Portrait en Lettres Capitales : Pierre Jacquemin

 

Qui êtes-vous, où êtes-vous né, où habitez-vous ?

Pierre Jacquemin ; je suis né à Madagascar, où j’ai passé les premières années de ma vie.  Je demeure en Aquitaine, non loin de Bordeaux.

Vivez-vous du métier d’écrivain ou, sinon, quel métier exercez-vous ?

Je ne vis pas du métier d’écrivain, où plutôt j’en vis, car c’est ce métier qui emplit la plupart de mes préoccupations et comble ce besoin que j’ai toujours eu d’écrire. La création est la plus belle et la plus puissante des énergies de vie.  

Comment est née votre passion pour la littérature et surtout pour l’écriture ?

J’ai toujours aimé écrire. J’ai trouvé les traces d’un petit roman enfantin, écrit lorsque j’avais huit ou neuf ans. Une petite pièce de théâtre également, imaginée dans ces âges-là, et jouée plus ou moins sérieusement par les amis de ma classe. Cela doit être assez courant, je pense.

Quel est l’auteur/le livre qui vous ont marqué le plus dans la vie ?

Si je devais partir sur une île déserte avec deux ou trois auteurs, j’aurais choisi tout d’abord François Mauriac, les romans dont l’écriture est parfaite. J’ai toujours admiré comment, par quelques mots essentiels et suffisants, il suggère une émotion, une atmosphère, un paysage. J’aurais aussi tous les romans de Patrick Modiano car j’apprécie cette façon qu’il a de toujours écrire, en apparence, le même roman, mais toujours si différent et si troublant. Un créateur d’atmosphères qui vous enveloppent étrangement, même une fois le livre fermé. J’emporterai aussi les romans si beaux de Françoise Sagan, que j’ai véritablement découverts, curieusement, très récemment, lors du confinement de 2020, 14 romans.  Mais il y aurait bien d’autres auteurs ! Sans oublier la littérature anglaise ou américaine (19ème siècle et début du vingtième, particulièrement) que j’ai grand plaisir à lire, plutôt en anglais.

Quel genre littéraire pratiquez-vous (roman, poésie, essai) ? Passez-vous facilement d’un genre littéraire à un autre ?

J’ai publié cinq ouvrages, toujours aux Editions Riveneuve, Paris 14ème, et finalement, pour le moment, j’ai expérimenté trois genres littéraires très différents. Deux essais sur Constantin Cavafy, le grand poète alexandrin de langue grecque, révélé en France par Marguerite Yourcenar. Le second est d’ailleurs paru en collection poche, toujours chez Riveneuve, préfacé par Nedim Gürsel. (Je dois dire que, dans son ouvrage « les Ecrivains et leurs Villes », publié au Seuil, où, évoquant Alexandrie et Cavafy, il a fait le choix d’utiliser  mes traductions). J’ai écrit un recueil de poèmes : « Voyages à l’Ombre de la Lumière », et deux recueils de nouvelles, touchant au fantastique : « Errances sur les Quais de Bordeaux » et le dernier, « România, Vertiges de Saison » qui évoque ce grand pays, et touche à son immense culture traditionnelle. En fait, j’aime passer d’un genre littéraire à un autre. Il me restera sûrement le roman à oser un jour…

Comment écrivez-vous – d’un trait, avec des reprises, à la première personne, à la troisième ?

L’essai est un travail de construction qui ne laisse pas la place à l’improvisation. C’est de ‘l’artisanat’ ce qui n’empêche pas la liberté d’interprétation, évidemment. La poésie, c’est pour moi, une lumière soudaine qui souvent ne prévient pas, une conception éclairée très visuelle. Alors, j’écris d’un trait et je reprends le texte pendant des semaines, s’il le faut. Le résultat final est souvent très éloigné du premier essai, né d’une fulgurance. Les nouvelles, c’est un peu pareil. Je suis face à une pierre brute, particulièrement informe au début. L’essentiel, c’est le lourd travail qui suit. J’aime oublier le texte quelque temps et le reprendre avec un esprit critique plus aiguisé et une imagination plus libérée.

D’où puisez-vous les sujets de vos livres, et combien de temps est nécessaire pour qu’il prenne vie comme œuvre de fiction ?

J’ai la passion des langues étrangères, le serbo-croate, le grec moderne, puis le roumain, langues toujours étudiées à l’université de Bordeaux Montaigne. C’est la découverte de ces pays, au cours des années marquées par des voyages, qui inspireront mes écrits. Ce sont les séjours en Grèce, en Egypte, en ex-Yougoslavie et en Russie qui ont inspiré « Voyages à l’Ombre de la Lumière ». La Roumanie, découverte lors d’un hiver en 1992, et que j’ai redécouverte récemment à l’occasion des trois années d’étude à la fac de Bordeaux. Sept voyages en Roumanie en trois ans, le dernier correspondant à la présentation de « România, Vertiges de Saison » à la librairie française de Bucarest, soirée retransmise en direct sur Radio Romania International. Beau moment en point d’orgue avant le confinement qui a arrêté des projets plus éloignés. Une année en moyenne, souvent davantage, m’est nécessaire pour achever un projet.

Choisissez-vous d’abord le titre de l’ouvrage avant le développement narratif ? Quel rôle joue pour vous le titre de votre œuvre ?

Le titre vient après. C’est la carte de visite de l’œuvre. Le choix est parfois très difficile. Cela peut me demander une longue recherche. Le titre doit tout dire, tout en ne disant rien. Il doit intriguer le lecteur et l’inciter à la lire.

Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages et comment les inventez-vous ?

C’est curieux. Certains s’imposent, et j’ai alors l’impression de les connaître déjà. C’est d’ailleurs le thème d’une des nouvelles de « România, Vertiges de Saison », intitulée « Le Fromager de Rişdănari », où le personnage principal, un écrivain roumain connu des médias, est confronté, dans la plus grande confusion, avec ses personnages qui deviennent réels et l’emportent dans un affolement général, poétique et fantastique. Parfois, il faut faire connaissance avec eux et les apprivoiser.

Parlez-nous de votre dernier ouvrage et de vos projets.

Mon dernier ouvrage, c’est donc ce recueil de nouvelles évoquant la Roumanie. Quatre récits correspondant chacun à une saison différente. On y retrouve les années du communisme et la Roumanie moderne, toujours en pleine transformation ; dans un souffle fantastique, les deux époques se mêlent parfois et rejoignent même une mythologie populaire, si poétique et toujours merveilleusement vivace.

Mes projets sont deux, l’un est terminé, l’autre en cours d’élaboration. Pour le moment, dans les tiroirs du bureau, en attente. Verront-ils le jour en librairie ? C’est, chaque fois, la même incertitude ! Le même challenge !

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