Portrait en Lettres Capitales : Corina Ozon

 

 

Qui êtes-vous, où êtes-vous née, où habitez-vous ?

Avant de répondre à vos questions, permettez-moi de vous remercier pour votre invitation ! Je suis née à Timisoara, mais je vis à Bucarest depuis longtemps et je crois qu’il s’agit bien de l’œuvre du destin. Lorsque je suis arrivée en 1990 dans la Capitale pour passer mon examen d’entrée à l’Université, à la Faculté de Journalisme et Sciences de la Communication, je pensais que je retournerais à Timisoara après avoir obtenu mon diplôme. Et voilà que ce „temporaire” s’est prolongé jusqu’à présent. Parce que dans la deuxième année d’études, je suis entrée dans la presse, mon premier emploi en tant que reporter pour un quotidien qui s’appelait ORA [L’Heure], et cela a été le début d’un chemin plein d’expériences inédites, de sensations indescriptibles, d’aventures extraordinaires. Après ce quotidien, j’ai travaillé à la télévision nationale sur la chaîne Antena 1 pendant plus de dix ans comme journaliste d’investigation. Toute cette période a été pour moi une véritable école de la vie, qui m’a préparée pour tout ce qui a suivi. C’était la période sans Internet et téléphones portables, avec stylo, papier et machine à écrire. C’était un véritable test de survie. J’ai l’habitude de dire que le journalisme n’est pas un métier, mais un état d’esprit, et qu’on reste journaliste toute sa vie, même si on part et on fait autre chose, parce que le journalisme est comme un germe qui pénètre dans notre sang et qui nous „contamine” pour le restant de la vie. Dans mon cas, cette expérience intense a marqué toutes les actions qui ont suivi. Lorsque j’ai décidé de quitter cette rédaction pour travailler dans les Relations Publiques et Communication dans une compagnie nationale, je savais que tout l’apprentissage accumulé sera un bagage riche pour les nouvelles routes qui s’ouvriront dans ma carrière. Et je ne me suis pas trompée. Depuis mes débuts en littérature, il y a sept ans, j’ai publié dix livres, et j’ai utilisé des compétences acquises dans le journalisme, comme, par exemple, les sources d’inspiration, les typologies humaines, les descriptions, l’étape de documentation, l’objectivité dans une situation donnée, la discipline, la ténacité. Bien sûr, j’ai enrichi mes compétences exigées par ma nouvelle profession, qui s’est rajoutée à la fondation solide de cette école de la vie. 

Vivez-vous du métier d’écrivain ou, sinon, quel métier exercez-vous ?

Non, je ne vis pas du métier d’écrivain. Le pourcentage des droits d’auteur est presque insignifiant en Roumanie. Je suis Chef du Département des Relations Publiques et Communication dans l’Imprimerie Nationale. Ici, je me suis formée et j’ai grandi professionnellement. Pour devenir un bon spécialiste en Relations Publiques, j’ai suivi des études supérieures et un MBA français-roumain. Parce que j’étais de l’autre côté « de la barricade », c’était moi qui devait répondre aux questions des journalistes.

Quand j’ai commencé à écrire, il y a sept ans, je désirais renoncer à mon travail pour me dédier à l’écriture. Mais cela n’était pas possible. Aujourd’hui, je travaille dans la même entreprise et je ne pense plus vouloir partir. Les temps ont changé et nous vivons vraiment et de manière indiscutable dans un autre âge, les choses ont évolué, les goûts ne sont plus les mêmes. L’éthos de l’écrivain aussi, notamment avec l’utilisation des réseaux sociaux. D’ailleurs, c’est un aspect de la recherche pour ma thèse de doctorat. Je crois que l’écrivain ne peut pas vivre isolé, il a besoin des connexions avec des histoires pour la réserve créative, l’auteur de nos jours est dynamique et très impliqué dans la vie de la société. Avec les mêmes soucis de tous les jours, très terrestres, mais qu’il peut transférer dans les livres, par des formes parfois méconnaissables. On parle d’un autre genre de force créative.

