Portrait en Lettres Capitales : Guillaume Sire

 

Qui êtes-vous, où êtes-vous né, où habitez-vous ?

Guillaume Sire, je suis né à Toulouse, j’y vis encore aujourd’hui.

Vivez-vous du métier d’écrivain ou, sinon, quel métier exercez-vous ?

Je suis universitaire.

Comment est née votre passion pour la littérature et surtout pour l’écriture ?

Très jeune déjà, je voulais raconter des histoires. Puis avec le temps c’est devenu ma manière d’habiter le monde de la matière et des esprits : j’y projette ces parties de moi nommées « personnages », ambigües mais déterminées, chargées de placer des séries de mots sur des impressions qui sans cela demeureraient évanescentes. Mes personnages fixent. Ce sont des fixeurs. Ils attachent le Temps-qui-passe au grand mât.

Quel est l’auteur/le livre qui vous ont marqué le plus dans la vie ?

L’auteur le plus marquant selon moi, le plus infiniment moderne et moyenâgeux à la fois, celui où il y a tout, le seul suffisant, c’est Shakespeare. Tout y est. Tout est déjà là.

Quel genre littéraire pratiquez-vous (roman, poésie, essai) ? Passez-vous facilement d’un genre littéraire à un autre ?

Si l’écriture c’est de l’art, alors rien n’est facile, et si rien n’est facile c’est précisément parce que tout est permis, et parce qu’aucune frontière n’est étanche entre des prétendus « genres » ou, pire, des « fonctions ».

Comment écrivez-vous – d’un trait, avec des reprises, à la première personne, à la troisième ?

Plutôt la troisième. Cela date de mon premier roman, Les Confessions d’un funambule, dans lequel j’ai effectué, si l’on peut dire, ma « transition » entre la première et la troisième. Je n’écris jamais à propos de ma vie directement : je n’épluche pas mon nombril à la recherche d’un Fruit Sacré, pas plus que je ne confonds mon lecteur et mon psychanalyste. J’écris d’un trait. Je tartine. Je jette sur le papier une montagne de feu que je mélange ensuite à un océan de fer. Puis le travail, le vrai travail, commence : au burin, au stylet, je reprends, je réécris, et je reprends, j’écris cent fois le même roman, mille fois la même phrase s’il faut.

D’où puisez-vous les sujets de vos livres, et combien de temps est nécessaire pour qu’il prenne vie comme œuvre de fiction ?

La vie est tragique —  donc les sujets sont partout. Le plus important selon moi dans un roman, c’est que les protagonistes n’aient aucune chance dès le départ. Aucune chance… Et pourtant on espère qu’ils vont réussir à s’en sortir. Exactement comme dans la vie.

Choisissez-vous d’abord le titre de l’ouvrage avant le développement narratif ? Quel rôle joue pour vous le titre de votre œuvre ?

Le titre vient à la fin. J’en parle avec mon éditrice. C’est très dur de trouver un bon titre, parce que le titre c’est déjà autre chose que le roman ou le poème. J’envie les musiciens ou les peintres, lorsqu’ils se contentent de dire : « Étude numéro X ».

Parlez-nous de votre dernier ouvrage et de vos projets.

Je sors un roman en août intitulé Les Contreforts, qui raconte comment une famille expulsée d’un château en ruines, dans les Corbières, refuse de le quitter, malgré les gendarmes, malgré les murs qui s’effondrent, malgré les incendies, malgré le déluge, malgré la misère.

Il faut sauver l’enfance, c’est cela dont il est question dans Les Contreforts : l’esprit royal de l’enfance…

(Crédits photo de l’auteur : Renaud Knopnicki )

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