Portrait en Lettres Capitales : Catherine Cusset

 

Qui êtes-vous, où êtes-vous née, où habitez-vous ?

Je suis une romancière française, auteur de quinze romans. Je suis née à Paris où j’ai grandi et fait mes études à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm. À 23 ans je suis partie aux États-Unis, j’ai rencontré un Américain d’origine roumaine (je raconte l’histoire de ses parents dans Un brillant avenir), je l’ai épousé et j’ai vécu vingt-cinq ans à New York, trois ans à Prague, et deux ans à Londres. Je me réinstalle maintenant en France avec mon mari. Nous allons vivre entre Paris et la Bretagne, et voyager dans le monde.

Vivez-vous du métier d’écrivain ou, sinon, quel métier exercez-vous ?

J’ai été professeur d’université à Caen puis à Yale pendant douze ans. Le problème avec Jane a été mon premier succès commercial grâce au Grand Prix littéraire des lectrices d’Elle en 2000, et depuis 2002 je vis du métier d’écrivain.

Comment est née votre passion pour la littérature et surtout pour l’écriture ?

Par la lecture. J’adore lire depuis que j’ai sept ans. J’ai commencé à écrire très jeune, mais mes études ardues (Normale Sup, agrégation de lettres classiques, thèse sur Sade) m’ont détournée de l’écriture romanesque pendant dix ans. Un chagrin d’amour à 26 ans m’y a replongée.

Quel est l’auteur/le livre qui vous ont marquée le plus dans la vie ?

Dostoïevski et Proust.

Le dieu des petits riens d’Arundhati Roy.

Quel genre littéraire pratiquez-vous (roman, poésie, essai) ? Passez-vous facilement d’un genre littéraire à un autre ?

J’ai écrit un livre universitaire sur le roman libertin au XVIIIème siècle (Les romanciers du plaisir, Champion, 1998), mais depuis j’écris seulement des romans. Deux sortes de romans : le roman fictif (En toute innocence, Le problème avec Jane, Indigo, et le nouveau, La définition du bonheur) et le roman autobiographique où tout est vrai, ce qu’on appelle en France autofiction (Jouir, La haine de la famille, Confessions d’une radine, Une éducation catholique.) Et puis il y a les romans où tout est vrai mais où je raconte la vie d’autres personnes: Un brillant avenir, L’autre qu’on adorait, Vie de David Hockney.

Comment écrivez-vous – d’un trait, avec des reprises, à la première personne, à la troisième ?

D’un trait, et ensuite je reprends pendant un ou deux ans. J’ai besoin d’être arrivée au bout, de connaître ma fin avant de reprendre le travail, car le travail de correction, de coupe, dépend de la fin, de la ligne du livre.

J’écris à la première personne dans mes livres d’autofiction, à la la troisième personne dans mes romans fictifs. À la deuxième personne dans L’autre qu’on adorait et dans À vous. À la première personne du pluriel dans La haine de la famille!

D’où puisez-vous les sujets de vos livres, et combien de temps est nécessaire pour qu’il prenne vie comme œuvre de fiction ?

De ma vie, de l’observation de la vie des autres, des histoires qu’on me raconte, de mes peurs, de mes obsessions. J’ai besoin d’une longue maturation, des années.

Choisissez-vous d’abord le titre de l’ouvrage avant le développement narratif ? Quel rôle joue pour vous le titre de votre œuvre ?

Je choisis le titre à la fin. Il est très important! Il doit refléter le livre, désigner son enjeu, et donner envie de lire. Je voulais appeler mon nouveau roman «Toi aussi tu vieilliras seule», qui est une phrase du livre, mais l’éditeur n’a pas voulu de ce titre trop sombre, alors le roman s’appelle «La définition du bonheur»!

Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages et comment les inventez-vous ?

Ils m’accompagnent pendant des années. Je vis avec eux. Je les développe lentement. Il faut qu’ils se mettent à parler dans ma tête, à exister comme si je les entendais. Ça prend du temps. Je suis triste quand je les quitte.

Parlez-nous de votre dernier ouvrage et de vos projets.

La définition du bonheur est un retour au féminin et à la fiction après deux romans sur deux hommes et deux personnes réelles: un ami qui s’est suicidé à 39 ans dans L’autre qu’on adorait, et le peintre anglais David Hockney dans Vie de David Hockney.

La définition du bonheur explore la vie de deux femmes, Ève et Clarisse, en les suivant sur quatre décennies de leur vie. Elles sont toutes deux françaises et elles ont le même âge, mais tout les oppose. Clarisse, qui habite Paris, est passionnée, amoureuse de l’amour et de l’Asie qu’elle est partie explorer à vingt ans, elle est divorcée, elle a trois fils et vit sans compromis. Elle est abandonnée par tous les hommes de sa vie, à commencer par son père. L’abandon la structure, il y a en elle quelque chose d’autodestructeur, de fragile, mais aussi d’intensément vivant et de sensuel. Ève épouse un Américain et part vivre à New York, elle a une vie stable, mène à bien ses projets professionnels et les réussit, mais à l’approche de la cinquantaine elle se rend compte qu’elle est trop dans le contrôle et dans la construction du futur, et qu’elle ne sait plus s’abandonner pour jouir du moment présent. «L’abandon» aurait aussi été un bon titre pour ce roman.

Il existe un lien entre ces deux femmes, que l’on découvre dans la deuxième partie du roman, qui raconte leur relation et la mort violente de Clarisse.

J’ai d’autres projets en tête mais il m’est impossible d’écrire en ce moment, la promotion d’un roman ne s’y prête pas, j’ai besoin de solitude et de silence pour écrire.

Pour le portrait de Catherine Cusset : Crédits photo, © Francesca Mantovani. Gallimard.

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