Nicoleta Dabija : L’écriture exige d’être coupé du monde

 

Le jour du confinement a coïncidé pour moi avec le moment où j’avais commencé à écrire un nouveau livre. Après une pause d’environ trois ans. Comment ne pas être heureuse ? Comme si mon âme n’attendait que ça, rester seule et commencer un dialogue avec elle-même. Et surtout qu’on lui promette que cette solitude puisse durer longtemps, pour qu’elle arrive à vivre et chanter paisiblement. Oui, contrairement à d’autres formes d’art, l’écriture exige d’être coupé du monde, elle demande impérieusement de tirer les rideaux, de fermer la porte et d’écouter la musique intérieure qui existe en chacun de nous.  C’est la raison pour laquelle je pense que ce confinement est profitable plus que tout aux écrivains.

Et pourtant, je constate que beaucoup se plaignent de ne pas pouvoir arriver à écrire, à se concentrer ou à bénéficier de la concentration nécessaire. Sont-ils peut-être trop connectés à tout se qui se passe autour, regardent-ils peut-être trop la télévision. Ou, tout simplement, ils n’ont pas l’habitude de passer du temps en famille ou tout seuls. Moi, j’ai de l’expérience dans le domaine. J’habite toute seule et j’aime beaucoup ça. Si je n’avais pas mené pendant si longtemps ce genre de vie, je ne serais jamais arrivée à une si parfaite amitié avec moi-même. Pendant des années j’ai fait du télétravail, ce qui fait que maintenant, pendant cette période je me fais plus de soucis pour les autres que pour moi-même. Je laisse ces soucis attendre jusqu’au soir (non pas par égoïsme, mais par une forme de sagesse, car même si je me faisais des soucis pendant la journée, je ne pourrais malheureusement pas changer grande chose). Sinon, j’écris, je traduis, je lis, je note mes idées telles qu’elles viennent, et elles sont nombreuses. Pour moi, la littérature est un refuge qui en temps d’alerte à la bombe, au virus, devient encore plus accueillant, plus protecteur. Protégée par son cocon maternel, ma peur disparait, je n’ai plus peur de rien.  

Nicoleta Dabija est une écrivaine roumaine née en 1978 à Constanța. Après un master en Histoires des Hébreux et Hébraïque à l’Université Al. I. Cuza de Iaşi en 2008, la même année elle obtient un doctorat en philosophie avec la thèse Métaphysique et confession.

Elle publie des essais, des chroniques et des interviews dans plusieurs revues roumaines. Elle est l’auteure d’un volume d’essais Nopţile lui Cioran (Editura Contemporanul, 2011), d’un livre d’interviews O lună în confesional. Convorbiri cu Liviu Antonesei (Editura Eikon, 2014; réédité en 2016) et d’un ouvrage de philosophie Intimitatea spiritului. Metafizica în timpul confesiunii (Editura Eikon, 2015).

Elle a traduit intégralement en roumain l’œuvre poétique de Giuseppe Ungaretti dans le volume O viață de om (Editura Paralela 45, în 2018).

En 2018, elle fait ses débuts en poésie avec le recueil Aici nu se moare niciodată (Editura Vinea).

En 2019, elle publie des essais Îndrăgostitul cu o sută de chipuri, suivi en automne de son premier roman A doua viață (Editura Paralela 45).

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