleuries

pour que l’enfant-poète puisse s’y balancer.

Je ne serai jamais vaincu par l’attente,

puisque je suis un arbre qui a vu un enfantement de poète.

Ainsi elle fut temps pour mon temps.

La mère – une statue soutenue par la lumière d’un vitrail.

 

Le jeune : – L’ homme,

terre ensemencée par les mots.

Le chant,

jusque dans le bruissement de cataracte du crépuscule.

***

Ces poésies ont été publiées dans le recueil Artisans de l’invisible, publié chez Marsa Éditions en 2020.

Vous pouvez commander ce recueil sur le site de marsa@free.fr

A consulter également : www.revue-a.fr

 

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