Portrait en Lettres Capitales : Bénédicte Rousset

 

Qui êtes-vous, où êtes-vous née, où habitez-vous ?

Je suis née en automne 1981, le 13. Deuxième d’une fratrie de six enfants, j’ai toujours vécu dans le Vaucluse, entre des grands-parents à L’Isle-sur-la-Sorgue et notre maison familiale, à Piolenc. Aujourd’hui, avec mon mari et nos trois filles, je vis à Caderousse, donc à quelques kilomètres du lieu de ma naissance !

Vivez-vous du métier d’écrivain ou, sinon, quel métier exercez-vous ?

Même si mon cinquième roman vient de paraître (Celles qui se taisent, éd. La Trace), je ne vis pas de ma plume. Je suis professeur de Lettres modernes dans un collège d’Avignon, où j’enseigne le français et le latin. J’ai des classes ordinaires mais aussi des classes de SEGPA (Section d’enseignement général et professionnel adapté), donc j’enseigne aussi à des élèves en grande difficulté. Ce sont ceux avec qui j’aime le plus travailler. On croit seulement donner au début, avec eux, mais ce qu’on reçoit est infini !

Comment est née votre passion pour la littérature et surtout, pour l’écriture ?

Avec un père imprimeur, une maman et une grand-mère institutrices, la maison regorgeait d’ouvrages divers… On ne mesure pas à quel point il est essentiel de laisser traîner des livres partout, quand on a des enfants. Je me souviens (je devais avoir 13 ou 14 ans), d’une après-midi où j’avais découvert un livre de Jeanne Bourin (La Chambre des dames) dans une armoire. Ce dernier m’a tant captivée que je n’ai pas vu le soir tomber. C’était fou, j’avais lu des heures sans discontinuer et c’était la première fois que je prenais conscience du fabuleux voyage immobile qu’est la lecture.

L’écriture, je me la suis interdite longtemps, car je pensais qu’avec les talents existants, il était un peu narcissique de se lancer… Mais ça a été une nécessité. Pourquoi retenir trop longtemps ce qui bout en nous, ce qui nous fera exister, en plus de vivre ? Depuis, je ne conçois pas ma vie sans l’écriture. Si je n’écrivais pas, je n’en mourrais pas, mais j’en serais terriblement malheureuse !

Quel est l’auteur/ le livre qui vous a le plus marqué dans la vie ?

Au-delà de Notre cœur de Maupassant, ou de Qu’attendent les singes, de Yasmina Khadra, un livre en particulier m’a bouleversée. C’est l’Ève future, d’Auguste de Villiers de l’Isle-Adam. Publié en 1886, je le trouve toujours résolument moderne dans ce sujet de l’être artificiel. Il est le fondement de la science-fiction, pourtant, ce n’est pas un genre que je lis beaucoup, et je ne l’écris pas. J’ai quitté cette lecture avec le sentiment que l’auteur avait réussi le plus beau coup de maître de tous les temps !

Quel genre littéraire pratiquez-vous ? Passez-vous facilement d’un genre littéraire à un autre ?

Mes quatre premiers romans (Rue Sombre, Le Lis des teinturiers, Piège à Bragny et Romilda) sont des policiers mais le dernier, Celles qui se taisent, ne l’est pas. C’est un roman dit de « littérature blanche ». Une intrigue familiale avec un secret que l’on croit enfoui et qui réapparaît, éclaboussant la génération future…

J’ai écrit aussi des nouvelles, dont une pour une association (Les enfants de feu) et une autre dans un recueil intitulé Kintsugi, en partenariat avec la très sympathique association lyonnaise Dora-Suarez, et paru fin mai 2021 aux éditions du Caïman. La nouvelle est un exercice très différent de celui du roman. J’aime les nouvelles à chute !

Comment écrivez-vous ? D’un trait, avec des reprises, à la première personne, à la troisième ?

J’écris plutôt à la troisième personne mais j’ai un projet à la première. J’ai investi dans un Mac mais j’écris toujours mon premier jet dans un cahier. Enfin, premier jet… Je dirais que je n’écris pas mon histoire dans son déroulé final. Je peux rédiger la fin, le milieu, une scène… selon mon humeur, mes notes, mes idées. Écrire est un exercice difficile, entre torture et jouissance. Je doute beaucoup, recommence, reprends. Mon tout, au début, est une masse informe et je me dis souvent qu’elle ne donnera rien. Pourtant, avec de la patience et du temps, elle se dessine de mieux en mieux. J’essaie de garder à l’esprit que c’est au lecteur qu’il faut penser. Il faut lui faire confiance. Et surtout, les personnages doivent agir, au lieu de trop penser. L’écriture est un domaine, comme tant d’autre, où l’on se forme sur toute une vie. A. Pieyre de Mandiargues a dit : « L’écrivain est une sorte de voyant émerveillé ». J’aime cette citation. En effet, ma difficulté réside dans le fait qu’il faut que je sélectionne des idées, tant elles affluent dans mon cerveau à l’affût ! Tout m’intéresse, surtout les thèmes de l’identité, du double, des masques. Molière était si visionnaire…

D’où puisez-vous les sujets de vos livres et combien de temps est nécessaire pour qu’il prenne vie comme œuvre de fiction ?