Mais l’écriture m’a apporté beaucoup de richesses : les contacts humains, des amitiés, des voyages (j’ai participé à des événements presque dans toutes les grandes villes de la Roumanie, mais aussi à Londres, Vienne, Madrid, Rome, Turin, Bologne, aux États-Unis, à Detroit, Chicago, au Canada, à Toronto et à Montréal). Je me présente comme une collectionneuse d’histoires. Et je suis reconnaissante pour tout.

Comment est née votre passion pour la littérature et surtout pour l’écriture ?

Depuis que j’ai lu les premières contes de fées, c’est à dire depuis longtemps. Je crois que l’essentiel de la condition humaine est contenue dans les contes de fées, tout le symbolisme des modèles de cohabitation de l’homme avec la nature est enfermé dans des séquences narratives transgénérationnelles. J’étais élève quand j’avais commencé à écrire dans un cahier sur des évènements importants, puis des histoires imaginaires.

Ensuite, comme étudiante à la Faculté des Philologie j’ai approfondi cette passion pour l’écriture et pour la littérature. La Faculté de Journalisme a dosé très bien l’épanchement métaphorique et a perfectionné mon style d’écriture. Rien ne se passe au hasard. En 2014, je faisais mes débuts en littérature.

Quel est l’auteur/le livre qui vous ont marqué le plus dans la vie ?

Chaque étape de ma vie a été marquée par plusieurs livres, mais les contes de fées et les histoires ont eu un impact premier, d’où la forte vague créée, comme des batteries qui te chargent pour toujours.

Quel genre littéraire pratiquez-vous (roman, poésie, essai) ? Passez-vous facilement d’un genre littéraire à un autre ?

Les trois. J’ai publié dix romans et des essais dans des revues scientifiques. J’écris de la poésie pour moi seulement. Le passage d’un genre à l’autre est facile pour moi et reflète mes états intérieurs, ce sont des formes d’expression de mes identités, dans des différents moments de ma vie.

Comment écrivez-vous – d’un trait, avec des reprises, à la première personne, à la troisième ?

Ça dépend de l’action, il y a eu des situations quand j’ai écrit d’un trait. Mais j’ai des livres sur lesquels j’ai travaillé deux ou trois années (comme le roman „Le Code de Zoran” et „Au-delà de la tempête”).  L’écriture à la première personne a passé avec succès les grilles des lecteurs dans la série „Les Amants” (Amanții, 2014-2021, Editura Herg Benet), cinq volumes, le sixième va paraître bientôt. Elle est devenue une marque de la série, parce qu’elle est écrite comme une suite de monologues, dans lesquelles les lecteurs se sont retrouvés. Les personnages semblent très familiers. Les autres livres ont été écrits à la troisième personne et dans un autre registre.

D’où puisez-vous les sujets de vos livres, et combien de temps est nécessaire pour qu’il prenne vie comme œuvre de fiction ?

Je m’inspire de la réalité, nous ne connaissons pratiquement pas bien la réalité, nous ne rapportons à la réalité par de repères que nous avons nommés, l’écriture littéraire est un moyen de communication sur un autre niveau pour comprendre la réalité et ses zones d’exploration sont inépuisables.

Choisissez-vous d’abord le titre de l’ouvrage, avant le développement narratif ? Quel rôle joue pour vous le titre de votre œuvre ?

Le titre est très important, non seulement pour le côté marketing, mais parce qu’il représente « la petite bouteille remplie d’élixir ». Pour „Tentations” (Tentații, 2016, Editura Herg Benet) j’avais le titre avant d’écrire le roman, et ce fut le cas aussi pour les volumes de prose „Jusqu’à ce que je sois guéri de toi” (Până când mă voi vindeca de tine, 2016, Editura Herg Benet) et „Sur l’amour, avec des instructions d’utilisation”. (Despre iubire, cu instrucțiuni de folosire, 2017, Editura Univers)

Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages et comment les inventez-vous ?

