Portrait en Lettres Capitales : Gundega Repše

 

Qui êtes-vous, où êtes-vous née, où habitez-vous ?

Je vis à Riga, en Lettonie, où je suis née.

Vivez-vous du métier d’écrivain(e) ou, sinon, quel métier exercez-vous ?

Oui, je suis écrivaine de mon état. J’ai étudié l’histoire et la théorie de l’art aux Beaux-Arts de Lettonie. Parfois, je collabore à la presse écrite et numérique.

Comment est née votre passion pour la littérature et surtout pour l’écriture ?

Cela est très difficile à réponde, car facile à dire des contrevérités, surtout si l’on veut concocter une histoire bien tournée et, si possible, édifiante ; or, je n’ai pas envie de mentir. Il me semble que tout a commencé par mon désir de m’exprimer. Sous la lourde chape de l’occupation soviétique, n’importe quelle forme d’expression artistique et de créativité étaient en même temps une aspiration à la liberté. Résister était un stimulus puissant ; mon premier recueil de nouvelles a été bloqué par la censure pendant 7 ans. Au fil du temps l’écriture était devenue tantôt une malédiction tantôt un moyen unique d’échapper à l’obscurité la plus profonde.  

Quel est l’auteur/le livre qui vous ont marqué le plus dans la vie ?

Là, je suis obligée d’inventer. Je lisais, je dévorais des livres dès mon plus jeune âge. Il m’est impossible de mettre en avant un seul écrivain ou un seul livre. Toutes les histoires des Moomins de Tove Jansson m’ont servi de modèles, de manuel de survie pour un quotidien heureux, tandis que les profondeurs des tristesses de l’âme rappelaient l’œuvre de Shakespeare ; pour puiser plus de force et d’amour, je fréquentais la poésie française du XXe siècle. Pour compléter le tonus du quotidien, la puissante et novatrice poésie lettone des années ’70. J’ai connu une période Iris Murdoch, John Fowles… Et tant d’autres.

Quel genre littéraire pratiquez-vous (roman, poésie, essai) ? Passez-vous facilement d’un genre littéraire à un autre ?

Le passage d’un genre à un autre se fait d’une façon tout à fait organique. Comme si je changeais de vêtements une fois rentrée chez moi.

Comment écrivez-vous – d’un trait, avec des reprises, à la première personne, à la troisième ?

Cela dépend. Chaque livre évolue différemment, je peux incarner tous les personnages dont j’ai besoin pour le texte. C’est le miracle de l’incarnation artistique : du Créateur lui-même jusqu’à une créature insignifiante.

D’où puisez-vous les sujets de vos livres, et combien de temps est nécessaire pour qu’il prenne vie comme œuvre de fiction ?

Là aussi, ça dépend. Je ne cherche pas les sujets, les impulsions filent comme des comètes. Mais il arrive que mes idées se transforment en pièges, même si je m’impose un cadre préétabli.  En revanche, les nouvelles je les écris en quelques heures.

Choisissez-vous d’abord le titre de l’ouvrage avant le développement narratif ? Quel rôle joue pour vous le titre de votre œuvre ?

Je le choisis parfois à l’avance, parfois non. Mais dans la plupart des cas je tiens déjà le titre, c’est comme un dôme qui permet de mettre à l’abri les personnages, là où ils peuvent évoluer. Le titre, comme idée générale, est toujours présent à l’esprit, ce qui ne permet pas aux personnages de partir en vrille. C’est le meilleur moment quand le titre arrive.

Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages et comment les inventez-vous ?

Le plus souvent, je les visualise, par instinct. Je dédie donc à chacun un dossier spécial dans des cahiers d’écolier. Ces dossiers servent exclusivement à mon usage personnel; pourtant, aucun détail de ce que contient ces documents, pourtant établis avec tant de soin, n’apparaît dans mon texte définitif.

Parlez-nous de votre dernier ouvrage et de vos projets.

Quels projets la veille d’une guerre mondiale ? – Achever honorablement les travaux entamés. Je dois terminer un roman sur une écrivaine classique de la littérature lettonne, Anna Brigadere. Actuellement les écrivains et critiques littéraires lettons se penchent sur une série d’ouvrages qui comporte 13 romans, des biographies romancées faites par les écrivains, et 13 biographies « classiques » faites par des critiques littéraires[1]. Et il faut que je mette au point mon recueil de poésies écrites juste avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Par ailleurs, un livre comprenant un choix de mes essais publiés dans la presse écrite et numérique sortira en août prochain.

(Traduction du letton et notes par Inta Smite)

(Crédits photo : Kristaps Kalns)

[1] Il est à noter que c’est une idée de Gundega, c’est un projet qu’elle porte à bout de bras. Par discrétion, elle a omis de le mentionner. Tout comme un autre projet, terminé celui-ci : elle a invité les écrivains lettons d’écrire un roman sur une période prédéfinie du XXe siècle de leur choix. Ce cycle de 13 romans intitulé « Nous. Lettonie, XXe siècle » a donné un nouvel élan à la littérature lettone contemporaine. Par ailleurs, l’Assemblée balte (https://fr.wikipedia.org/wiki/Assembl%C3%A9e_balte) lui a décerné le prix (en 2018) pour l’idée et la conception de ce cycle des romans historiques et pour son roman « Boggen » (« Bogene ») qui fait partie du cycle.

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