Nature vivante avec Sylvia Schneider : Je suis née dans un encrier, j’ai vécu dans une Maison-bibliothèque…

 

 Je suis tombée dans l’écriture toute petite puisque je vivais, en tant qu’arrière-petite-fille du grand écrivain mexicain, Alfonso Reyes, dans une bibliothèque, à Mexico. Enfant de la double culture, issue d’une mère d’origine mexicaine et d’un père alsacien, j’ai eu la chance de vivre mes premières années d’enfance entourée de livres.

Au Mexique, je rêvais devant ces illustrations qui décrivaient la végétation de l’Anáhuac, en reproduisant un art nouveau de la nature. Sous ce meuble blanc en bois peint, le monde devenait un grand jardin sensitif. J’aimais à parcourir les récits merveilleux du Conquistador anonyme.

C’est sous cette même table que je reçus, à l’âge de huit ans, mon premier baiser (avec la langue), là aussi où je découvris l’existence des rites cannibales des Aztèques. En examinant un manuscrit du Mexique central, je vis la première représentation du sacrifice par arrachement du cœur. La victime était inclinée à la renverse sur un autel de pierre et son visage demeurait calme et serein. Le grand prêtre portait encore, sur sa face, les stigmates de l’extase.

Je me prenais alors pour un voyageur qui était parvenu à la région la plus élevée, « la région la plus transparente de l’air ». Étrange transparence lumineuse où les couleurs elles-mêmes se noient. À travers les hauts plateaux mexicains, il existe une région plus brillante qu’un miroir d’obsidienne. En parcourant cette vallée, je traversais les mêmes paysages éthérés et les brumes du souvenir se mêlaient aux images de ce voyage.

Cette table devenait donc le siège de toutes les initiations. Je me souviens que cette cachette était aussi mon repère de prédilection pour souffler les réponses en français aux apprenants de ma mère, alors professeur de langue et de civilisation françaises pour l’Alliance française de Mexico. De la bibliothèque de mon enfance, j’ai conservé cet amour des textes. Écrire pour faire ressusciter le passé et les êtres chers disparus. Écrire pour témoigner, pour comprendre, mais aussi pour laisser des traces, pour ne pas sombrer dans l’oubli. Écrire pour vivre au-delà de la vie, par-delà de la mort. Écrire entre les lignes pour te crier je t’aime… L’écriture est connaissance. Lire en latin ne signifie-t-il pas aussi : « cueillir », alors je cultive les mots pour parfumer la vie. J’aime ces heures passées sur le papier, des jours entiers à relire les lignes, à peaufiner les textes, à la recherche du mot juste. J’aime plonger dans le langage et déguster l’écrit comme une gourmandise. Je suis née dans un encrier…

Quelques années plus tard, de retour en France, j’ai écrit un mémoire de DESS d’édition sur le Pouvoir des couvertures, puis un mémoire de maîtrise de littérature comparée et une thèse de Lettres sur La Symbolique de l’initiation dans les œuvres d’Alejo Carpentier et de Michel Tournier.

Mon premier ouvrage, la Ballade des aujoud’hui, est né à l’occasion d’un concours co-organisé par les éditions Publibook et par le magazine l’US syndicaliste. J’ai eu la chance de recevoir le Prix littéraire Jules Ferry, dans la catégorie roman. Un livre qui fait la part belle à mise en page, à la noirceur de la tranche imprimée sur le blanc du papier.

Quant à mes préférences littéraires, j’aime à m’interroger sur le pouvoir des mots. La typographie joue aussi un rôle important dans mes textes et j’accorde un soin tout particulier aux lettres et aux jeux des caractères, à la manière dont l’encre épouse le papier pour faire de l’œil au lecteur…

En ce qui concerne mes thèmes de prédilection, il y a toujours la recherche de soi, la quête initiatique de l’identité et la richesse de l’entrecroisement des cultures.

Dans mon denier roman policier : Ils nourrissaient le soleil, paru lors de la rentrée littéraire de septembre 2020, aux éditions Les Presses Littéraires, j’ai puisé dans mon enfance et dans les racines de ma double culture franco-mexicaine pour évoquer le souvenir des sacrifices Aztèques dans le Mexique d’aujourd’hui. Dans ce livre, un tueur en série sévit dans les profondeurs du métro de Mexico et assassine ses victimes à la manière de ses ancêtres.

Ils nourrissaient le soleil est donc un titre qui fait allusion aux rites des Anciens Mexicains sur fond de thriller contemporain. Ce roman policier est un prétexte pour transmettre l’amour des mots, mais aussi pour faire connaître les us et coutumes des Aztèques. Je me suis beaucoup documentée en étudiant les écrits du prêtre missionnaire Bartolomé de las Casas (défenseur des droits des Amérindiens), de l’anthropologue Jacques Soustelle, ainsi que bien des livres sur la psychologie des tueurs en série.

Les difficultés rencontrées ne sont pas tant celles de la page blanche que celles d’ordonner ce trop-plein de notes. Il me fallait sans cesse retenir la bride, structurer ma pensée qui parfois s’envolait au-delà des mots. Comme Flaubert, à une échelle bien plus modeste, j’aime lire à voix haute et lorsque la phrase tardait à venir, je repartais en arrière en relisant l’ensemble comme pour retrouver le rythme de l’inspiration.

Un livre à commander dans toutes les bonnes librairies mais aussi à retrouver sur le site des Presses Littéraires : https://www.lespresseslitteraires.com/schneider-sylvia/

Sylvia Schneider, 14 février 2021

Sylvia Schneider est une écrivaine franco-mexicaine, arrière-petite-fille de l’écrivain mexicain Alfonso Reyes. Elle est titulaire d’un doctorat de Littérature générale et comparée, mention Très honorable, à l’Université de Paris X-Nanterre, sur « La symbolique de l’initiation dans les œuvres d’Alejo Carpentier et de Michel Tournier ».
Pour la Rentrée littéraire 2020 elle publie le roman policier Ils nourrissaient le soleil aux éditions Les Presses littéraires, collection Crimes et châtiments.
Elle est l’auteure d’un article sur Lewis Carroll pour l’encyclopédie Tout l’univers 1997-1998, édition Hachette.
Sylvia Schneider a reçu le prix littéraire Jules Ferry dans la catégorie roman pour La Ballade des aujourd’hui, édition Publibook.
En 2007, elle publie un poème à l’occasion des Dix mots de la Francophonie,  dans 7 à dire, édition Sac à mots.

Actuellement, elle est en charge de la programmation et des animations culturelles dans une médiathèque des Yvelines (Printemps des poètes, Prix littéraire des lycéens, Leçons de littérature, Dis-moi Dix mots, Nuit de la lecture, Concours Patrimoine en Poésie dans le cadre des Journées européennes de Patrimoine, Semaine Bleue, de l’organisation de plusieurs Rencontres littéraires avec séances de Dédicaces, Partir en livre, Café-Musique, concours photos, expositions, concours de nouvelles, etc. Elle anime des lectures dans une résidence pour les seniors.

 

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