Portrait en Lettres Capitales : Alain Hoareau

 

Qui êtes-vous, où êtes-vous né, où habitez-vous  ?

Au gré des mutations, je suis né au Niger d’un père militaire originaire de la Réunion, né aux Commores mais ayant vécu à Madagascar  et d’une mère aveyronaise, née du côté de Nice.  Allez chercher des racines dans tout cela… elles sont de celles qui appartiennent au voyageur, d’ici et de nulle part, mais surtout d’ici.

Je vis actuellement dans le département des Landes, pour des raisons professionnelles.

Vivez-vous du métier d’écrivain ou, sinon, quel métier exercez-vous ?

Je suis musicien, et professeur de guitare classique au Conservatoire des Landes. Voilà, ce qui me nourrit, mais pas seulement.

Comment est née votre passion pour la littérature et surtout pour l’écriture ?

Il y a avant tout le besoin de dire, que ce soit avec des notes de musiques, des mots, des images. Il y a le besoin de lier les modes d’expression, probablement comme un voyage entre elles en ce qu’elles ont à la fois de particularités et de complémentarités. Musique et écriture sont apparues très tôt et simultanément. Mais je suis toujours tenté de dire qu’au départ était le rythme, et que de lui découle le verbe et la mélodie. Le rythme c’est la vie et la vie est une passion qui éprouve le besoin de s’exprimer pour la faire exister. 

Quel est l’auteur/le livre qui vous ont marqué le plus dans la vie ?

Voilà une question bien difficile…Je prends donc le premier nom qui me vient à l’esprit, sans qu’il puisse pour autant tout représenter : Franz Kafka. Suite à des lectures de Camus, et sur Camus une phrase d’un biographe m’avait interpellé : « faut-il brûler Kafka », voulant résumer les débats d’une époque à propos de son influence sur l’écrivain français. Il n’en fallait pas plus pour me mettre à la recherche de celui qu’un certain nombre de personnes vouait au bûcher. Et ce fut la métamorphose…

Quel genre littéraire pratiquez-vous (roman, poésie, essai) ? Passez-vous facilement d’un genre littéraire à un autre ?

La poésie s’est immédiatement imposée à moi. L’aspect musical probablement, rythmique, la forme courte et concentrée. Rien de surprenant que d’aller vers ce qui nous est le plus familier. Et puis je me suis rendu compte, que j’établissais davantage de liens entre les poèmes, que je leurs donnais une sorte de continuité et que mes différents recueils prenaient de plus en plus d’unité thématique et dramaturgique. Insensiblement l’écriture évolue et le besoin d’explorer d’autres modes d’expression se fait sentir, comme le sentiment de liberté à la traversée des frontières. De plus la poésie n’est-elle qu’une affaire de poème et le romanesque une affaire de roman ? Je ne crois pas.

Comment écrivez-vous – d’un trait, avec des reprises, à la première personne, à la troisième ?

Il y a d’abord une longue maturation sans crayon , ni papier. J’écris « d’oreille », jusqu’à entendre la structure totale de ce que je considère comme une composition. Cela peut partir d’un mot, d’une phrase , d’une improvisation, mais qui rejoint tout d’un coup une thématique longuement pensée qui n’avait jusqu’alors trouvé de terrain favorable à son éclosion. L’écriture suit alors assez rapidement, avec  peu de corrections et rectificatifs. Quant au choix du pronom personnel, il est pour moi davantage le choix d’une forme contribuant au sens du texte, plutôt que la fonction de désigner une personne précise. « Il » peut très bien être « je ». Un livre en cours joue d’ailleurs sur le passage de l’utilisation d’un pronom à un autre, mais je n’en dirais pas plus !

D’où puisez-vous les sujets de vos livres, et combien de temps est nécessaire pour qu’il prenne vie comme œuvre de fiction ?

La vie, toujours la vie…la présence au monde, aux autres, tout ce qui s’impose sans se poser la question du temps qu’il faut. Il faut tout ce que l’on a vécu pour écrire un texte de trois lignes.

Choisissez-vous d’abord le titre de l’ouvrage avant le développement narratif ? Quel rôle joue pour vous le titre de votre œuvre ?

Il m’arrive parfois de penser une expression en me disant que cela ferait un bon titre de livre. C’est d’ailleurs ce qui fut le cas pour mon dernier ouvrage : Le monologue du voisin Kafka. Disons en l’occurrence qu’il s’agit d’un fonctionnement à l’envers, mais que le titre d’un livre d’une façon ou d’une autre,  doit participer au sens du livre, tout en donnant à la fois une question et une réponse à celui qui le voit pour la première fois. C’est le jeu d’équilibre entre sentiment et raison.

Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages et comment les inventez-vous ?

Je n’invente rien. Ils existent. Je suis avec eux comme ils sont avec moi, du même voyage.

Parlez-nous de votre dernier ouvrage et de vos projets.

Après cinq recueils de poésie, Le monologue du voisin Kafka, sorte de conte philosophique, poursuit cette exploration de l’écriture vers une forme plus longue où le temps se vit davantage dans sa continuité plutôt que dans une succession d’instants saisis, comme le ferait l’objectif d’un appareil photo.

Si sa rédaction a été assez rapide, il n’en est pas moins un livre qui a mûrit pendant de nombreuses années ; il a suffi d’un moment favorable pour qu’il jaillisse. Une circonstance, une phrase, ce que l’on croit être au départ une improvisation, n’est que la mise en œuvre d’une forme qui s’est structurée, élaborée parfois même de façon inconsciente. Une improvisation, d’ailleurs, obéit le plus souvent aux règles d’un cadre formel assez strict.

Il regarde à la fois derrière et devant. Il, c’est ce  voisin Kafka, il regarde à la fois les autres et lui-même, il cherche les autres et finit par se trouver, lui. Le voisin Kafka c’est tout à la fois « je » et « il », qui finira par se trouver confronté dans un étrange combat à un douloureux dilemme, dont, bien évidemment, je ne dévoilerai pas ici la fin.

L’action se déroule dans un mystérieux château qui prend des allures de prison, sans pour autant posséder de portes verrouillées. C’est un réseau de couloirs plus ou moins obscurs, un réseau de rencontres et de solitudes qui se croisent, un réseau de parfaite incommunicabilité. Sans parler de « happy end », il y a tout de même une forme de lumière au bout.

Pour ce qui est des projets, un second livre, plus long est en cours qui poursuit à sa façon le voyage littéraire. Le retour à la poésie n’est pas exclu, bien sûr, mais je garde toujours présent à l’esprit une volonté d’associer mots, musique, images, d’aller vers ces points de convergences entre les modes d’expression, comme on aspire à ces mêmes rencontres entre les êtres.

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