Deux de mes romans sont issus de faits-divers, qui sont un formidable tremplin vers un début de roman (ou un roman complet !). J’aime partir d’une histoire vraie et autour, je tisse la narration. Écrire, c’est pour moi inventer mais pas seulement ! Écrire c’est aimer, c’est être aimé, c’est rire, pleurer, tuer !

La difficulté avec les faits divers, c’est que « le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable » ! (Boileau). C’est un élément qu’il faut garder à l’esprit en écrivant. Vous savez, il n’est pas nécessaire d’aller loin pour trouver matière à écrire ! (Tous les locataires qu’on a dans la tête peuvent suffire) !

Pour qu’une œuvre de fiction prenne vie, il faut une grosse année. Deux pour mon dernier roman.

Choisissez-vous d’abord le titre de l’ouvrage avant le développement narratif ? Quel rôle joue pour vous le titre de votre œuvre ?

À chaque fois, j’ai besoin d’un titre pour me lancer pleinement. C’est très rarement celui qui est retenu car je suis mauvaise pour les choisir, mais le titre est une ouverture sur tous les possibles. Il joue le rôle de leitmotiv, de stimulant, c’est grâce au titre que j’essaie de me donner les moyens pour que le manuscrit en cours voit le jour.

Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages et comment les inventez-vous ?

Pendant toute la durée de l’écriture (et même longtemps après), les personnages ne me quittent pas, jour et nuit. Il m’arrive de me tromper et d’appeler un ou une ami(e) par le prénom d’un personnage du roman que j’écris… C’est grave ?

Je les invente en piochant dans les travers, dans les qualités de gens que je connais, en général.

Je construis mes fiches personnages à l’avance mais bien souvent, ce sont eux qui m’emmènent ailleurs, vers un autre défaut, une autre qualité inattendue… C’est au fil de l’écriture qu’ils se dessinent et m’étonnent. C’est drôle, on m’a déjà dit : « tel personnage… c’est toi » ? Alors que pour moi, nous n’avions rien en commun. On ne se voit pas comme les autres nous voient. À l’inverse, un de mes personnages était quelqu’un de très proche, qui ne s’est pas reconnu en lisant. Je l’aurais pourtant parié… Ce fait me donne à réfléchir sur ce que nous sommes en société, ce que l’on voit de nous, et qui n’est pas toujours en adéquation avec qui nous sommes (derrière le masque !)

Parlez-nous de votre dernier ouvrage et de vos projets.

Après Romilda en 2019, et le recueil de nouvelles Kintsugi, mon dernier roman, Celles qui se taisent, vient de paraître ce 13 mai 2021, aux magnifiques éditions La Trace, que je remercie de leur confiance renouvelée.

Dans cette histoire, par une nuit de décembre, une macabre disparition est signalée à l’hôpital. La direction demande à son personnel de ne rien dire : il en va de la réputation de l’établissement. Les années passent, le secret est enterré. Mais, dix-huit ans plus tard, le destin s’en mêle quand Caroline découvre une tombe… Elle fouille alors dans le passé, mais c’est incompréhensible. Ça ne « peut » pas être. Caroline et Augusta, deux femmes que tout oppose, en apparence. Au fil du texte, on essaie de savoir quel secret ternit leur regard, quel drame passé disloque leur vie et celles de leurs enfants.

Mon projet, c’est mon prochain roman, (le titre : Ici commence la mer ou Dis bonjour à toutes celles que tu es. À définir bientôt avec ma maison d’édition) ! Prochain roman donc, où l’héroïne va voyager malgré elle entre New York, au début des années 1900 et la petite station-service où elle travaille actuellement. Elle aime l’argent, elle trempe dans la contrefaçon de médicaments mais en même temps, c’est une hypersensible au grand cœur, qui veut protéger sa petite Lili. Une rencontre va bouleverser ses plans !

A suivre donc… Merci de votre si belle attention !

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