Portrait en Lettres Capitales : Samantha Barendson

 

Qui êtes-vous, où êtes-vous née, où habitez-vous ?

Je suis née en Espagne d’une mère Argentine et d’un père Italien, j’ai grandi au Mexique et j’habite maintenant en France, à Lyon. Je suis restée une grande voyageuse, j’aime parcourir le monde, rencontrer d’autres voix et d’autres paysages qui nourrissent ensuite mon écriture. Depuis un an, les voyages me manquent alors je suis devenue une grande rêveuse. La nuit je rêve, je me déplace, je nage, je vole, je rencontre des gens, je participe à des festivals… le matin j’écris dans un carnet mes souvenirs oniriques.

Vivez-vous du métier d’écrivaine ou, sinon, quel métier exercez-vous ?

Disons que je ne vis pas de mes droits d’auteur. J’aurais pu choisir de vivre du métier d’écrivain – en acceptant de donner plus de lectures, en proposant des spectacles autour de mes écrits, en animant des ateliers d’écriture, etc. – mais j’ai choisi de ne pas être tout le temps sur la route et d’exercer un autre métier en parallèle afin de m’assurer un revenu mensuel. J’ai besoin d’avoir une sécurité financière pour pouvoir écrire, l’insécurité me paralyse. Je suis donc – en plus d’être poète et romancière – chargée de communication dans un établissement universitaire.

Comment est née votre passion pour la littérature et surtout pour l’écriture ?

Dans ma famille tout le monde lit. D’ailleurs mon grand-père était libraire, il était l’heureux propriétaire d’une librairie à Mendoza en Argentine. J’aimais traîner dans sa boutique, respirer l’odeur du papier. J’ai été élevée entourée de livres et de lecteurs, dans  des maisons ou des appartements aux murs recouverts de livres. Je ressens d’ailleurs une sorte d’angoisse quand j’entre dans une pièce sans livres, semblable à celle qui m’habite lorsque je visite une ville sans fleuve.

L’écriture est venue bien plus tard. Si j’avais écrit des choses dans mon enfance puis à l’adolescence – journal intime, poème, courtes nouvelles – c’était plus par jeu que par volonté d’être auteure. Cependant, dans un coin de ma tête, existait cette envie, ce fantasme un peu vague, d’écrire un livre. Dans ma famille, il y avait quelques auteurs : Massimo Franciosa, scénariste de quelques-uns des films de Visconti et auteur de théâtre ; Maurizio Barendson, journaliste à l’origine de quelques romans et recueils de poésie ; et Alessandro Barendson, également poète en dilettante. Cela ne me semblait donc pas impossible.

Mais l’écriture n’est devenue réalité qu’à l’âge adulte. J’ai attendu d’avoir beaucoup lu et vécu tout autant pour avoir enfin quelque chose à dire. Un jour, j’ai senti les mots grandir en moi, ils voulaient sortir. Ils le firent, maladroitement dans un premier temps, puis de plus en plus fluides avec le temps.

Quel est l’auteur/le livre qui vous ont marqué le plus dans la vie ?

Pour des questions de parité hommes/femmes mais aussi morts/vivants, je me permets d’en citer quatre :

– Cien años de soledad, de Gabriel García Márquez.

– Poesía completa, d’Alejandra Pizarnik.

– L’odeur de chlore, d’Irma Pelatan.

– La première année, de Jean-Michel Espitallier.

Je pense que l’on retrouve, dans cette très courte liste, les sujets qui résonnent avec mes propres écrits : la mélancolie, la mort, le désamour et l’eau.

Quel genre littéraire pratiquez-vous (roman, poésie, essai) ? Passez-vous facilement d’un genre littéraire à un autre ?

Je me considère comme poète. La liste de mes œuvres est composée en majorité de recueils de poésie. Cependant, deux romans sont venus s’y glisser. Alors, suis-je romancière ? Pas sûr. Je crois que mes romans sont des proses poétiques, des objets hybrides auxquels il a fallu donner un nom, un genre.

Comment écrivez-vous – d’un trait, avec des reprises, à la première personne, à la troisième ?

