Irina Moga : Trois poèmes inédits pour le printemps de la poésie

 

Avril est le mois de la poésie – et quoi de mieux que le début du printemps pour parler d’états d’âme légers et éblouissants.

Écrire de la poésie est un processus de création basé sur la curiosité : les consonnes, les voyelles les syllabes, les mots nous intriguent ; ils ressemblent à des pièces de Lego qu’on peut assembler.

C’est là la matière première de la poésie que les poètes aiment remodeler, tourner sur sa tête, arranger sur une page et voir comment les mots respirent sur l’écran de l’ordinateur, ou sur un bout de papier, dans toute leur musicalité.

C’est le côté ludique de l’écriture qui attire les lecteurs, ainsi que son côté théâtral, car chaque poème est une mise en scène, si vous voulez, de nos idées et de nos émotions.

Le philosophe Henri Bergson disait que « l’art de l’écrivain consiste surtout à nous faire oublier les mots. » Le défi du poète est donc celui de nous dévoiler la beauté de notre vie et du monde qui nous entoure, dans un moment de sérénité.

Et l’ineffable, ce mystère de la poésie, est aussi au rendez-vous dans la lecture d’un poème ; dans les mots du poète Paul Verlaine : « Votre âme est un paysage choisi ».

La poésie joue aussi un rôle significatif dans notre éducation esthétique ; elle est l’art le plus intuitif, et le plus accessible.

Son influence nous permet d’accroître notre créativité et de nous faciliter des grandes aventures dans des multiple registres linguistiques et des découvertes culturelles, dans un dialogue soutenu à travers les continents.

Sur le plan individuel, le rôle de la poésie est celui de nous guérir.

La poésie a un effet cathartique sur notre âme, par le ralentissement qu’elle introduit dans le tourbillon de la vie habituelle.  Elle nous offre un moment de réflexion et d’introspection.

Son effet curatif repose sur la mise en évidence des nos émotions dans un jeu de de refactorisation des mots et du sens.

En ces temps de pandémie, peut-être que le moment est venu de fêter avril, le mois de la poésie, en lisant quelques poèmes par des auteurs qui nous tiennent au cœur.

La poésie est un perpetuum mobile de notre imagination.

                                                ~~~~

Novembre

Mi-novembre –

mannequins de brouillard,

signes de neige

& le soleil polissant ce qu’il en reste de l’air :

nous vivons pour une phrase.

La vertu de cette ligne,

un capharnaüm de silence.

Une sablière des sentiments dans laquelle

nous pouvons nous sentir en sécurité.

Le poids des étoiles, une luminosité qu’appartient

aux blessures des arbres:

écorce désintégrée par les tons

des flûtes desséchées.

Résidu –

poussé par la rivière,

lichen emporté par les flots, à moitié gelé :

nous vivons pour la dissimulation.

 

Insomnie légère

Un été de feuilles carbonisées et de grêle –

le mouvement d’horlogerie de la pluie

s’est calmé,

comme un grillon accablé par la chaleur.

Cela peut-être un signe caché du solstice – insomnie légère

quand vous vous laissez emporter sans effort dans le lendemain.

À peine minuit passé, je suis accueillie par la folie des oiseaux

qui veulent démanteler les portes de l’aube

avec des trilles.

Une improvisation a cappella – ses sons à traduire en mots

si seulement on connaissait le chiffre de cette dispersion

qu’ils déversent sur la terre brûlée

  • la clé secrète de l’insomnie.

Octobre

Matin d’octobre :

la lumière ­–

revers d’une lune d’argent qui

nous ancre au fond de la nuit,

où les heures passent,

comme des nombres premiers à travers le tamis d’Ératosthène,

nous rendant moins conscients de nos doubles ­–

un algorithme

de mensonges et de vents d’automne

­allongés sur l’asymptote de ce jour.

Qu’on dise d’octobre qu’il n’y a pas de frontière

à son dernier avant-poste de chaleur inconstante ­–

un moment de jouissance quand la fin est proche,

libérée du poison des nombres,

à l’intérieur des nervures des feuilles vertes.

Et nous voici, laissés pour compte,

dans la course pour suivre un été invisible –

nos cœurs en sourdine à l’aube.

Irina Moga 14 avril 2021

Irina Moga est une écrivaine canadienne membre de l’Union des écrivains du Canada (TWUC).

Son dernier livre, un recueil de poèmes en français, « Variations sans palais », a été publié aux Éditions L’Harmattan (France) en 2020.

Site Web: http://www.irinamoga.com

Twitter: https://twitter.com/poesiecanada

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