Portrait en Lettres Capitales : Florence Herrlemann

 

Qui êtes-vous, où êtes-vous née, où habitez-vous ?

C’est une question à laquelle il m’est difficile de répondre. Je dirais que cela dépend de l’instant. Nous ne sommes pas immuables, et c’est heureux.

Je suis née à Marseille, d’où cet attachement à la mer. Je navigue entre Lyon où je vis depuis quelques années et Paris où je travaille.

Vivez-vous du métier d’écrivaine ou, sinon, quel métier exercez-vous ?

Pas tout à fait encore, même si l’écriture est mon occupation principale.

À côté, j’exerce un métier sympathique qui me permet d’assurer le quotidien.

 Comment est née votre passion pour la littérature et surtout pour l’écriture ?

À la maison, la littérature était une évidence. J’ai su lire très tôt et j’ai toujours été curieuse. Ma mère lisait énormément, grâce à elle, j’ai rencontré des maîtres comme Proust, Dostoïevski, Zola, Balzac, Edgar Poe, Maupassant, Camus, Gide, Duras, Yourcenar, Sagan, Woolf….

Ils m’ont nourrie et m’ont fait grandir et continuent de le faire encore aujourd’hui.

L’écriture est arrivée un peu comme une évidence, je crois que je n’avais pas dix ans. Je n’ai jamais cessé d’écrire depuis.

Aujourd’hui, je mesure davantage ce que représente cet acte, je le fais en toute humilité. C’est terrifiant et grisant à la fois.

 Quel est l’auteur/le livre qui vous ont marqué le plus dans la vie ?

Comment répondre à cette question ?

En réalité, il n’y a pas qu’un seul livre, qu’un seul auteur. Comme je l’ai dit plus haut, ils sont nombreux et c’est tant mieux !

Dernièrement, j’ai été totalement ébloui par l’écriture décapante et bouleversante de Sarah Chiche avec « Les enténébrés » et « Saturne ».

Quel genre littéraire pratiquez-vous (roman, poésie, essai) ? Passez-vous facilement d’un genre littéraire à un autre ?

J’ai quelque part un recueil de nouvelles que j’ai écrit il y a quelques temps et que je partagerai peut-être un jour. De temps en temps, je me hasarde un peu à la poésie, en cachette ! Sinon, j’écris essentiellement des romans de fiction. C’est un genre dans lequel je me sens bien. Cependant, je ne me laisse pas aller à une certaine facilité, puisque je veille à ne jamais écrire deux fois le même roman, ce qui m’oblige à prendre certains risques que je ne mesure pas toujours. Il n’est pas rare que je me retrouve dans des situations plutôt inattendues, voire cocasses, cela fait sans aucun doute partie du jeu !

Comment écrivez-vous – d’un trait, avec des reprises, à la première personne, à la troisième ?

Je vis toute la journée avec mes personnages et l’histoire se dessine doucement. Quand je sens que c’est le moment de coucher sur le papier ce « trop-plein », je le fais. C’est un premier jet en général, mais il est suffisant complet pour me permettre d’avancer. Je ne m’inflige rien qui puisse mettre en péril le plaisir d’écrire.

Le vrai travail commence une fois l’histoire écrite, ce qui peut paraître paradoxal, c’est pourtant la réalité. Quand je reviens dans le corpus, je dois m’astreindre à de longues séances d’écriture. J’entre dans le « dur ». C’est une étape cruciale et compliquée. Je suis très concentrée sur le texte et rien ni personne ne peut me sortir de mes séances de travail. Je corrige, arrange, peaufine encore et encore, jusqu’à ce que je me décide à lâcher prise.

Quant au choix du pronom que j’utilise, cela se fait de manière assez naturelle. Le « je » l’emporte très souvent. La plupart du temps, ce n’est pas volontaire, Je ne m’y oppose pas, je laisse faire. De plus, le « je » réduit de manière considérable la distance entre le lecteur et le locuteur.

 D’où puisez-vous les sujets de vos livres, et combien de temps est nécessaire pour qu’il prenne vie comme œuvre de fiction ?

Certains sujets sont sans aucun doute le fruit de petites choses de la vie et d’émotions ressenties lors de rencontres diverses, soit littéraires, soit cinématographiques. Je suis une éponge. J’absorbe tout, comme beaucoup. Ensuite, mon cerveau fait le reste, il recycle ces émotions en une matière brute que je travaille comme un sculpteur travaille sur un bloc de glaise. Cela peut prendre quelques mois, voire quelques années. Tout dépend de la complexité du sujet sur lequel j’ai décidé d’œuvrer.

Choisissez-vous d’abord le titre de l’ouvrage avant le développement narratif ? Quel rôle joue pour vous le titre de votre œuvre ?

Là encore, il n’y a pas de règle. Parfois, le titre arrive tout seul, et je m’en tiens à ça pour découvrir jusqu’où il me mènera. D’autres fois, j’ai l’histoire et le titre arrive en toute fin. Il se peut aussi qu’il apparaisse en plein milieu du roman. Une chose est sûre, trouver le bon titre n’est pas une mince affaire, parce qu’il faut qu’il fasse écho à différentes choses dans le récit.

Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages et comment les inventez-vous ?

Je les aime, c’est certain, même si parfois je les malmène un peu. Peu importe leur caractère, leurs qualités ou leurs défauts. La relation n’est pas toujours simple. On n’est pas toujours d’accord, ça se joue quelquefois au bras de fer. Parfois, je gagne, parfois ce sont eux. Ce qui importe c’est le chemin que nous parcourons ensemble. Ce qui m’importe le plus, c’est que chaque promesse qui a été faite, soit tenue.

J’ai toujours beaucoup de mal à écrire le mot fin, à laisser mes personnages partir faire leur vie, même si je sais que bon nombre de lecteurs les accueilleront avec bienveillance. C’est mon côté mère poule !

Il serait prétentieux que je m’approprie la totalité de cette maternité. Je pense être une sorte de récepteur. Ce qu’il se passe est assez prodigieux. Les personnages arrivent sans vraiment prévenir. Ils frappent à la porte, entrent et racontent. Ensuite, j’adhère ou pas. C’est en fonction du moment, de l’humeur.Parlez-nous de votre dernier ouvrage et de vos projets.

En mars 2019 est paru L’appartement du dessous (Albin Michel), roman épistolaire. C’est l’histoire de Sarah, trentenaire, qui emménage dans un petit immeuble du haut Mariais parisien. Le lendemain de son arrivée, elle reçoit en guise de bienvenue une drôle de lettre, qui sera la première d’une longue série. Elles sont signées de sa voisine du dessous, Hectorine, dame énigmatique de bientôt 104 ans. Ses lettres ont un caractère d’urgence, elle a peu de temps pour délivrer à cette jeune Sarah un terrible secret. Un siècle de vie va être déroulé comme le fil d’une pelote. Son incroyable récit sera entrecoupé d’événements quotidiens et ponctués par la rencontre de personnages hauts en couleur qui habitent également ce petit immeuble.

Quant au prochain, comme je le disais plus haut, il est totalement différent des deux précédents. Je vous présenterai bientôt Léonor, Joseph, Robert et Jack le chien. Pour le titre, je l’ai, mais j’attends encore un peu avant de vous le dévoiler ! 

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