Portrait en Lettres Capitales : Alina Pavelescu

 

Qui êtes-vous, où êtes-vous née et où habitez-vous  ?

Je suis née à Bucarest où j’ai toujours vécu et ai suivi des études d’Histoire, en intermittence avec Paris pendant trois ans pour mes études de sciences politiques. Malgré tout, je reste attachée à Bucarest qui fait partie de mon identité, par son côté trépidant, son milieu naturel de vie et ses facilités technologiques qu’elle m’apporte. J’aime être entourée de tout le confort nostalgique d’un espace urbain, même s’il m’arrive de me rendre plusieurs jours à la campagne.

Vivez-vous du métier d’écrivaine ou, sinon, quel métier exercez-vous ?

Je ne vis pas de l’écriture. Le modèle de l’écrivain qui vit de sa littérature est probablement un mythe en Roumanie et je ne pense pas pouvoir le faire à plus ou moins long terme, tant les choses ne sont pas simples.

Mon métier est celui d’archiviste depuis 1997. Aujourd’hui, forte de cette expérience, je sais qu’il existe un lien très ténu entre cette activité et celle de l’écriture, qui devient, en quelque sorte, la source de mon inspiration.

Comment est née votre passion pour l’écriture ?

Vers l’âge de 12 ans, je remplissais déjà des cahiers de poésies, que je conservais d’une manière pudique et secrète. Par ailleurs, ma première tentative de roman – dont j’ai toujours conservé le manuscrit – remonte à mes 15 ans. Je pense que cette passion pour l’écriture est l’aboutissement de mes lectures boulimiques qui m’ont ouvert la voie à cet art.

Quel est l’auteur/le livre qui vous a marqué le plus dans la vie ?

Il y a deux titres qui émergent de mes lectures et qui sont, en quelque sorte, de précieux bagages dont je ne me sépare jamais : Cuore (Le Livre-cœur) d’Edmondo de Amicis et Jurnalul fericirii (Journal de la félicité) de Nicolae Steinhardt. Le premier, j’ai dû le lire une dizaine de fois et le second, je m’y replonge très souvent, tellement ils sont prenants et envoûtants. D’ailleurs, Le Livre-cœur ne devrait être absent d’aucune bibliographie scolaire.

Quel genre littéraire pratiquez-vous (roman, poésie, essai) ? Passez-vous facilement d’un genre littéraire à un autre ?

Les deux livres que j’ai publiés sont des romans. Concomitamment, j’ai écrit aussi des nouvelles. En revanche, je n’écris que rarement de la poésie, pour laquelle je crois n’avoir pas suffisamment de talent. Ma préférence s’oriente donc vers le roman, mais je n’éprouve aucune difficulté à passer d’un genre littéraire à un autre.

Comment écrivez-vous — d’un trait, avec des reprises, à la première personne, à la troisième ?

Aucun de mes romans n’a été écrit de la même manière. Le premier l’a été à la première personne, le deuxième à la troisième personne, tandis que le troisième le sera, à nouveau, à la première personne, pour des raisons d’authenticité.

J’ai écrit mon premier roman presque d’un seul jet, devant mon ordinateur. Le second, je l’ai écrit en trois mois, mais il était en gestation depuis une dizaine d’années. Pour le troisième, cela sera différent car si j’y pense depuis plusieurs années, je l’élabore lentement et minutieusement, en raison de l’attachement tout particulier que je voue au personnage principal.

D’où puisez-vous les sujets de vos livres, et combien de temps est nécessaire pour qu’ils prennent vie comme œuvre de fiction ?

Ce sont les sujets qui me choisissent. Il s’agit en général de personnages ou de situations réelles qui m’imprègnent véritablement. Tous ceux que je traite ont un lien étroit avec ma profession, l’hippocrène de mon inspiration.

Le premier roman, Moștenirea babei Stoltz [L’Héritage de la grand-mère Stoltz], est une rétrospective de notre étrange relation avec le passé communiste roumain. Sindromul Stavroghin [Le Syndrome Stavroghin] est l’histoire invraisemblable d’un milicien communiste qui s’invente une vie de tortionnaire repenti alors que le futur roman sera plus historique que les précédents.

Choisissez-vous d’abord le titre de l’ouvrage avant le développement narratif ? Quel rôle joue pour vous le titre de votre œuvre ?

Mon premier roman a attendu un an avec le titre anodin de Novel. Il s’agissait en fait de la référence de son fichier informatique. Ensuite, avec l’éditeur de l’époque, nous avons opté pour un titre plus approprié à l’ouvrage, parmi plusieurs propositions que je lui avais faites.

Pour le second roman, j’ai proposé directement le titre à l’éditrice. Celui-ci est important pour un livre car il est la fondation de toute son architecture.

Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages et comment les inventez-vous ?

Je n’invente pas mes personnages, ils sont propulsés sur ma route par le quotidien. En règle générale, j’essaie de ne pas trop m’y attacher, même si je tisse avec eux des liens d’intimité et de complicité évidents, le temps de l’écriture.

Parlez-nous de votre dernier ouvrage et de vos projets.

Sindromul StavroghinIl s’intitule Sindromul Stavroghin (Le Syndrome Stavroghin), paru en 2019 chez Humanitas.

Je travaille depuis cette année sur un roman dont l’héroïne s’appelle Marthe Bibesco. La reine Marie, icône de Marthe en est le second rôle. Ce projet fait suite au recueil publié sur Marthe Bibesco en 2017, mais je n’en dis pas davantage afin de tenir les lecteurs en haleine et les inviter à suivre Marthe dans ses nouvelles aventures…

(Traduit du roumain par Dan Burcea et Jean-Louis Sponem)

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