D’abord j’attends. J’attends longtemps parfois qu’une idée vienne sonner à la porte de mon cerveau. Une fois que l’idée est là, je la fais tourner longtemps encore dans ma tête. Je cherche le début et la fin de l’histoire que je veux raconter car, même si je fais des recueils de poésie, j’aime que chacun de mes livres soit un récit à part entière et non seulement une suite de poèmes épars. Ensuite je fais une liste, je note les idées que je voudrais développer dans le livre. À partir de là, je peux me mettre à écrire. Je m’assois, j’ouvre une page blanche sur mon ordinateur et je découvre la langue qu’à choisi mon cerveau pour dérouler le récit. Parfois le texte naît en français, d’autres fois en espagnol, d’autres fois encore en italien. Je ne choisis pas. À ce stade, il ne me reste plus qu’à trouver du temps. J’essaie de bloquer des plages horaires, toujours les mêmes et souvent le soir, pour avancer et finir au plus vite un travail qui a parfois passé des mois dans ma tête.

J’écris souvent à la première personne, j’aime être la narratrice. En tant que telle, il m’arrive de m’adresser au personnage principal du récit, en le tutoyant ou en le vouvoyant. Je et Tu sont mes personnages préférés.

D’où puisez-vous les sujets de vos livres, et combien de temps est nécessaire pour qu’il prenne vie comme œuvre de fiction ?

Jusqu’ici j’avais puisé les sujets de mes livres dans ma propre vie. Je trouvais assez confortable d’utiliser ce matériau fait de mémoire, de souvenirs, d’aventures réussies ou ratées. Je n’avais pas besoin de créer mes personnages puisqu’ils existaient, il me suffisait de les décrire. Étrangement, il m’a fallu plus d’une fois transformer le réel en fiction afin de le rendre plus crédible.

Un grand changement a eu lieu avec mon dernier roman qui raconte une histoire inventée avec des personnages créés de toutes pièces (ou presque). L’exercice a été plus long et fastidieux car il m’a fallu tout imaginer. Pour que je puisse moi-même croire en mes personnages, il fallait que je les voie, que je dessine dans ma tête leur physique, leur caractère, leur voix, leur passé, leurs traumas, leurs joies, tout… pour ensuite n’en écrire qu’une infime partie.

Choisissez-vous d’abord le titre de l’ouvrage avant le développement narratif ? Quel rôle joue pour vous le titre de votre œuvre ?

Disons-le, je ne suis pas très douée pour trouver les titres de mes recueils. Souvent je demande de l’aide à mes amis ou à mes éditeurs. Je suis très heureuse des titres donnés à mes livres mais je m’aperçois, quand je rencontre des lecteurs, que j’aurais pu donner des titres plus racoleurs, plus vendeurs. Ils sont souvent énigmatiques, on ne sait pas ce qu’il y a derrière : Mon citronnier (l’histoire de la mort de mon père) ; Des coquelicots (une histoire d’amour raté) ; Machine arrière (une suite de souvenirs, de l’enfance à l’âge adulte) ; Les délits du corps (celui-là est plus explicite…) ; Alto mare (une autre histoire d’amour raté) ; Tu m’aimes-tu ? (celui-ci aussi est clair).

Pour moi, le titre doit être poétique, il est la quintessence de ce qui est dit dans le livre. En lisant, le lecteur ou la lectrice doit avoir la révélation du titre, se dire Ah, je viens de comprendre pourquoi ce livre s’intitule comme ça !

Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages et comment les inventez-vous ?

J’ai partiellement répondu à cette question plus haut. Dire seulement que j’ai une grande tendresse pour eux. Ce sont souvent des personnages pleins de failles, de doutes et d’espoirs. Parfois ils sont morts au début du livre mais je ne les fait jamais mourir, je n’ai pas la force pour le moment de tuer un de mes personnages, peut-être parce qu’ils me ressemblent trop.

Parlez-nous de votre dernier ouvrage et de vos projets.

En ce début du mois de mai 2021, vient de paraître un recueil de poésie intitulé Americans don’t walk (Les Américains ne marchent pas) aux éditions belges Le chat polaire. C’est un road-poem qui roule de La Nouvelle-Orléans à San Francisco. J’ai fait ce voyage en 2019, j’avais pris beaucoup de photographies et des notes dans un carnet à spirale. Lorsque nous avons été confinés, tandis que d’aucuns tentaient d’écrire des journaux du confinement, j’ai préféré me replonger dans les grands espaces pour inviter ensuite les lecteurs à ce grand voyage.

En février 2023 paraître mon deuxième roman Virgule, (pour revenir au titres, ici le titre est Virgule suivi d’une virgule, ce qui est difficile à montrer dans un texte écrit). Il s’agit du monologue d’une femme au chevet d’un ami sien tombé dans le coma… mais vous savez déjà qu’il ne va pas mourir.

Crédits photo : © Vincent Moncorgé

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