Portrait en Lettres Capitales : Virginie Lupo

 

Qui êtes-vous, où êtes-vous née, où habitez-vous ?

J’habite à Lyon qui est ma ville d’adoption depuis quasiment vingt ans ; c’est une ville que j’ai appris à aimer, que j’ai adoptée petit à petit et où je me sens désormais vraiment heureuse. Je suis née à Toulouse où je n’ai jamais vécu, j’ai grandi à Nice et j’ai fait une partie de mes études à Paris. Mes origines italiennes me permettent d’aller souvent en Italie, ce dont je ressens le besoin viscéral. Le manque est constant lorsque je n’y suis pas. Arriver en Italie, poser le pied sur cette terre me permet de me ressourcer en profondeur…

J’aime toutes les villes dans lesquelles j’ai vécu mais en aucun cas je ne peux dire que je me sente toulousaine, niçoise ou lyonnaise, encore moins parisienne ! Le fait que je n’aie notamment aucun des accents liés à ces endroits mais aussi parce qu’il me plaît de me dire que chacune des villes m’a permis de me construire.

Et donc qui suis-je ? Je dirai que je suis une amoureuse de la littérature et, partant, de la vie qui s’y reflète…

Vivez-vous du métier d’écrivaine ou, sinon, quel métier exercez-vous ?

Non, selon la formule consacrée, je ne vis pas de ma plume… mais pourtant, c’est bien grâce à la littérature que je peux vivre – dans tous les sens du terme ! J’exerce différentes activités qui sont toutes liées à la littérature et à sa transmission. Je suis professeure dans une cité scolaire du centre-ville de Lyon, métier qui m’offre la possibilité de partager ma passion pour les textes à des jeunes gens « en construction ». C’est un métier que j’aime car je trouve que c’est une chance de se trouver confrontée tous les jours à des adolescents qui ont tout à apprendre et dont j’apprends également énormément. Il s’agit d’un métier qui offre la possibilité de faire découvrir à de jeunes âmes les textes qui ouvrent le cœur et les yeux, qui permettent d’apprendre à penser par soi-même, à créer, à écrire, toutes choses incomparables et nécessaires.

J’ai par ailleurs la chance de poursuivre mon travail de recherche – sur Camus – ce qui, là aussi me permet de faire partager mon amour de l’œuvre du Prix Nobel de 1957.

Enfin, grâce à mon activité de critique de théâtre et de cinéma, c’est une autre forme de transmission – puisque c’est bien ainsi que je conçois cette activité, à savoir évoquer les pièces auxquelles j’assiste, parler des films que je vois afin de les expliquer, de les analyser et de donner envie à mes lecteurs de les savourer.

La question de la transmission est donc centrale dans mon geste à l’égard de la littérature. Je pense que, d’une certaine façon, je tente grâce à mes différentes activités, de rendre à la littérature ce qu’elle m’a donné, à savoir les valeurs auxquelles je crois profondément, la connaissance de l’Homme, l’amour de la vie en somme.

Comment est née votre passion pour la littérature et surtout pour l’écriture ?

Aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais passé une journée sans lire, sans toucher un livre, sans avoir envie de lire. Mes parents avaient leurs propres bibliothèques à la maison, et je furetais souvent dans les rayonnages. Je passais également beaucoup de temps dans les bibliothèques (les fameux CDI) de mes établissements scolaires : au collège – entre 11 et 14 ans – j’ai consciencieusement lu TOUS les livres du CDI par ordre alphabétique ! C’est ainsi que j’ai découvert par exemple les romans de Barjavel, Balzac, Beaumarchais, Chiens perdus sans collier, de Gilbert Cesbron, les Agatha Christie, et ainsi de suite, dans une sorte de boulimie urgente. Je ne pourrais donc dater véritablement la naissance de cet amour pour les livres et les textes : c’est comme s’ils avaient toujours été dans ma vie, comme s’ils n’avaient cessé de m’accompagner dans mon apprentissage de la vie.

Mon amour pour l’écriture a commencé assez tôt là aussi puisque j’ai toujours écrit des petits textes plus ou moins réussis, que j’ai commencé des romans et des nouvelles assez jeune, sans jamais oser les terminer, sans jamais oser les faire lire à qui que ce soit, totalement pétrifiée par l’admiration que je vouais à mes chers auteurs.

Quel est l’auteur/le livre qui vous ont marquée dans la vie ?

J’ai donc toujours beaucoup lu, depuis ma prime enfance. Mais il est une anecdote que je relate souvent et qui concerne ma rencontre avec Albert Camus. J’ai eu la chance de découvrir L’Étranger à onze ans. J’ai littéralement dévoré le roman et en le refermant, j’ai décrété, de manière extrêmement « officielle » : « Quand je serai grande, j’écrirai des livres sur Camus ! » Biens-sûr, j’ai toujours perçu les regards et autres sourires moqueurs face à cette « certitude », mais je ne me suis jamais détournée de cette idée et à partir de là, l’œuvre de l’auteur de La Peste ne m’a plus jamais quittée. C’est ainsi que lorsqu’il m’a fallu choisir le texte sur lequel travailler pour commencer mes recherches en lettres modernes, j’ai sans surprise choisi Albert Camus dont l’œuvre m’avait toujours accompagnée, bercée, orientée, en un mot, permis de grandir et de devenir celle que j’étais alors et que je suis devenue.

J’ai également beaucoup lu les tragédies de Racine dont la langue et le regard sur la passion amoureuse ne cessent de me séduire à chaque nouvelle lecture.

Outre les débordements amoureux raciniens, il me semble avoir découvert l’amour dans les romans de Stendhal et j’ai très certainement éprouvé un attachement immense pour Fabrice et pour Julien ! Je me suis insurgée face à l’égoïsme des filles du père Goriot puisque l’œuvre de Balzac me semble centrale et nécessaire… comme l’est celle de Victor Hugo, de Zola ou de Maupassant.

