Écrire/Être écrivain : Brigitte Maillard

 

Tu sais, je n’ai pas reçu le silence

 

Écrire pour en finir avec le monde, c’est vivre.

Pour dire un peu, pour dire peut-être, pour dire demain ?

Que dire de la douleur qui nous sépare, que dire de la majesté des siècles, que dire de la vie qui s’affaire en chacun de nous ?

Écrire tant que le rêve te tient par la manche, écrire une larme de roseau, un tout petit accent, une portée délicieuse. Écrire sans le dire à personne, au vent peut-être.

Nous sommes invités à plonger dans le corps de rêve qu’est le poème. Au fil des mots, ce langage du monde vu de l’intérieur nous entraîne. La chanson est douce. Nous la comprenons et il nous prend même un coup de féerie. La lampe est allumée. La femme assise, silencieuse. Les mots sont éparpillés sur le sol. De la main gauche, elle tire de son cœur de fines lettres qui allongent le fil fixé à la lune. L’index droit imprime sur le papier un mouvement qui fait tourner les lettres sur la page… et la lune descend.

Il y a les écritures du jour et celles de la nuit. Celles-ci vont et viennent dans le silence, heurtées par le soleil. J’aime la nuit qui arrose le jour de sa présence. Se souvenir de cette nuit où les mots ont pris couleur poème. Ils tiennent le monde… Une nuit éveillée où j’ai su que le monde n’existait peut-être pas. Les mots bouleversent l’ordre du jour. Comme s’ils étaient tout au long de leur récit, le dernier rempart. Face à ce qui n’existe pas. Je les note, comme toujours. Ils me ceinturent la taille, me tiennent à bout de bras alors que je ressens, physiquement, l’absence du monde. Seuls les mots parlent de lui. J’entre dans la nuit de l’invisible, il y a là ce qu’il n’y a pas, et je ressens une bien étrange solitude que seuls le poème et le silence peuvent exprimer. Belle nuit, là où tout se vit, l’intime et le fragile, là où la dérive se porte à merveille.

Pensées vertigineuses de l’écriture. Des lettres assemblées à tort, à raison. Je marge dans les feuilles blanches. Tu sais, je n’ai pas reçu le silence ?

L’écriture, passerelle en dedans au dehors, au dehors au-devant. L’écriture portefeuille de l’avenir, comme de la présence. J’aime quand elle avance dénudée, vivante au premier regard, œuvre de l’expérience.

Écrire pour que la vie redevienne ce qu’elle n’a jamais cessé d’être.

Brigitte Maillard, 16 août 2020

Crédit photo Yves Ducret

Brigitte Maillard auteur/poète interprète vit en Bretagne. Après des études de lettres, une vie de comédienne, puis de travailleur social en protection de l’enfance, elle s’oriente dès 2004 vers la poésie et la chanson et reçoit le prix de la chanson poétique « La Rose d’Argent», Académie des Jeux Floraux, Toulouse 2010. Productrice et animatrice de l’émission «Monde en poésie» Aligre FM 2010-2012, interview artistes. Un accident de vie relaté dans son autobiographie poétique parue en 2015 À l’éveil du jour fait de la poésie un chemin d’éveil. Depuis 2017, Brigitte Maillard anime les rencontres “Poèmes du jour” à la Médiathèque Alain-Gérard, Quimper. De 2015 à 2019, elle crée les éditions «Monde en poésie» autour de deux collections en poésie. Très engagée dans l’action poétique, Brigitte Maillard participe à différents événements culturels sur le territoire du Finistère sud et au-delà.

Bibliographie: La simple évidence de la beauté (2011) ed.Atlantica. Nouvelle édition revue et augmentée, poèmes et photographies de l’auteur (2019) ed. Monde en poésie Soleil vivant soleil préface Michel Cazenave (2014) ed. Librairie Galerie Racine, A l’éveil du jour (2015) ed. Monde en poésie–Livre audio lu par l’auteur (2020), L’au-delà du monde, ed. librairie Galerie Racine (2017) Prix de poésie Les Gourmets de lettres 2017. Il y a un chemin, ed. Librairie Galerie Racine, (2019) Prix Jeanne-Marvig 2020, Académie des Jeux Floraux, Toulouse Livres d’artiste La beauté à l’air libre (2016) Serge Marzin, Atelier Awen, Médiathèque Alain-Gérard, Quimper Réminiscences (2016) Denise Pelletier Atelier Engramme –Québec, Bibliothèque Nationale de Montréal.

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