Rentrée littéraire 2021. Hélène Révay, «L’Acteur (un aparté)»

 

Après  trois recueils de poésies, « Poèmes sous-vide », « J’emprunte la route qui rend fou l’horizon » ( Prix Léon-Paul Fargue 2021) et « La grande vitesse », Hélène Révay publie L’Acteur (un aparté) aux Éditions Sans Escale, une pièce de théâtre en trois parties et un seul personnage, déjà interprétée par Jos Houben sur différentes scènes parisiennes.

Dans un décor minimaliste,  l’acteur prend la parole devant un public qu’il estime gagné d’avance à sa cause, en tout cas un public qui se prête en quelque sorte contre son gré au jeu, compte tenu qu’il assistera jusqu’à la fin à son discours jubilatoire.

Cultivant sans emphase l’auto ironie et l’antiphrase, se jouant des concepts philosophiques dont il évite le développement par des pirouettes de langage du style « Mais moi, je ne suis pas… », cet homme qui atteint la cinquantaine refuse toute catégorisation qui pourrait l’enfermer dans un schéma de pensée. Il n’est ni philosophe, alors qu’il s’essaie à la philosophie, en tout cas aux sophismes, ni comédien, alors qu’il n’oublie pas de répéter que le public est à ses pieds, et cela jusqu’à la fin de son discours. Occasion pour lui d’aborder avec aisance des sujets liés à la métamorphose comme expression de l’existence, aux catégories comme le néant ou le probable, à la liberté, sans essayer de les approfondir – il reconnait son ignorance pendant son cursus scolaire dans la discipline de la philosophie – mais justement pour les présenter comme telles. Il affirme profiter de la liberté de parler faisant justement de cette liberté un (autre) sujet de réflexion qu’il balaye avec autant de désinvolture.

En cela, l’aparté semble correspondre à merveille à ce type de discours à mi-chemin entre l’éloquence et la confession, discours qui de par sa nature s’interdit à la fois à une quelconque amplitude ou étendue conceptuelle. Au fond, l’Acteur parle poussé par une envie de parler, conscient que le simple fait de la diction vaut nommer les choses, et tant pis si ces choses-là ne vivent que l’instant d’être nommées et transmises aux spectateurs élevés au rang de témoins de l’avalanche intérieure de ce locuteur assis devant eux.

Sommes-nous en présence d’une sorte de théâtre de l’absurde ? Oui et non. Oui, par les voltefaces qui aide l’Acteur à passer avec aisance d’un sujet à l’autre, non car ces mêmes acrobaties ne vont pas jusqu’au contre-sens et ne tombent pas dans le territoire de l’illogique. Qu’à cela ne tienne ! Cette fuite en avant n’est que jubilation des choses dites, une présence à travers un monologue qui ose l’audible pour arriver jusqu’à un public censé être captivé par ces interrogations sans réponse.

Tout compte fait, n’est-il pas plus intéressant d’entendre les questions de nos semblables que de se gaver de réponses toutes faites, sans tête ni queue ?

C’est en tout cas ce que l’Acteur d’Hélène Révay semble croire avec force, à tel point que n’étant en fin de compte ni philosophe ni penseur ni comédien, il devient un d’entre nous, assis à cette table, au milieu de la scène, nous invitant à nous interroger avec lui sur le monde et sur des sujets qui nous dépassent et continuer à croire que nous sommes des êtres pensants, des êtres de sagesse et de doute.

N’est-ce pas d’ailleurs ce qui nous manque si tragiquement en ce moment ?

Alors, laissons-nous porter par cet homme et laissons-le nous parler « du bien et du mal, de l’amour et du déluge, de la trahison, de la révolte, de ce grand théâtre qu’est le monde ».

Dan Burcea

Hélène Révay, L’acteur(un aparté), Édition Sans Escale, 2021, 53 pages

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