La découverte des auteurs américains a apporté à mon adolescence son lot de merveilles avec la rencontre avec Gatsby, les romans d’Hemingway, de Faulkner ou de Steinbeck. Ouvrir mon premier roman de Virginia Woolf fut une autre de mes découvertes essentielles et fondatrices, et depuis, ses textes ne me quittent jamais.

Je lis également beaucoup de littérature étrangère et contemporaine : Paul Auster, Siri Hustvedt, John Irving, Jonathan Coe, entre autres, figurent au rang de mes auteurs favoris et j’ai lu tous leurs textes. Lorsque je dis que je les ai lus, je veux dire aussi que je possède leurs livres – la question de l’amour de « l’objet livre » est primordiale pour moi – que je relis assez régulièrement. La possibilité de relire un texte me semble aussi essentielle…

Quel genre littéraire pratiquez-vous (roman, poésie, essai) ? Passez-vous facilement d’un genre littéraire à un autre ?

Grâce à mes différentes activités, j’écris des textes qui demandent une écriture qui n’est pas la même. En effet, selon que je rédige un texte pour une conférence ou un article de journal, mon écriture change forcément quelque peu. En effet, le public ou les lecteurs ne sont pas les mêmes, parce qu’un texte dit devant un auditoire ne peut être constitué de phrases longues ou comportant de nombreuses propositions par exemple. Mais, si le style varie, le plaisir reste le même. Il s’agit toujours d’écriture, et cela constitue vraiment ce que j’aime faire par dessus tout !

Pour ce qui concerne la fiction, je pratique principalement le genre narratif. J’ai écrit de nombreuses nouvelles et je suis actuellement en train d’écrire un roman. Si je lis souvent de la poésie, je ne me sens pas capable d’en écrire, ni en vers, ni même en prose.

L’écriture de textes de théâtre m’a toujours séduite également : j’ai ainsi commencé l’écriture d’une pièce – qu’il faudra bien que je termine un jour ! – et j’ai des projets théâtraux qui me tiennent à cœur…

Comment écrivez-vous – d’un trait, avec des reprises, à la première personne, à la troisième ?

Dans un premier temps, j’écris en effet d’une traite, à la maison, à l’aide de mon stylo plume et sur divers cahiers. Ensuite, je tape mes textes à l’ordinateur, ce qui me permet de me relire, de retoucher les textes – de reprendre les temps utilisés par exemple, de changer un imparfait pour un passé simple, ou supprimer des adjectifs qualificatifs ou des adverbes pour alléger mes phrases – et de vérifier la cohérence avec les autres passages déjà tapés.

Au début, j’écrivais plutôt à la première personne du singulier mais désormais, c’est la troisième personne qui a ma faveur notamment parce que je n’écris plus du tout de textes autobiographiques.

D’où puisez-vous les sujets de vos livres, et combien de temps est nécessaire pour qu’il prenne vie comme œuvre de fiction ?

Les voyages sont souvent sources de sujets, d’idées, d’envies. C’est le cas du texte que je suis en train d’écrire. L’idée m’est venue il y a un an et demi et si je parviens à le terminer dans les mois qui viennent comme je l’ambitionne, il m’aura fallu deux belles années de l’idée initiale à sa conception…

Choisissez-vous d’abord le titre de l’ouvrage avant le développement narratif ? Quel rôle joue pour vous le titre de votre œuvre ?

Ça dépend du sujet bien entendu : certaines de mes nouvelles comportent un fond autobiographique donc ce sont l’histoire et les personnages qui sont arrivés immédiatement. Pour ce qui concerne mon roman, c’est le cadre et l’événement central qui sont apparus immédiatement et qui ont ainsi engendré les idées, les personnages et l’envie d’en faire un roman. Je n’ai trouvé le titre – qui n’est peut-être pas définitif d’ailleurs ! – qu’au bout d’un an d’écriture.

Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages et comment les inventez-vous ?

Il y a des personnages que j’aime et que j’ai envie de chérir, de « soigner » particulièrement, de rendre émouvants, beaux, admirables. Il y en a d’autres que je n’aime pas et que je n’ai pas envie de « sauver ». Je m’amuse alors à faire ressentir l’antipathie que les autres personnages peuvent éprouver à leur égard. Je ne fais pas d’intervention du narrateur. J’utilise souvent un narrateur omniscient – même si dans le roman que j’écris, il y a des changements de narration – mais jamais d’intervention de narrateur comme le font par exemple admirablement Flaubert ou Victor Hugo. Dans le même ordre d’idées, j’utilise assez peu de sentences au présent de vérité générale car je ne me sens pas détenir une vérité absolue, la Vérité. Camus disait : « Si tu veux être philosophe, écris des romans ». C’est cette définition du roman que je chéris et dont je me sens proche, celle d’une mise en images d’une pensée. Libre à chacun de la découvrir et de la partager…

Parlez-nous de votre dernier ouvrage et de vos projets.

Comme je vous le disais précédemment, je suis en train d’avancer mon roman : j’ai l’espoir de le terminer dans quelques mois. C’est un projet qui me tient vraiment à cœur, que je porte en moi depuis bientôt deux ans maintenant. La seule chose que je puisse vous dire est qu’il se passe au XVIIe siècle en Suède, avec un lien fort avec la France.

J’ai d’autres idées également concernant le théâtre : il y a des romans qui m’ont accompagnée et dont j’aimerais faire une adaptation. Il me faudrait juste deux fois plus d’heures dans une journée afin de tout mener à bien mais j’ai l’intention de revenir ici pour vous présenter tout cela !!!

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