Je crois que tous les auteurs sont attachés à leurs personnages et ont des préférences. Une fois dessinés et laissés entrer dans le monde réel, ils ne peuvent pas être oubliés. Pour moi, qui ai écrit une série de six volumes, les personnages sont vivants, je projette leur histoire sur un écran imaginaire énorme. Pour créer des personnages, je suis très attentive pour qu’ils ne se ressemblent pas et cela présume un sens du détail qui est ressenti par le public. Pour construire mes personnages, j’observe les gens et le spectacle goffmanien.

Parlez-nous de votre dernier ouvrage et de vos projets.

Peut être une image de texte qui dit ’A Èasea carte din seria Carantina amanților un roman de Corina Ozon EDITURA HERG BENET’Mon dernier ouvrage publié est le roman „Au-delà de la tempête” (Dincolo de furtună, 2019, Editura Herg Benet) qui met en lumière l’histoire réelle du peintre roumain Dimitrie Berea, établi aux États Unis où il a été très apprécié. L’action se déroule sur deux plans temporels, dans plusieurs pays (Canada, États-Unis, France, Roumanie). Le passé remonte jusqu’au présent pour fermer un cercle karmique. Les actions s’étendent sur une période large, à partir de la Seconde guerre mondiale et jusqu’à nos jours.

L’ouvrage qui est en cours de parution est le sixième volume de la série „Les Amants”, intitulé „La quarantaine des amants” qui garde la même note d’humour attendue par le public, un roman contemporain que j’ai écrit pendant l’année dernière dans les conditions d’une pandémie sur laquelle on ne savait rien. Les lecteurs ont été curieux de connaître les actions des personnages dans cette période.

Cette année j’espère finir un livre que j’ai commencé il y a plus de deux ans, un livre différent, un thriller policier, basé sur des faits réels.

Un autre projet en cours est ma thèse de doctorat, que j’ai finie cette année, une recherche sur le comportement en ligne des écrivains roumains. J’ai publié déjà quelques fragments préliminaires dans des revues scientifique. La thèse est en cotutelle français-roumain, entre l’Université Paul Valery de Montpellier et l’Université de Bucarest.

Corina Ozon est diplômée de la Faculté de Philologie (roumain-français), Université de Timișoara, et de la Faculté de Journalisme et des Sciences de la Communication de l’Université de Bucarest. Elle est actuellement doctorante en cotutelle à l’Ecole Doctorale des Sciences de la Communication, Université de Bucarest et au CTS-IARSIC, CORHIS EA 7400, à l’Université Paul Valéry de Montpellier. Elle a publié neuf livres à la Maison d’édition Herg Benet (Série Les Amants – cinq volumes, 2014-2018, le volume de prose Jusqu’à ce que je sois  guéri de toi, 2016, le roman Tentations, 2016, le roman Le Code de Zoran), 2018, Au-delà de la tempête, 2019) et un livre à la Maison d’Edition Univers (Sur l’amour, avec des instructions d’utilisation, 2017). Ses livres ont eu succès depuis le début, la série Les Amants étant considérée comme un vrai phénomène littéraire qui a rassemblé une grande communauté de fans. Le premier volume, Les Jours des Amants, a été mise en scène comme one woman show par Teatru la Infinit, un théâtre indépendant. (2019)

Elle a été nominée dans le Top 100 des femmes de succès pour 2017, réalisé par Capital Magazine. En 2015, elle a gagné Silver Award for Excellence (catégorie Social Media) dans la Gala PR Award, pour la promotion de ses livres.

Le sixième volume de la série Les Amants- La Quarantaine des amants est en cours de parution à la Maison d’Edition Herg Benet.

Corina Ozon réalise une série de podcasts sur la chaîne YouTube. Son site d’auteur est corinaozon.com.

Sa devise : Le succès ne doit pas être un objectif, mais le résultat d’un travail soutenu et professionnel.

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